Les entraînements militaires à la campagne provoquent des mouvements de panique et déciment des élevages

Louise Michel disait que «plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent». Une citation qui s’applique au militarisme : les soldats obéissent aveuglément à leurs supérieurs et les guerres massacrent aussi les animaux. C’est ce que nous rappellent les dernières démonstrations de l’armée française.
L’opération Orion – acronyme d’«Opération de grande envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers le combat de haute intensité et Novatrices» – organisée du mois de février à la fin avril en France, était «le plus grand exercice militaire depuis la fin de la guerre froide». Pendant trois mois, des milliers de soldats français mais aussi ceux de plus de 14 pays européens, asiatiques et américains, des centaines de drones, de blindés et des dizaines d’avions de combat se sont entraînés sur notre sol, en condition de combat, simulant une véritable guerre. Dans les villes et les campagnes. Les chefs de l’armée ont imaginé un scénario pour conditionner les esprits à un conflit imminent. Pour eux, Orion devait incarner la «montée en puissance de la guerre invisible à l’affrontement de haute intensité», et parlaient «d’envoyer un message».
Ce déploiement militaire massif a eu lieu dans l’espace public, pour habituer les habitant·es à voir des soldats en situation de guerre. Un débarquement avec des navires de guerre et des parachutistes a par exemple été organisé à Saint-Nazaire. Cette mise en scène a coûté une fortune, alors que la France subit un plan d’austérité aussi violent qu’injuste.
Un argent investi pour conditionner la population. En 2025, le gouverneur de Paris déclarait déjà que «la visibilité des armées est primordiale», et invitait les soldats à garder leurs tenues militaires en-dehors de leur service, pour installer une ambiance.
Pollution et panique
Dès le début des exercices, en février, plusieurs riverains bretons ont dénoncé la pollution laissée dans leurs villages par les militaires, et la terreur qu’ils ont ressentie. Dans les colonnes de Ouest-France une habitante de la commune de Monterblanc, dans le Morbihan, expliquait avoir «eu la peur de [sa] vie !» En ouvrant les volets, elle «s’est retrouvée nez à nez avec des soldats et un char d’assaut. Ça tirait de partout…» Une autre, Pauline a découvert des dizaines de douilles sur un sentier, et déplorait : «Il serait judicieux que les militaires en exercice ramassent leurs déchets».
Dans la commune de Saint-Nolff, Jocelyne avait ramassé de nombreux restes de balles lors de sa promenade. Autant de déchets militaires qui vont polluer les sols durablement : «On peut imaginer que ces munitions mettront des années à disparaître».

Dans le Morbihan, un habitant a même retrouvé la roue de sa voiture crevée par une douille de fusil d’assaut, qu’il a montrée à la presse. Il a dû changer ses deux pneus. L’armée voulait marquer les esprits, elle a laissé un souvenir impérissable à ces paisibles habitants.
La mort dans les troupeaux
En mai, une autre salve d’entraînement militaires a blessé et même tué, de manière inaperçue, dans les campagnes. En Mayenne, des agriculteurs ont retrouvé 5 cochons morts sur leurs exploitations. Des volailles se sont mutilées et tuées en se piétinant, prises par la panique, en plus des cadavres de pintades qui ont été découverts. 400 volailles sont ainsi mortes. En cause, le bruit des hélicoptères, des drones ainsi que l’utilisation de munitions d’exercices sur des terrains civils. Même les organisations agricoles classées à droite, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) de la Mayenne, dénoncent «la communication extrêmement tardive des services de l’État concernant les exercices militaires aériens».
Dans les pâturages, les vaches se sont retrouvées au milieu d’explosions et de scènes de combat. Plusieurs bovins, extrêmement stressés, se sont blessés et ont dû être euthanasiés sur deux exploitations. D’après un vétérinaire les bovins «peuvent partir en courant pour fuir, étant donné que le bruit leur fait peur et là, ils risquent tout simplement de glisser ou de tomber», entraînant une possible fracture de patte ou de bassin.
L’armée a causé plus de dégâts chez les agriculteurs en quelques exercices que les free party et les manifestations contre les mégabassines, mais ces informations n’ont pas fait plus de bruit au-delà de quelques lignes dans la presse locale.
La guerre est un abattoir pour les animaux
Ces nouvelles macabres sont autant d’occasions de rappeler que la guerre ne tue pas seulement les humains, et que les animaux y paient un très lourd tribut.
Durant la première guerre mondiale des dizaines de millions d’animaux ont été enrôlés, et entre 8 et 11 millions d’équidés sont morts, des dizaines de milliers de chiens ont péri, s’ajoutant à des dizaines de milliers de pigeons voyageurs, sans oublier des millions d’autres, bovins, animaux de compagnies, faune sauvage qui ont payé le prix fort. Les estimations s’élèvent à environ 14 millions de bêtes tuées pendant ce conflit entre humains.
Pendant la seconde guerre mondiale, ce sont près de 30 millions d’animaux qui ont été enrôlés : des chiens kamikazes chargés de dynamite ou démineurs, sauveteurs, messagers. Des animaux de transport : chevaux, mules, bovins, chameaux, dromadaires, et jusqu’aux pachydermes. Beaucoup y sont restés, un bilan partiel évoque la mort de 6 millions d’équidés. Autre fait méconnu, le massacre d’animaux de compagnie au Royaume-Uni. En 1939, 750.000 animaux domestiques sont euthanasiés, par crainte de pénurie alimentaire, au début des vagues de bombardements allemands. S’ajoutent à cela la faune sauvage et les troupeaux. La deuxième guerre mondiale aurait emporté 30 millions d’animaux, et a causé d’énormes dommages à l’environnement.
Hier comme aujourd’hui, le militarisme n’est pas seulement une barbarie pour les peuples, c’est un fléau majeur pour l’environnement et tous les êtres vivants.
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