Un nouveau record de température pour la saison en France vient d’être battu ce jeudi 28 mai : 37,8°C mesurés à Angoulême. 1192 records mensuels ont été dépassés dans le pays depuis une semaine. Et dans les prochains jours, la barre des 38 voire 39°C pourraient être dépassée près de la Méditerranée.

En dépit des campagnes de désinformation ou la relativisation dans les médias, les maximales actuelles sont 15°C voire 17°C au-dessus des «normales» pour un mois de mai. Il a par exemple fait plus de 33°C à la pointe de la Bretagne. Si de telles anomalies avaient lieu dans l’autre sens, il ferait autour de 0°C en moyenne en France actuellement. Qui trouverait cela normal ?
Depuis 2000, le nombre de canicules a été multiplié par quatre. Avec une vague de chaleur extrême aussi précoce, il faut s’attendre à en subir d’autres cette année, et ce ne sera probablement que l’été le moins chaud du reste de notre vie. Il y a des conséquences concrètes sur les cultures brûlées, la mortalité des oiseaux, et donc des écosystèmes entiers qui devaient se ressourcer au printemps mais qui subissent un stress intense. Quelques informations sur cette nouvelle canicule du capital.
Les travailleurs manuels non protégés
«La chaleur altère les capacités physiques et cognitives, augmente les accidents, aggrave les pathologies existantes» explique la CGT. La mortalité sur les chantiers augmente par forte chaleur, mais aucun protocole de protection ni arrêt de travail n’est proposé aux ouvriers agricoles, ceux du bâtiment, ceux qui construisent des routes, aux métallos, et à toutes les professions physiques particulièrement exposées en pleine chaleur. C’est de la mise en danger de la vie de prolétaires.
L’année dernière, le 30 juin 2025, un ouvrier du bâtiment de 35 ans était décédé à Besançon. Sur le chemin du retour, après une journée à travailler en plein soleil sans aménagement d’horaire ni diminution du temps de travail, il s’était effondré, victime d’un accident vasculaire cérébral. Le même jour, une agente d’entretien de 51 ans était morte à Barcelone, foudroyée par un coup de chaleur. Elle avait travaillé tout l’après-midi au ramassage des déchets dans la rue. En septembre 2023, le temps était particulièrement chaud, et six ouvriers travaillant dans les vignes de Champagne étaient décédés en quelques jours. Dans l’indifférence des autorités.
«Le nombre de décès est clairement sous-estimé. Les cas identifiés ne sont que la partie émergée de l’iceberg» rappelait Guillaume Boulanger, de Santé Publique France dans un article du Monde. Combien de mort de travailleurs cette année, forcés à trimer dans une chaleur suffocante ?
Mépris dans les écoles
Ce 28 mai, une école élémentaire située dans les Landes a dû fermer ses portes pour «préserver les enfants d’une chaleur extrême». Le thermomètre est monté jusqu’à 53°C en intérieur. Un élu de la commune explique : «Il y a même eu un malaise et des vomissements». Près de 80% des collèges et lycées ont relevé une température supérieure à 30°C cette semaine.
Pourtant, là non plus, aucun soutien, aucune livraison de ventilateurs, aucun plan de protection des élèves et enseignants. Le ministre macroniste de l’éducation est allé dans les médias expliquer que pour lutter contre la canicule à l’école : faut aérer et boire de l’eau. Il a aussi déclaré qu’il «n’est pas prévu de reporter les épreuves du baccalauréat». Comme s’il était possible d’étudier ou de composer un devoir par 35°. Mépris total.
Capitalisme du désastre
Toute la crise du système pourrait se résumer dans cette affaire : l’AFP vient de révéler qu’un fonds financier «destiné à aider un archipel du Pacifique en proie au changement climatique» a investi l’argent récolté dans des mines de charbon, dans l’exploration gazière et dans la plus grande raffinerie de pétrole au monde. Le capitalisme, même quand il prétend être vert, finance la catastrophe.
TotalEnergies continue d’investir massivement dans les énergies fossiles et construit un pipeline géant en Afrique, tout en recevant 400 millions d’euros d’aides publiques en France. Les 65 plus grosses banques mondiales ont accordé 750 milliards d’euros de financement aux entreprises du pétrole, du gaz et du charbon en 2024, contre 612 milliards d’euros en 2023. Une hausse de plus de 22% en un an, au moment de la victoire de Donald Trump, qui a nommé des climato-sceptiques et des lobbyistes du pétrole dans son gouvernement, et qui a lancé le slogan : «Drill, baby, drill» – «Fore, chéri, fore».
Un choix de court terme
Même d’un point de vue économique, faire perdurer les énergies fossiles est une aberration suicidaire. Une étude de l’assureur Allianz Trade estime que «la croissance économique des pays les plus exposés aux canicules pourrait être amputée de 5% à 7% au total sur 2026-2030. Des pertes qui peuvent atteindre 240 milliards de dollars en France, 147 milliards en Italie et 131 milliards en Allemagne. Même selon les financiers : «la production horaire diminue d’environ 1,3 dollar pour chaque degré dans la fourchette de 30 à 35°C», soit «environ 3% de la production horaire moyenne». En 2019, une étude de l’Organisation internationale du travail rappelait de son côté qu’à «33 ou 34°C, et pour une intensité de travail modérée, la performance du travailleur chute de 50%».
Un article publié en 2021 par la revue Nature calculait un PIB en Europe réduit de 0,3 à 0,5 points lors d’une année de canicule. Selon l’économiste Adrien Bilal, le PIB mondial de 2100 sera deux fois moins important que ce qu’il aurait dû être sans le changement climatique, si aucun plan d’arrêt des émissions de gaz à effet de serre n’est mis en place.
L’Inde est une fournaise
La chaleur à 35°C est insupportable, alors imaginez une température de 15 degrés supérieure. En Inde, dans la ville de Banda, le thermomètre est monté à 48°. Dans celle de Suratgarh, elle frôle 50°. Les pauvres sont exposés à des températures qui s’approchent du seuil mortel pour un humain. Et pour les autres, la climatisation tourne à plein régime, ce qui provoque un cercle vicieux. L’Inde a enregistré une très forte demande d’électricité, dépassant les 270,82 gigawatts jeudi dernier, un record de consommation dans l’histoire du pays. Or, cette production dépend énormément du charbon, donc du secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre. Un enfer. L’inde compte près de 1,5 milliard d’habitants. Demain, les réfugiés climatiques se compteront par millions.
Plus proche de nous, le Portugal a établi un nouveau record de chaleur pour un mois de mai, avec une température de 40,3°. Le désastre est aussi chez nous, et il est de la responsabilité des pays riches d’enrayer la catastrophe qu’ils ont provoqué. Ou à leurs populations de contraindre les gouvernants à agir.
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