Industrie militaire et canicule : une bombe à retardement près de chez vous

Le militarisme et le dérèglement climatique ne font pas bon ménage. Exemple saisissant dans le département du Cher, où une catastrophe a été évitée de peu. Il est 15h45 ce mercredi 8 juillet 2026. Un feu de chaume – c’est-à-dire un incendie délibéré de résidus de paille après les moissons de céréales – se déclare à proximité du village de Morthomiers, commune de 850 habitants qui se situe à quelques kilomètres de Bourges.
Avec les fortes chaleurs de ce début de mois de juillet et la sécheresse, l’incendie se propage rapidement à une zone de résineux. Ce bois sec alimente rapidement un brasier. Ce qui constitue déjà en soi une catastrophe à l’échelle territoriale, puisque 120 hectares ont été calcinés – 20 de terres agricoles et 100 de forêt – aurait bien pu finir en véritable cataclysme national.
En effet, l’incendie menaçait une usine d’armement de la firme KNDS, qui produit des munitions, notamment des obus. Le feu a atteint le périmètre du site, en enjambant une route départementale, à cause de cendres incandescentes emportées par le vent, et a commencé à toucher les clôtures barbelées de l’entreprise. Les flammes se sont approchées du bâtiment où se trouve «le stockage, ce que l’on appelle la soute à munitions» explique l’entreprise.
KNDS est un géant de l’industrie de la guerre. Le groupe est possédé pour moitié par l’État français et les 50% restants sont détenus par une riche famille allemande, les Bode-Wegmann. Sur son site internet, l’entreprise se présente comme le leader européen de la défense terrestre «rassemblant plus de 11.000 collaborateurs, avec 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et un carnet de commandes de 13,5 milliards d’euros en 2025».
Ce couple franco-allemand se gargarise de concevoir, développer et produire « des véhicules blindés, des systèmes d’artillerie, des canons et tourelles, des munitions, des robots et des équipements de défense ». La firme produit et exporte des chars de combat, des obus et les célèbres canons César. KNDS est mise en cause pour avoir fourni des armes et des composants à la firme israélienne Elbit, qui équipe l’armée génocidaire israélienne.
Pour fabriquer les munitions, afin d’équiper les systèmes d’artillerie et les canons de ses véhicules blindés, il faut du TNT ou du RDX, des mélanges chimiques explosifs et dévastateurs.
Ces matières deviennent hautement explosives au contact du feu. L’usine de KNDS de La Chapelle Saint-Ursin, voisine de Morthomiers, en possède une quantité très importante, ce qui explique que le site situé à proximité de Bourges soit classé SEVESO seuil haut. SEVESO désigne les usines qui utilisent, fabriquent ou stockent les quantités les plus importantes de produits dangereux, et sont censées être mises sous surveillance accrue des services de l’État. Avec la poudre entreposée sur ce site, le feu aurait pu faire exploser l’usine, mais aussi souffler les habitations à proximité et ses environs. La déflagration aurait aussi tué les pompiers qui luttaient contre l’incendie.
C’est dans ces conditions qu’une centaine d’habitants ont dû être évacués en urgence de leur domicile et les accès à la zone fermés par les autorités. Un important dispositif de pompiers – 175 au total – ainsi qu’un hélicoptère bombardier d’eau ont dû être déployés pour circonscrire les flammes après 18 heures de combat acharné.
Heureusement, le drame a été évité de justesse, mais les sites industriels SEVESO, qui représentent déjà un risque pour les riverains et l’environnement en temps normal, sont encore plus dangereux avec les canicules qui augmentent en fréquence.
Être antimilitariste et écologiste, ce n’est pas simplement lutter contre les guerres et l’impérialisme des États, mais aussi prévenir les accidents industriels près de chez soi. Désarmer les marchands de canons relève d’une urgence vitale. D’ailleurs, des collectifs du Cher se mobilisent depuis des mois contre l’entreprise KNDS, qui doit être agrandie pour produire toujours plus d’armement. Les habitants alertent sur la dangerosité et la nocivité d’une telle industrie, et l’incendie leur donne mille fois raison.
Ironie de l’histoire, KNDS se vantait il y a quelques semaines seulement sur ses réseaux sociaux d’avoir lancé un projet baptisé «Extinction Incendie» pour «identifier les technologies de survivabilité de demain» afin «de renforcer la protection des véhicules militaires des incendies». Visiblement, ce n’est pas encore au point.

L’ordre capitaliste s’est imposé par la guerre, en jetant les bases du système économique que nous connaissons. Les empires se sont constitués sur le sang, le vol et la spoliation des pays du Sud global. L’avènement d’une société de consommation ultra-carbonnée, basée sur l’industrie fossile, est responsable du désastre climatique en cours. À l’heure de la raréfaction des ressources en hydrocarbures et des pénuries alimentaires à venir à cause des sécheresses, d’autres guerres éclateront.
Ainsi, ce système mortifère s’auto-alimente : des guerres pour les ressources, des ressources pillées pour financer les guerres, et toujours plus de pollution entraînant d’autres canicules, incendies et chaos. On le sait désormais, la France sera particulièrement exposée à l’emballement climatique, et en même temps il s’agit d’un des pays qui vend le plus d’armes dans le monde, son territoire est rempli de centaines d’entreprises militaires. Ce double péril met toute la population en danger, alors qu’elle n’a jamais été consultée et qu’aucun débat sur le militarisme n’est autorisé dans ce pays.
Le drame évité de justesse dans le Cher est un des signes du crépuscule de l’ère du capitalisme fossile.
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