Le vrai éco-terrorisme, c’est ça

Deux images satellite, avant et après la série de canicules de 2026, et le lit de la Loire asséché près de Nantes.

Le désert avance et la vie recule. La sécheresse extrême qui frappe la France est visible depuis l’espace. Un satellite de la NASA a capturé une image de l’ouest de l’Europe le 24 mai et le 9 juillet. Seulement 46 jours séparent les deux photos, mais aussi 4 canicules sans la moindre précipitation. La verdure a viré au jaune et au brun, et des dizaines d’incendies dévorent la nature, de la côte méditerranéenne jusqu’en Bretagne.

Partout dans le pays, les arbres perdent leur feuilles en cascade, les forêts souffrent, les herbes ont brûlé, les récoltes meurent. Le lit de la Loire est quasiment à sec en amont de Nantes, comme des dizaines d’autres cours d’eau qui ont quasiment disparu.

Nous passons nos journées d’été, jadis synonymes de joie et de sorties, cloîtré·es dans le noir. Et nos nuits suffocantes ne trouvent pas le sommeil. Ce soir du dimanche 12 juillet, il fait 34° sur la côte de Loire-Atlantique. Ni l’estuaire ni l’océan ne font baisser la température en Bretagne, une situation peut-être jamais connue de mémoire d’Homme.

Les morts se comptent déjà par milliers dans les hôpitaux et dans les domiciles, loin des regards. Les femmes enceintes risquent de perdre leurs bébés, et des fœtus garderont peut-être à jamais les séquelles de cette chaleur accablante. Les personnes vulnérables, souffrant de handicap, vivent un enfer. Des centrales nucléaires sont mises à l’arrêt, et des coupures de courant se multiplient.

Les pertes d’animaux d’élevage se comptent en millions. Les oiseaux tombent des arbres, foudroyés par la chaleur. Des nappes de poissons morts remontent à la surface d’étangs surchauffés. L’agriculture française traverse l’une des pires crises de son histoire, et il faut s’attendre à des pénuries dans les mois et années à venir.

Et ce n’est que le début. Cette situation insoutenable va s’aggraver. Déjà, une cinquième vague de canicule est annoncée à la fin du mois de juillet. En réalité, ce sont des saisons entières qui seront invivables : le capitalisme va détruire les étés que nous avons connus pour les transformer en fournaises lors desquelles nous devrons survivre sous confinement.

L’éco-terrorisme est là, sous nos yeux. Ce ne sont pas quelques sabotages contre des projets polluants, c’est le saccage du vivant, la destruction de nos existences mêmes. Puisqu’il faut parler concrètement pour «sensibiliser» : la future génération devra rationner son eau, elle ne pourra pas se nourrir comme elle le fait actuellement, subira des coupures de courant. Les plus précaires ne pourront pas survivre sous les combles dans de petits appartements. Tout le monde le sait, c’est annoncé par les scientifiques depuis les années 1970.

Et pourtant, tout continue comme si de rien n’était. On voit toujours se pavaner les riches et les puissants en jet privé ou en yacht. On se rue dans les magasins. On entend baver des boomers racontant qu’il faisait chaud «en 1976», quand en réalité il a fait 30° pendant quelques jours. On subit un gouvernement qui nous annonce qu’il faudra «s’adapter» à des conditions par définition ingérables, et qui n’a rien mis en place pour faire face à la catastrophe. On subventionne les géants du pétrole pour accélérer le saccage. Business as usual.

Les écoterroristes ont des noms et des adresses. Ils sont au pouvoir, dans les banques, dans les multinationales et les conseils d’administration. Ils sont actionnaires ou éditorialistes. Ils ont le sang des générations actuelles et futures sur les mains. Et il est plus que surprenant que personne n’ait encore pensé à frapper à leurs portes.

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