«Goûter son propre poison» : un influenceur trumpiste expulsé par ICE


Il surnommait Trump «papa», il vient de recevoir une correction


Milo Yiannopoulos, à gauche portant une casquette MAGA, à droite le visage fatigué après son arrestation par ICE.

Les anglophones utilisent l’expression imagée «He got a taste of his own medicine», que l’on peut traduire par : «Il a goûté à son propre poison». Une formule parfaitement illustrée par l’influenceur d’extrême droite Milo Yiannopoulos.

Les services anti-immigration de Donald Trump ont voulu en faire un exemple en l’humiliant devant le monde entier. Le 28 août, le Ministère de l’Intérieur des USA poste sur les réseaux sociaux la photo de cet homme, les traits tirés après son arrestation. Le texte précise que l’ICE, la milice raciste de Trump, a interpellé cet «étranger en situation irrégulière originaire du Royaume-Uni» dans un aéroport de Louisiane. Selon les autorités, il était arrivé aux USA en 2019 et avait prolongé «son séjour au-delà de la durée autorisée», il ne s’était pas rendu à une audience sur son statut légal, et avait reçu un ordre de quitter le pays. Le post explique qu’il «restera en détention ICE en attendant son expulsion» et menace tous les «étrangers en situation irrégulière» : soit ils «s’auto-expulsent», soit ils subiront le même sort que Milo Yiannopoulos. C’est-à-dire qu’ils seront «arrêtés et renvoyés sans aucune chance de retour».

L’individu exposé n’est pas n’importe qui : c’est une célébrité raciste et pro-Trump. Cet influenceur est un véritable fanatique du président des USA, qu’il surnommait affectueusement «Daddy» dès 2016 dans ses interventions. Un papa qui se montre ingrat et sévère.

Une fois installé aux USA, Milo Yiannopoulos contribue au site d’extrême droite suprémaciste Breitbart News, tenu pendant des années par Steve Bannon, un proche de Trump qui s’est illustré l’an dernier en faisant un salut nazi.

Le 26 septembre 2025, Milo Yiannopoulos réclame une «totale immunité légale pour les agents de l’ICE en service», alors que les violences racistes et les rafles de cette milice choquent partout dans le monde et terrorisent les communautés immigrées aux USA. Dans ses posts, il réclame des expulsions de masse, l’implantation de points de contrôle de l’ICE aux entrées des supermarchés, et agite le spectre du grand-remplacement : «Nous allons découvrir qu’il y a plus de 50 millions d’immigrés illégaux aux USA».

Il justifie l’attentat terroriste islamophobe de Christchurch en 2021, qui a causé la mort de 51 personnes dans une mosquée, car selon lui ce massacre a été causé par la tolérance des autorités vis-à-vis du «gauchisme extrémiste» et des «cultures religieuses barbares». Pour compléter le tableau, Yiannopoulos multiplie les sorties négrophobes, misogynes et homophobes, déclarant par exemple que la «normalisation de l’homosexualité au sein du Parti Républicain est le plus grand regret de ma vie».

Yiannopoulos a travaillé en tant que communiquant pour Marjorie Traitor Greene, politicienne néofasciste de la mouvance Qanon. Après des années de soutien absolu à Trump, cette élue vient de rompre avec lui et de démissionner, ce qui pourrait expliquer l’expulsion et l’humiliation de Yiannopoulos. Des sortes de représailles au sein du marécage d’extrême droite.

Mais derrière cette opération de com’, le gouvernement Trump cherche surtout à frapper les esprits, et à montrer que personne n’est à l’abri des mesures xénophobes, pas même les immigrés les plus fidèles à l’extrême droite. Et ce n’est pas le premier exemple.

L’année dernière, le propriétaire d’un restaurant à la gloire de Trump dans le Texas, et originaire du Liban, avait été arrêté par l’ICE. À l’époque, les autorités affichaient leur fermeté, expliquant que les mesures anti-immigration sont « valables, quels que soient votre restaurant et vos convictions politiques».

En 2024, Bradley Bartell, fervent supporter de Trump vivant dans le Wisconsin, racontait être «tombé des nues» après l’arrestation de sa femme originaire du Pérou. Camila Muñoz, la compagne de cet électeur d’extrême droite, qui vivait et travaillait depuis des années aux USA, avait été placée dans un centre de détention pour migrants en attendant son expulsion. Le couple revenait de sa lune de miel.

Pour quelques affaires médiatisées de militants d’extrême droite subissant à leurs dépens les politiques qu’ils ont soutenu, combien d’autres électeurs de Trump se retrouvent désormais victimes du président qu’ils ont élu ?

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