Qui protège les violences commises contre les enfants en France ? Alors qu’il est avéré que l’ancien Premier ministre François Bayrou a couvert un réseau de maltraitance de mineurs au sein d’un pensionnat privé de sa commune et que l’assassinat de la petite Lyhanna, 11 ans, par un prédateur multirécidiviste démontre a minima une incompétence absolue des autorités, c’est la question qui se pose. Et l’actualité ne cesse de renforcer cette interrogation.

Le contrôle judiciaire de Bruel miraculeusement «assoupli»
Le chanteur sans talent Patrick Bruel, que les médias ont fabriqué dans les années 1990 pour en faire un sex symbol coqueluche des adolescentes, est visé par des accusations de violences sexistes et sexuelles par une trentaine de femmes, dont plusieurs mineures à l’époque des faits.
Au fil des révélations, c’est un véritable système de prédation qui apparaît autour du richissime chanteur, et qui durait depuis trois décennies. Tout le petit monde du showbiz semble désormais avoir été au courant de ces faits, sans jamais les avoir dénoncés. Bruel est aujourd’hui âgé de 67 ans et vient enfin d’être mis en examen pour des faits de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel suite à une vague de plaintes. Étant donné l’extrême gravité des faits, les risques de pression et de réitération, il a logiquement été placé sous contrôle judiciaire.
Mais un juge d’instruction a levé ce contrôle en un temps record. Notamment l’interdiction de quitter le territoire national. Un fait absolument rarissime : jamais ou presque la justice n’assouplit ainsi une telle mesure aussi vite, même pour des faits beaucoup plus légers. D’autant que Bruel a les moyens de s’échapper à l’étranger. Médiapart révèle avoir reçu «plusieurs messages de lecteurs et lectrices s’étonnant d’avoir croisé cet été Patrick Bruel à l’étranger, dans un couloir d’aéroport ou dans un hôtel». S’il ne revient pas en France, la justice française aura délibérément laissé fuir un prédateur. Le parquet de Nanterre reconnaît lui même que la levée du contrôle judiciaire est «injustifiée» et «excessive».
L’affaire Epstein couverte par les autorités françaises depuis au moins 2019
Début 2026, des millions de documents relatifs à l’affaire Epstein étaient publiés par la justice des USA. La ville de Paris est mentionnée à 67.000 reprises dans les courriels du pédocriminel international. Pour cause, non seulement il y possédait un domicile, mais son bras droit, Ghislaine Maxwell, celle qui recrutait les victimes, celle qui servait d’intermédiaire, de conseillère et de compagne au pédocriminel, est née en France et y avait ses attaches. Pourtant, les autorités et les médias français sont restés silencieux au sujet d’Epstein pendant très longtemps.
En-dehors des USA, c’est en France qu’Epstein avait le plus d’attache et de réseaux. Il y a acheté en 2002 un gigantesque appartement au cœur de Paris, un duplex de 800 m² dans le luxueux 16ème arrondissement. Il y recevait de nombreuses célébrités, fréquentait la famille Lang, un proche de Sarkozy, des artistes, l’actuelle ministre de la culture Catherine Pégard, l’héritière du clan Rothschild, des ambassadeurs… Jeffrey Epstein possédait aussi un compte bancaire chez BNP Paribas jusqu’en 2018, et se rendait presque chaque été à Saint-Tropez. Il a d’ailleurs envisagé de vendre des propriétés aux USA et de s’établir à Paris, une fois les procédures lancées contre lui. Ce qui en dit très long sur le sentiment d’impunité d’un tel individu en France.
La police a fini par perquisitionner l’appartement de Jeffrey Epstein le 23 septembre 2019, une fois qu’il avait déjà été «suicidé». Il a fallu onze heures aux enquêteurs pour faire le tour du domicile, et ils y ont découvert une décoration « angoissante » révélant «un appétit de domination sous toutes ses formes». Notamment des centaines de photos de femmes nues, dont des mineures, des animaux empaillés, dont un éléphanteau, des crânes humains, des images du cerveau d’Epstein par IRM et, partout sur les murs, des photos du pédocriminel avec les hommes les plus puissants du monde, par exemple Donald Trump.
Les agents ont saisi des ordinateurs, des clés USB et des CD-ROM. Autrement dit, la police et la justice françaises ont accès à des mines d’informations cruciales sur le réseau depuis 7 ans, mais n’en ont rien dit ! Jusqu’à la publication des Epstein files en 2026, quasiment aucun média ne parlait de l’affaire en France. C’est une occultation délibérée, pour protéger qui ?
Epstein avait deux complices décisifs en France : Jean-Luc Brunel, un rabatteur qui a aussi commis de nombreux viols pendant des décennies, et qui a finalement été arrêté en 2020, après la chute de son chef. Comme lui, il a été retrouvé suicidé dans sa cellule. Il n’y a jamais eu d’enquête policière sérieuse à son sujet. L’autre se nomme Daniel Siad, un autre recruteur, qui vient de mourir le 20 juillet, ce qui «entraîne l’extinction de l’action publique le concernant». Pratique.
Ce n’est qu’en février 2026, 7 ans après les perquisitions de l’appartement parisien du prédateur, que la procureure de Paris a finalement annoncé l’ouverture d’une enquête. Faut-il en déduire que le dossier et les précieuses pièces saisies en perquisition avaient été «oubliées» pendant tout ce temps ?
Au même moment, la macroniste Yaël Braun-Pivet a empêché l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire portant sur le volet français de l’affaire Epstein, réclamée par la France insoumise. Qu’a-t-elle à cacher ?
Des milliers de dossiers pédocriminels «perdus» par la justice
Après l’affaire Lyhanna, le Ministère de la justice a promis un «état des lieux» des enquêtes sur la pédocriminalité en France. Il vient d’être rendu public, et c’est catastrophique. Le Monde a consulté ce rapport de 12 pages qui pointe des dossiers «à l’abandon» ou «perdus», un personnel mal formé et un manque d’effectifs criant, ainsi qu’une désorganisation générale et des outils informatiques inutilisables.
Rien qu’à Nîmes, 1275 procédures «fantômes» ont été découvertes – 875 pour la police, 400 pour la gendarmerie. À Caen, il y en a 905. Des dossiers de violences sur des enfants qui ne sont même pas répertoriés par la justice, faute de lui avoir été transmis ! Qui dissimule ces affaires ? Pourquoi les complices objectifs de criminels au sein des institutions ne sont pas punis ?
Au total, 85.047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs en France sont «en cours de traitement». Au Mans, il n’y a que six enquêteurs du groupe de protection des familles pour 4.000 dossiers. À Grasse, la brigade des mineurs a été supprimée en 2022. À Paris, les procureurs reconnaissent eux-mêmes «une part significative de dossiers [qui] avaient fait l’objet d’investigations très insuffisantes, voire d’aucune investigation».
Près de 1.000 dossiers urgents ou au point mort sont «relancés» annonce le ministère, mais comment expliquer qu’autant d’affaires aussi graves aient été «oubliées» ? Et pourquoi aucune sanction n’est prise ?
La police française est capable de mettre des moyens d’enquête gigantesques pour traquer des écologistes ou des pro-palestiniens, mais il faut faire les fonds de tiroir pour lutter contre des violeurs et des tueurs d’enfants. Une affaire qui n’est pas bien traitée, cela peut être une erreur. Des milliers de crimes qui ne sont pas pris au sérieux, c’est un système, un choix politique, un fonctionnement. Qui couvre les pédocriminels ?
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