Bienvenue dans l’univers impitoyable de la «tarification dynamique» et du «yield management» : plus les gens achètent, plus c’est cher, en particulier en cas de crise

La SNCF n’a pas hésité à se remplir les poches lors des incendies en Gironde. Si la régie des trains est encore considérée comme un service public – son capital est détenu à plus de 50% par l’État – bien qu’elle soit en voie avancée de privatisation, elle n’a pas hésité à vendre des billets de train pour un aller simple entre Bordeaux et Rennes au prix exorbitant de 269 euros. Un trajet vendu 5 fois son prix habituel, devenu inaccessible pour une majorité de la population. Pour une famille de 4 personnes, c’est un salaire complet pour un seul déplacement. Ce constat a été massivement dénoncé par des internautes en ligne, capture d’écran à l’appui.
Pourquoi un tel prix ? La réponse tient en deux mots : «yield management», la «gestion du rendement» en anglais. Une méthode tarifaire qui consiste à «ajuster» les prix en fonction de la demande afin de maximiser les profits. En l’occurrence, c’est la fuite de centaines de milliers de sinistré·es en dehors de la capitale girondine, contraint·es de se réfugier en urgence chez des proches, qui a provoqué une telle augmentation.
Quand la SNCF était encore un vrai service public, les prix ne bougeaient pas : on payait en fonction de la distance. Des trajets entre Nantes et Paris ou Bordeaux et Rennes représentaient un certain nombre de kilomètres, et le tarif correspondait au trajet. On savait que se rendre vers une destination allait coûter une somme fixe, définie à l’avance. Il n’y avait d’ailleurs pas besoin de réserver en ligne, de donner un nom, un mail, un numéro de téléphone, de télécharger un QR code ni de passer un portique. On pouvait même acheter son billet une fois monté dans le train. Le néolibéralisme prétendait «simplifier» les services, il les a au contraire rendus infiniment plus complexes, contrôlés, stressants, inefficaces et chers. Et ces méthodes plongent les usagers dans une insécurité permanente, ne sachant pas comment peut évoluer le prix d’un trajet à venir d’une heure à l’autre. Il nous est toutes et tous arrivés d’actualiser le site internet de la SNCF espérant une évolution de prix ou l’apparition de nouvelles places en ligne.
En ce qui concerne l’explosion des tarifs depuis Bordeaux, l’absence de mécanisme de gel des tarifs en cas de circonstances exceptionnelles – par exemple un méga-feu – a de quoi révolter au regard des centaines de milliers de personnes jetées sur les routes suite aux évacuations. Cette gestion purement algorithmique des billets de train signifie donc qu’en cas de force majeure, c’est l’argent, encore et toujours, qui permet à celles et ceux qui le peuvent de se mettre à l’abri.
Par effet domino, d’autres entreprises ont bénéficié des incendies. Par exemple FlixBus, les fameux «bus Macron» mis en place pour concurrencer la SNCF mais qui devaient garantir des trajets à pas cher. La firme a elle aussi spéculé sur les incendies. Des internautes ont dénoncé l’explosion du prix des déplacements entre Bordeaux et Bayonne, qui sont montés jusqu’à 90 euros pour moins de 200 kilomètres parcourus. Flixbus a profité de l’annulation des trains par la SNCF en raison des incendies, et a surfé sur la loi de l’offre et de la demande. Là aussi, profits garantis.
Sur les six premiers mois de l’année, le bénéfice net du groupe SNCF s’établit à 1,2 milliard d’euros, après un résultat annuel record de 1,8 milliard d’euros en 2025. Pourtant, les prix du train restent scandaleusement élevés, alors qu’une des premières mesures pour diminuer la pollution au CO2 et l’usage de la voiture serait de garantir un accès abordable, ou même gratuit, au transport ferroviaire, comme c’est le cas en Espagne.
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