Un bref aperçu de l’enfer climatique

La canicule qui s'abat sur la France en cette fin juin ne fait pas que des ravages matériels : l'enfer climatique s'attaque au vivant dans son intégralité.

Nous sommes le jeudi 25 mai, l’été vient à peine de commencer, mais 3.500 établissements scolaires sont fermés et 10.000 doivent aménager leurs horaires à cause des températures. Des centrales nucléaires sont arrêtées en urgence et des pannes d’électricité sont signalées, notamment l’explosion d’un transformateur dans le Finistère. Le goudron des routes entre en fusion, et plusieurs départementales sont fermées en Loire-Atlantique ou en Meurthe-et-Moselle. Des trains sont annulés parce que les rails se dilatent.

Le capitalisme fossile commet infiniment plus de dégâts sur les biens que toutes les manifestations écologistes qui ont eu lieu dans l’histoire. Mais au-delà d’un simple bilan matériel, ce sont les êtres vivants qui souffrent. Voici un premier aperçu, tiré de différents journaux locaux, des victimes de l’industrie pétrolière ces derniers jours.

Deux SDF morts de chaud à Argenteuil

À Argenteuil dans le Val-d’Oise, deux hommes sans domicile fixe sont décédés le 24 juin, au même moment, dans deux endroits de la commune. Ces personnes ont fait des malaises à cause de la canicule : un quadragénaire a perdu connaissance pendant sa prise en charge et est décédé peu après, et un homme de 30 ans a été retrouvé mort à l’arrivée du Samu, après un appel se plaignant de la chaleur. On l’oublie souvent, mais les personnes sans abri meurent plus en été qu’en hiver, car aucun centre d’hébergement n’est mis à disposition, et que l’extrême chaleur frappe particulièrement durement dans les rues.

Vagues d’arrêts cardiaques à Paris

Au moins 25 arrêts cardiaques ont été pris en charge dans la nuit de mercredi à jeudi, à Paris et sa proche banlieue. Une dizaine de personnes en sont mortes. En moyenne habituellement, sur la même zone, ce sont moins de 5 arrêts cardiaques recensés. Ceci n’est qu’un aperçu incomplet : chaque année, Santé Publique France estime qu’entre 3.000 et 7.000 personnes meurent à cause de la chaleur. Une catastrophe passée sous silence. L’été dernier, des vagues de chaud bien moins élevées qu’actuellement avaient tué 5.700 personnes, dans l’indifférence totale.

Des morts retrouvés dans leurs domiciles

Dans le Nord, trois personnes ont été retrouvées sans vie à leur domicile ces derniers jours, dont un homme âgé qui réalisait des travaux en extérieur. Un adolescent de 16 ans est décédé de noyade, comme des dizaines d’autres en France. À Rennes, pas moins de 5 corps ont été retrouvés dans des domiciles. Ces défunts ont été découverts «après des interventions des services de secours pour des personnes qui ne répondaient pas aux appels» selon le responsable du CHU de la ville, dont les urgences sont saturées.

212 morts en Espagne en 48 heures

En Espagne, les services de santé sont beaucoup plus transparents qu’en France. ll existe un Institut national doté d’un système de surveillance de la mortalité quotidienne, basé sur les écarts entre le nombre de décès du jour et celui des tendances historiques. Cela permet d’évaluer en temps réel le nombre de victimes de la canicule.

L’Espagne enregistre ainsi 212 décès attribuables à la vague de chaleur entre le dimanche 22 et le mercredi 24 juin 2026. La provinces de Cordoue en Andalousie a frôlé les 44°C, et des régions plus douces, au nord, ont atteint les 40°C.

Les chambres d’hôpitaux transformés en mouroirs

«On a pour la première fois des morts dans des chambres d’hôpital à cause des températures extrêmes» explique Jean-François Cibien, urgentiste à Agen sur BFM. Une patiente est décédée dans sa chambre, «a priori en raison de la chaleur». Cette femme est venue se faire soigner et est morte de chaud faute d’infrastructure adaptée. Les recours aux soins liés aux hyperthermie et déshydratation ont explosé, selon ce professionnel.

Des enfants perdent la vie dans des voitures

Le 22 juin deux enfants, âgés de 2 et 4 ans, ont aussi été retrouvés sans vie dans la voiture de leur famille dans le Vaucluse. Ils s’étaient introduits dans le véhicule pendant que leur mère rangeait les courses et s’y seraient enfermés. Dans le Val-d’Oise, un garçon de trois ans a connu le même sort tragique, dans l’allée de la maison, après avoir échappé à la surveillance de ses parents.

La faune à l’agonie

Une hécatombe de poissons près de Nantes, dans un ancien bras de la Loire. Des milliers d’animaux aquatiques ont été retrouvés à la surface à Ancenis ce jeudi, à cause d’une eau trop chaude. Même chose à Belfort : près de 500 kilos de poissons morts ont été retirés d’un cours d’eau, mesuré à 24 degrés et à un niveau très bas. Idem à Plounérin dans les Côtes-d’Armor, à cause d’une température «devenue létale» selon un pêcheur. Ou encore dans le Doubs, dans la vallée du Rupt où presque tous les poissons des étangs sont morts.

Les oiseaux également vivent un calvaire. Leur température corporelle augmente pendant le vol ou la recherche de nourriture, et ils peinent à réguler leur chaleur. Nous sommes en période de nidification, et les oisillons incapables de voler sont très vulnérables. La canicule les pousse à quitter le nid sans savoir voler. Le standard de la Ligue de protection des oiseaux de Bretagne ne peut pas faire face aux appels. Si les oiseaux diminuent, c’est tout le cycle du vivant qui est perturbé, avec une potentielle explosion des moustiques et insectes.

Les autres animaux de nos écosystèmes, comme les hérissons, tritons ou vipères, ne peuvent pas non plus résister à de telles températures.

Des milliers de tonnes de cadavres dans les élevages

C’est l’enfer dans les élevages. Rien que dans les Pays-de-la-Loire, «les estimations font déjà état de plus de 1500 tonnes de cadavres d’animaux à prendre en charge» indique la Région. Les volailles sont particulièrement touchées. Les services d’équarrissage ne peuvent pas absorber les cadavres des poulaillers, les autorités viennent ainsi de permettre l’enfouissement des animaux.

Dans les Côtes d’Armor, le Fédération départementale des exploitants agricoles parle de 10.000 animaux morts ces derniers jours. En Ille-et-Vilaine, «c’est la catastrophe» selon un éleveur de porcs, qui a déjà perdu 28 bêtes depuis le début de la semaine.

Les dirigeants et les multinationales du pétrole sont des criminels climatiques, et devraient rendre des comptes pour les victimes innombrables qu’ils ont causé.

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