5,9 milliards d’animaux plus précisément, sont tués chaque année par l’industrie nucléaire en France. C’est le chiffre colossal révélé par le réseau Sortir du nucléaire, dans un rapport publié ce lundi 15 juin. Poissons, crustacés, méduses sont aspirés par centaines de millions dans les systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires, et en meurent.

Il ne s’agit pas d’une estimation réalisée par des militants anti-nucléaires mais des chiffres d’une étude réalisée directement par EDF. Il s’agit d’un document confidentiel, évaluant les conséquences des centrales sur les espèces vivantes, que Sortir du nucléaire vient de rendre public.
Une partie de la population n’en a pas forcément conscience, mais les centrales nucléaires ont besoin de quantités énormes d’eau pour se refroidir en permanence, que les réacteurs pompent dans les rivières et la mer. Une centrale est donc fortement dépendante de ressources en eau, sinon elle surchauffe et elle peut provoquer un accident nucléaire d’une ampleur gravissime. C’est l’un des problèmes de cette industrie : même après avoir arrêté de fonctionner, une centrale doit être refroidie en permanence et ses combustibles usagés doivent continuer d’être plongés dans des piscines. Et comment prévoir la façon dont nos descendants pourront effectuer ce refroidissement continu dans 100 ou 200 ans ? D’ailleurs, des alertes rouges ont eu lieu dans une centrale en Ukraine, car la moindre panne de courant lors des combats peut empêcher les systèmes de refroidissement de fonctionner, et provoquer un risque nucléaire majeur.
Pour se donner une idée des volumes concernés, entre 2008 et 2018, le refroidissement des centrales électriques est la deuxième activité la plus consommatrice d’eau en France. Cela représente un tiers de toute l’eau consommée dans notre pays. C’est la quantité la plus importante derrière l’agriculture, qui en utilise 45%, et devant la consommation en eau potable. Rien que pour refroidir les centrales, il faut des milliards de mètres cubes d’eau par an.
Lors de ces pompages, inévitablement, de nombreux animaux sont aspirés, bloqués sur un filtre, puis traités, avec le reste de l’eau, par des produits chimiques, et suffoquent. Le rapport recense une centaine d’espèces concernées, dont des poissons comme les harengs, les sprats, des gobies, mais aussi des crevettes blanches et grises ou des méduses. Parmi les espèces, certaines sont protégées, comme les anguilles, aloses ou lamproies… En août dernier, la centrale de Gravelines avait même dû être stoppée en urgence, car un afflux massif de méduses avait obstrué les conduits et provoqué l’arrêt de réacteurs.
Les centrales nucléaires ne tuent pas seulement des milliers d’êtres vivants dans leur machinerie, elles réchauffent énormément l’eau qu’elles rejettent. Dans la Vienne, des entrepreneurs malins ont même créé un parc, la Planète des Crocodiles, au pied de la centrale nucléaire de Civaux. L’eau trop chaude qui sort de la centrale est adaptée aux reptiles qui aiment nager dans la moiteur tropicale. L’histoire ne dit pas si les crocodiles brillent la nuit. Mais cette eau chaude dans nos cours d’eau peut avoir un impact désastreux sur les espèces aquatiques qui n’y sont pas habituées, et amplifier les chocs déjà provoqués par le dérèglement climatique. Par ailleurs, le manque de précipitations, et donc l’assèchement des rivières, met en danger le fonctionnement des centrales. Ce qui ne va pas s’arranger dans les années à venir.
Enfin, l’ensemble des réacteurs nucléaires français et une large partie des réacteurs nucléaires mondiaux rejettent dans l’eau un sous-produit, le tritium. Dans la réaction nucléaire, les neutrons rencontrent des atomes de bore et le tritium se forme. Ce produit est ensuite rejeté «au moment jugé le plus opportun par EDF», dans les cours d’eau qui bordent les centrales afin de l’éliminer. La contamination n’est donc pas accidentelle, mais organisée. En France, cinq cours d’eau (la Garonne, la Loire, le Rhône, la Seine et la Vienne) sont bordés de centrales nucléaires, et contiennent tous du tritium rejeté consciemment par EDF. L’ensemble des stations d’eau potable situées en aval des centrales peuvent ainsi puiser de l’eau contenant du tritium. Mécaniquement, Nantes, Paris, Lyon, Agen et de multiples autres villes et communes sont concernées. Le cap des 10 millions d’habitants impactés par de l’eau radioactive est franchi. Le nombre de poissons et crevettes concernés n’est pas connu.
Mais alors, quelles sont les alternatives ? Les défenseurs du nucléaire vantent souvent la «propreté» de l’atome par rapport aux autres énergies. Il faut souligner que dès l’été 2022, le photovoltaïque allemand produisait déjà plus que l’ensemble du parc nucléaire français. En plus des canicules, des centrales sont régulièrement à l’arrêt pour des nécessités de maintenance ou des effets de corrosion qui n’étaient pas prévus. En Allemagne la puissance de production photovoltaïque est déjà de 60GW, l’équivalent de 60 centrales nucléaires, et l’objectif est d’atteindre 200GW en 2030. Pourtant, EDF mène depuis des années des chantiers très coûteux pour prolonger la durée de vie des centrales de dix ans. Plutôt que d’imaginer des alternatives au nucléaire, investir des milliards pour prolonger la vie de centrales dangereuses et inadaptées est un choix brillant.
De plus, la présence de centrales nucléaires sur tout le territoire rend la France particulièrement vulnérable en cas de guerre. Il suffirait d’une seule frappe ciblée sur une seule centrale pour anéantir une partie du pays et le rendre inhabitable pour longtemps. Alors que nos gouvernants parlent de réarmement et de conflit militaire, ils oublient à quel point le nucléaire est un danger supplémentaire en France.
Mais que met-on à la place ? On tire le frein d’urgence. La seule énergie vraiment propre est celle que l’on ne consomme pas. Le chaos climatique ne se résoudra pas par des logiques productivistes et des technologies qui ne feront que repousser le problème en en créant d’autres. Il faut diminuer la consommation plutôt que d’imaginer des solutions pour consommer plus dans des technologies absurdes et toujours plus gourmandes comme l’IA et les cryptomonnaies.
C’est pourtant l’inverse des politiques menées actuellement : la construction de quatre nouveaux réacteurs à Penly en Seine-Maritime et à Gravelines dans le Nord, et les projets de petits réacteurs nucléaires modulaires vont non seulement augmenter l’hécatombe des espèces aquatiques – le nombre d’êtres vivants tués passerait à 7,7 milliards par an – mais aussi les rejets de tritium et les risques liés aux ressources en eau.
SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE
Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !
Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.



