Crime climatique, complicité gouvernementale

Un couloir d'hôpital avec des couvertures de survie aux fenêtres pour se protéger de la chaleur.

Des dizaines de corps sans vie sont retrouvés dans des domiciles ces derniers jours. Des hommes et des femmes mortes seules, chez elles, terrassées par la chaleur. Rien qu’hier, le 26 juin, plus de cinquante personnes ont été découvertes décédées chez elles à Paris, selon une source policière. Les urgentistes alertent sur de nombreux cas ailleurs en France. Combien d’autres morts seront ainsi identifiés ces prochains jours ?

Selon Le Parisien, les chambres funéraires «commencent à saturer» en Île-de-France à cause de la canicule. «Nous sommes en difficulté pour répondre à toutes les demandes de chercher les corps à domicile» expliquent les services mortuaires. Parmi les causes de décès, les «crises cardiaques» et «vieillesse» reviennent souvent, ce sont des marqueurs «typiques d’une canicule». Une responsable des pompes funèbres rapporte les cas d’un «monsieur qui a fait un arrêt cardiaque sur son balcon, une femme retrouvée morte au sol avec un oreiller sous sa tête car elle cherchait un peu de fraîcheur».

À Paris, «le funérarium de Ménilmontant est complet, les Batignolles ne sont pas loin d’être complets» alertent les professionnels du secteur. «S’il y a une vague de décès ce week-end, ils n’auront pas d’autre choix que d’ouvrir une chambre funéraire à Rungis» explique encore Le Parisien. C’est-à-dire une chambre froide dans le plus grand marché de France, pour stocker le surplus de corps, comme au début de la pandémie de Covid, et lors de la canicule 2003.

Mais contrairement à l’épisode dramatique de 2003, cette année, «ce sont parfois des jeunes entre 30 et 50 ans qui n’ont pas d’antécédent, qui se retrouvent en réanimation. Par exemple des personnes qui sont restées chez elles, qui sont allées dans leur jardin, ont fait un effort et qui sont retrouvées le soir dans un état comateux», explique le chef de service adjoint du SAMU du Nord. Le soignant évoque le cas d’un agent d’entretien de 33 ans décédé le 26 juin, après un arrêt cardio-respiratoire dans un contexte de fortes chaleurs. «L’homme, qui souffrait d’asthme, n’a pas pu être réanimé. Son corps avait atteint une température de 42°C».

À Saint-Nazaire, l’hôpital a déclenché le Plan Blanc, c’est-à-dire une situation de crise face à l’afflux de «patients nécessitant une prise en charge pour des pathologies liées à la chaleur». Au CHU de Bordeaux, les syndicats dénoncent des températures qui dépassent 36 °C dans des chambres de réanimation ! Le personnel a scotché des couvertures de survie sur les fenêtres, pour tenter de freiner un peu la chaleur avec les moyens du bord.

L’urgentiste Julie Oudet dénonce, dans un post sur les réseaux sociaux : «On va dans le mur, les amis. On y est même déjà en train de s’encastrer dedans». La soignante évoque des «coups de chaleur, hyperthermies malignes, malaises, altérations de l’état général avec déshydratation sévère, décompensation de pathologies à cause de la chaleur…»

La médecin et militante Docteur Zoé dresse un tableau encore plus sombre : «C’est une catastrophe sanitaire qui s’annonce. Les urgences de mon secteur débordent, on ne peut plus hospitaliser, on rappelle les [personnels] en repos alors qu’on est sur les genoux. J’aimerais dire crûment ce qu’il se passe, l’état dans lequel meurent les gens, mais c’est tellement violent pour les familles des gens qui sont actuellement en train de mourir. Les gens sont mis à touche-touche dans les box et d’autres brancards dans les couloirs».

Lors de la grande canicule de 2003, un décompte de l’Inserm avait calculé une surmortalité de 19.490 personnes en France, et 70.000 en Europe. Mais en 2003, cet épisode meurtrier avait eu lieu en août, et pas dès le mois de juin. Nous sommes 23 ans plus tard, et absolument rien n’a été fait par les gouvernements successifs pour lutter contre le réchauffement climatique et protéger la population.

Enfin, la France est un pays champion dans l’opacité. À l’inverse de notre voisin espagnol, où les autorités sanitaires comptabilisent quotidiennement la surmortalité et rendent les chiffres publics, l’organisme Santé publique France annonce que le premier bilan serait publié «environ trois semaines» après la fin de chaque épisode caniculaire, et un second indicateur «plusieurs mois après». Une bonne manière de gagner du temps et d’éteindre une légitime colère.

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