Indignation à géométrie variable : ces rodéos urbains que vous ne verrez pas sur les chaînes d’info en continu


Quand des policiers et des militaires jouent aux fous du volant, il n’y a aucune polémique dans les médias des milliardaires. Circulez ! Il n’y a rien à voir.


Des motards faisant des wheelings : les rodéos urbains ne se pratiquent pas que par des jeunes de banlieue populaire.

Les municipaux font les chauds

Le 30 juillet 2026, Médiapart diffusait une série de vidéos de wheelings pratiqués par la brigade motorisée de la police municipale de Saint-Denis. On y voit plusieurs agents municipaux s’adonner à des roues arrières sur plusieurs dizaines de mètres en plein service, au milieu d’une zone sécurisée et de passant·es. Les faits, filmés, se sont déroulés le 11 juillet aux abords d’un concert du chanteur de The Weeknd, au Stade de France.

Un témoin de la scène raconte : «Alors que de nombreux piétons se rendaient au concert et circulaient à proximité immédiate des motos, dans une zone où la circulation était réglementée et sécurisée par des barrières, j’ai vu ces cinq policiers municipaux remonter régulièrement sur leurs motos, démarrer, effectuer des roues arrière, revenir se replacer, puis recommencer quelques minutes plus tard».

Vol de char d’assaut

Le 24 juillet 2026, à 100 kilomètres au sud-ouest de Londres, aux alentours de 1 heure du matin à Perham Down, deux soldats ivres comme des coings volaient un char de leur caserne et se la jouent Mad-Max Fury Road dans les rues de la ville avec un mastodonte d’acier. Le blindé de type «Bulldog» pèse 15 tonnes, il est armé d’une mitrailleuse et peut transporter jusqu’à 10 personnes. Sa vitesse de pointe atteint les 52 km/h. Autant vous dire qu’il ne vaut mieux pas se trouver sur la route d’un tel engin. Miraculeusement aucune victime n’est à déplorer.

Le média The Sun s’est procuré des images de la course folle. Dans leur dangereuse virée nocturne, les deux soldats du 26ème régiment du génie de l’armée britannique ont détruit au moins deux véhicules et les dégâts sont estimés à 100.000 livres. Le comble de cette histoire : ils ont ensuite garé le char sur un emplacement de voiture avant de rentrer à la base à pied comme si de rien n’était. C’est dire les degrés d’alcoolémie des chauffards. Ils ont été arrêtés tôt le lendemain par la police militaire royale.

Les rodéos urbains, marronnier médiatique

Avez-vous eu écho de ces deux événements sur les chaînes des milliardaires ? Ceux qui sont si friands d’habitude à dénoncer les rodéos urbains sur les plateaux pendant des heures, en invitant les syndicats policiers pour demander plus de répression, n’ont à priori pas jugé utile de montrer ces affaires à leurs téléspectateurs.

Ces rodéos sont pourtant l’un des marronniers préférés des chaînes en continu. Chaque été, les rédactions discutent en boucle, accusent, vocifèrent, invectivent les jeunes de quartiers populaires qui participent à ces rodéos motorisés. Pire, ils servent à justifier les courses poursuites dangereuses lancées par la police et les tirs pour «refus d’obtempérer». Éric Zemmour réclame même que les agents puissent percuter les auteurs de rodéos pour les arrêter, au risque de les tuer.

Un agenda réactionnaire et raciste

Ces rodéos urbains seraient le signe de l’ensauvagement des banlieues, et sont mis en avant pour servir un agenda réactionnaire. Mais quand il s’agit de policiers ou militaires, Cnews et BFMTV regardent ailleurs. Les figures à deux roues ou les courses dans l’espace public sont presque aussi vieilles que l’invention de la bicyclette et ont évolué avec les avancées techniques. Ces acrobaties, dérapages et autres crissements de pneus ne sont pas l’apanage d’enfants racisés de banlieues défavorisées, mais une pratique universelle. En rase campagne, donnez une motocross ou un scooter à une bande d’adolescents, ils s’amuseront comme ceux des grands centres urbains.

Ce qui compte pour les médias dominants n’est donc pas le rodéo urbain en tant que tel, mais qui en sont les protagonistes, qui sont ceux qui le pratiquent. Il y a les bons et les mauvais rodéos, ceux tolérables et les autres. Quand des enfants de bourgeois font des drifts dans des grosses cylindrées ou quand ce sont des policiers qui prennent des risques à moto, c’est validé.

Entre décembre 2020 et mars 2021, un homme de 21 ans se filmait lors de rodéos urbains à des vitesses extrêmement dangereuses dans les rues de Clermont-Ferrand, roulant à plus de 120 km/h en ville. Lors de ses balades, il utilisait une voiture du commissariat central dont il allumait les gyrophares et la sirène. Il avait fini par être interpellé : le coupable n’était autre que le fils du commissaire de Clermont-Ferrand. Le gamin roulait sans permis. Pas une émission à l’époque n’avait été consacrée à l’ensauvagement des rejetons de la police nationale. Un vrai sujet !

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