« Guerre de l’eau » dans le marais poitevin : 300 millions de litres d’eau accaparés par l’agro-industrie ?


Méga-bassines, délestages illégaux par sabotages de barrage : quand l’agro-business s’accapare les ressources en eau en pleine sécheresse


Le niveau d'eau des canaux en amont des barrages pillés par l'agro-industrie a baissé de 8 centimètres

«’Vol d’eau’ dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?» C’est le titre d’un article paru le 10 juillet 2026 sur le site du média Reporterre. Une question légitime après l’ouverture clandestine de deux barrages, en pleine nuit, à la fin du mois de juin dernier dans une zone humide.

Le 25 juin 2026, dans la commune de La Ronde en Charente-Maritime, au barrage de la Rabatière, une ouverture nocturne des vannes sans aucune autorisation était constatée. Dans le département des Deux-Sèvres, un second incident du même type avait lieu quelques jours plus tard, le 28 juin aux alentours de 1h30 du matin : «Un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise – IIBSN -, alerté par l’effondrement du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin, se rend sur le barrage à Arçais. Il constate une armoire électrique fracturée, des vannes grandes ouvertes…» L’acte de vandalisme a baissé le niveau des canaux du marais de 8 centimètres, avec 100 millions de litres d’eau relâchés.

Ces délestages illégaux, en pleine période de sécheresse, mettent en tension le vivant. Les arbres, des insectes et des oiseaux dépendent de chaque goutte d’eau, comme le rappelle le militant associatif Dominique Giret de Nature Environnement 17 : «Dans ces écosystèmes fragiles, chaque centimètre d’eau compte».

En tout et pour tout, 300.000 m³ d’eau – l’équivalent de 120 piscines olympiques – ont donc été volés, mais par qui ? Les riverains et acteurs du secteur de l’eau n’ont guère de doute : tous pointent l’agro-industrie et les céréaliers vendéens. Les deux barrages ouverts se situent à la frontière entre le marais mouillé et le marais desséché. C’est dans ce dernier que se trouvent les grandes monocultures de maïs, de colza et de tournesol jusqu’à la côte.

La Vendée, comme d’autres départements, est en état d’alerte renforcée pour l’eau potable depuis le 10 juillet 2026. Les cours d’eau sont à sec et la préfecture maintient ses mesures de réduction des prélèvements pour les activités agricoles. Cette série de sabotages intervient dans une période de déficit hydrique extrême, et on peut supposer que les céréaliers ont détourné une ressource vitale à leur profit.

Le maïs est une céréale très gourmande en eau, importée en Europe à la fin du XVème siècle. Elle est inadaptée à nos sols et nos climats. Avec les canicules à répétition et les sécheresses, cette culture, largement utilisée pour nourrir les bêtes d’élevage, est devenue vulnérable. Les alertes de chercheurs et scientifiques du climat n’ont cependant pas empêché l’agro-industrie de continuer à encourager les cultivateurs européens à développer la production de maïs, utilisé essentiellement pour l’élevage.

Le déficit hydrique de cette année devrait faire chuter les rendements de maïs de 35% en France, soit 9 millions de tonnes en 2026 selon les projections du gouvernement, une récolte au plus bas depuis 1980. Dans l’Est de l’Europe, c’est encore pire, les années successives de manque de précipitations en Roumanie, Bulgarie ou Hongrie ont poussé les agriculteurs à baisser les surfaces dédiées à la production de maïs.

Le manque d’eau va devenir la norme dans les prochaines années, et les pillages par l’agro-business risquent de se multiplier à mesure que la ressource se raréfie. Il en est de même pour les méga-bassines dans les Deux-Sèvres ou dans la Vienne. Ces plaies creusées dans la terre puis bâchées étaient sensées, selon leurs concepteurs, ne retenir que l’eau de pluie. Mais encore faut-il qu’il pleuve. De plus, l’eau stagnante est quasiment impossible à conserver dans ces trous géants puisqu’elle finit par s’évaporer, surtout en période de forte chaleur… Ce que cachaient les agro-industriels, c’est que l’eau des bassines était en grande partie puisée dans les nappes phréatiques, un pompage des réserves d’eau collectives au détriment des paysans et des populations locales.

Ce mensonge avait poussé des dizaines de milliers de personnes sur les chemins de Mauzé-Sur-Le-Mignon ou de Sainte-Soline, pour un juste partage de l’eau, quitte à défier les arrêtés préfectoraux, les gendarmes et leurs grenades. Pour que cette ressource reste un bien commun.

Revenons aux sabotages dans le Marais Poitevin. Une enquête contre ces fuites d’eau volontaires est ouverte, mais on peut sérieusement douter de la volonté réelle des autorités de trouver les coupables, car la pratique n’est malheureusement pas nouvelle. Lors de la sécheresse de l’été 2022, un autre barrage de la Cheintre-Cornue, situé à Arçais, avait fait l’objet d’une ouverture irrégulière dans la nuit du 30 au 31 juillet. À l’époque, le délestage avait fait perdre 4 à 6 cm d’eau aux canaux en amont. «Il y a toujours eu une guerre pour l’eau entre le marais sec et le marais mouillé avec ce genre de sabotage» raconte Jean-Jacques Guillet, militant de Bassines non merci, à nos confrères de Reporterre. Une plainte avait déjà été déposée, sans qu’aucune suite n’y soit apportée à leur connaissance.

D’un côté, l’État déploie des moyens démesurés contre les écologistes, n’hésite pas à meurtrir les corps de manifestant·es à coup d’armes mutilantes, utilise l’anti-terrorisme contre les opposant·es aux méga-bassines, multiplie les procès politiques et envoie des défenseur·ses de l’eau derrière les barreaux. De l’autre, quand la FNSEA saccage les préfectures, ou que des inconnus pillent de l’eau en pleine sécheresse, rien. Un système à deux vitesses où les agro-terroristes sont protégés.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *