Gouvernement pyromane quand on a besoin de pompiers

Pendant que les médias sont en boucle sur Hamza, nous apprenons que «trois fois plus d’hectares de forêts ont brûlé que l’an passé à la même période». C’est le bilan glaçant qu’a dressé Sébastien Lecornu ce 6 juillet devant les députés de l’Assemblée. Nous ne sommes que début juillet et l’été s’annonce apocalyptique, donnant un aperçu de ce qui nous attend dans les années à venir.
14.000 hectares sont déjà partis en fumée, des dizaines de feux sont recensés sur le territoire, et la quasi-totalité des départements de la métropole sont en vigilance orange ou rouge pour les incendies, attisés par une météo incandescente.
L’an dernier déjà, au début du mois de juillet, les flammes menaçaient la périphérie de la ville de Marseille, avalant 750 hectares, et avaient même détruit plusieurs maisons en bordure de la cité phocéenne. Marseille a été fondée il y a 2500 ans, et rarement sinon jamais les flammes n’avaient menacé d’aussi près la ville. Dans l’Aude également un méga feu s’était propagé près de Narbonne durant trois semaines, déplaçant des milliers de personnes. La Bretagne n’avait pas été épargnée non plus : 120 hectares détruits par le feu dans la mythique forêt de Brocéliande. Un incendie malheureusement contenu, mais en 2022 la forêt avait déjà connu un épisode incendiaire, et des flammes avaient dévasté les Monts d’Arrée, du jamais vu sur ce territoire celte.
Après des épisodes aussi graves, on aurait pu s’attendre à une réaction du gouvernement. Il n’en a rien été. En octobre 2022, Macron avait pourtant promis le renouvellement des Canadairs et l’achat de quatre avions supplémentaires avant 2028. Nous sommes 4 ans après et les deux nouveaux canadairs, commandés début juin, n’arriveront pas avant 2032. Que restera-t-il de nos forêts d’ici là ?
Le constat n’est pas nouveau, c’est « une situation qui est dénoncée depuis plusieurs années » selon un ancien pilote qui précise que « les plus vieux avions datent de 1995 ». L’État français a considérablement aggravé la situation en ne fournissant pas les moyens nécessaires pour lutter contre les incendies. Et ce sont les forêts qui trinquent, l’écosystème qui souffre, les populations qui sont en danger.
En 2024, un rapport parlementaire évoquait « le nombre et l’intensité des feux de forêt, entraînant ainsi une sur-sollicitation des appareils » qui, de plus, subissent une corrosion accélérée par leurs passages en mer. Ces appareils ont en moyenne 30 ans, et le retrait des plus anciens est prévu pour 2025-2030. Dans un autre rapport parlementaire du 2 juillet 2025, l’insuffisance des appareils en eux-mêmes, au-delà de leur nombre, était pointée du doigt : « Leur capacité d’emport de 6 tonnes devient limitée face à l’émergence de méga-feux exigeant des moyens de saturation supérieurs ».
Comme si ça ne suffisait pas, l’administration des forêts souffre de coupes budgétaires au même titre que les autres services publics. En 20 ans, le personnel de l’Office National des Forêts est ainsi passé de 12.500 à 8.000 salariés. Soit une réduction de 40% des effectifs. Dans le même temps, 40.000 recrutements sont prévus par le Ministère des Armées en 2026. C’est le seul ministère qui sort grand gagnant du budget 2026, avec une hausse de 6,7 milliards d’euros par rapport à 2025.
Ce premier juillet, le parlement a voté une rallonge du budget de guerre de 36 milliards d’euros pour un budget total de 436 milliards d’euros sur cinq ans. De plus le prix du nouveau jouet porte-avions de Macron coûtera 12 milliards d’euros d’argent public, soit de quoi acheter 200 canadairs.
En janvier 2024, le gouvernement français commandait 42 avions de guerre Rafale supplémentaires, pour la somme de 5 milliards d’euros. Cette machine à tuer, considérée comme un fleuron du progrès, est un avion «multirôle» pouvant transporter 9,5 tonnes de munitions et coûtant 120 millions d’euros pièce. Ce n’est pas tout : la maintenance du Rafale est facturée environ 10% du coût initial de l’appareil chaque année, et chaque heure de vol coûte entre 14.000 et 16.000 euros. Autant dire que la baisse du budget de la sécurité civile, et même l’achat de Canadairs, ne représentent qu’une goutte d’eau financière en comparaison de l’achat d’avions de guerre. Le gouvernement fait des choix idéologiques : la guerre plutôt que la protection de sa population. Mais à quoi bon se battre pour des terres brûlées ?
Enfin, l’argent coule à flot pour la guerre mais aussi pour la répression. Par exemple, le gouvernement a commandé pour plusieurs dizaines de millions d’euros de grenades lacrymogènes et explosives ces dernières années, pour écraser les contestations, et a acheté 90 blindés baptisés Centaure «made in France» pour la gendarmerie. Coût total de l’opération : 70 millions d’euros, pour pouvoir envoyer des engins pesant 14,5 tonnes et équipés d’une caméra avec une portée de 9 kilomètres, efficace de jour comme de nuit, de lanceurs de grenades, d’une mitrailleuse et de gadgets en tout genre contre le peuple. Ce blindé est décrit comme un «concentré de technologies et de robustesse». Il est en tout cas plus moderne et sophistiqué que le matériel pour éteindre les flammes.
En 2024, après l’assassinat de Nahel, les syndicats de police avaient menacé d’un coup d’État face à la fronde populaire. Darmanin les avait alors reçus pour accéder à toutes leurs revendications. Quand les pompiers risquent leur vie dans les flammes, il ne reçoivent que des tweets de la part d’un gouvernement pyromane.
On le savait, c’est encore une fois confirmé. Même quand la maison brûle, nos vies et nos espaces de vie ne valent rien pour les puissants. Pour les hôpitaux ou la lutte contre les incendies, toutes les économies sont bonnes, quitte à nous mettre en danger. Mais les moyens sont illimités pour nous faire rester à notre place. Le seul incendie qui nous convienne, c’est le feu de la révolte.
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