«Nous n’avons jamais vécu ça aux États-Unis» : les violences policières gâchent le séjour des vacanciers

La France reste la première destination touristique du monde et la région parisienne attire à elle seule 49 millions de visiteurs par an. Pour autant, l’image de marque de la capitale pourrait être écornée par la brutalité et le racisme de sa police. En tout cas, une famille new-yorkaise va rentrer de France avec de cuisants souvenirs des forces de l’ordre.
La scène a eu lieu le 25 août dans le quartier du Marais, rue des Blancs-Manteaux. Une période de l’année et un endroit très touristiques, heurtés par une scène de grande brutalité. Un homme noir est violemment plaqué sur le trottoir et écrasé sous le poids d’agents, ses proches qui demandent des explications sont gazés et frappés, et le jeune homme est embarqué sans que sa famille ne sache où il est emmené, ni même pourquoi.
La vidéo prise par un passant en témoigne : on y voit Matthew, le jeune touriste, allongé sur le ventre et menotté par deux policiers posant un genou sur son dos. Une scène qui rappelle l’agonie de George Floyd aux USA, ou les victimes mortes étouffées lors d’interpellations en France. La tête de Matthew est maintenue dans la flaque d’eau sale de la rigole.
Quand ses cousins s’approchent pour avoir des explications, un autre policier sort une matraque télescopique et utilise sa gazeuse sans sommation. Christian et Kenwyn voulaient simplement «comprendre ce qui se passait». Un autre proche de Matthew reçoit un coup au tibia par un agent qui cherche à le faire tomber, et il est jeté au sol.
Qu’est-ce qui a déclenché toute cette violence ? Un contrôle au faciès. Quelques secondes plus tôt, quatre agents étaient sortis d’une voiture pour contrôler l’identité de Rose, la cousine de Matthew, et fouiller ses affaires. Elle ne comprend pas ce qu’ils veulent et semble perdue, ses cousins approchent pour s’enquérir de la situation. C’est ce qui déclenche l’agression. Les policiers prétendent que Matthew les aurait «insulté en anglais», alors que les victimes expliquent qu’il a été «pris en chasse» à la fin du contrôle, quand il s’éloignait.
Une chose est sure, des témoins extérieurs se disent «atterrés» selon Le Parisien. Le journal interroge une riveraine qui a été surprise par le dispositif policier et la foule rassemblée autour de la scène. Quand Matthew a été embarqué au commissariat pour «outrage et rébellion», aucune information n’a été donnée à la famille. C’est cette riveraine qui a interpellé «deux agents en voiture banalisée pour tenter d’obtenir une information».
La famille était en larmes, mais heureusement aidée par des habitants. «Si nous n’avions pas été là pour leur demander où ils l’emmenaient, ils auraient embarqué le garçon sans que sa famille ne sache où il allait. C’est une situation insupportable et anormale» explique cette témoin au Parisien.
Matthew sera finalement libéré après une journée en cellule, et dit avoir été brutalisé pendant son transport vers le commissariat. Il n’a pas pu passer d’appel téléphonique pendant la durée de sa détention, en violation de ses droits, et explique être «encore très choqué par ce qui lui est arrivé». La famille new-yorkaise dit qu’elle n’a «jamais vécu ça aux États-Unis», le comble venant d’un pays surarmé avec une police réputée pour sa violence. Désormais, la France s’aligne sur les pays les plus répressifs du monde. Et ce n’est pas la première fois que des touristes étrangers repartent avec une sale image de la France à cause de ses forces de l’ordre.
Le 21 septembre 2019, jour de manifestation des Gilets jaunes, les autorités avaient déployé un énorme dispositif de répression sur les Champs-Élysées, chargeant et gazant à l’aveugle les personnes passant à proximité. Un couple de touristes anglais qui se promenait là avait voulu rejoindre sa voiture pour s’éloigner des tensions. Mais un cordon de CRS les avait bloqué, et le mari avait raconté à la télévision, le visage brûlé et les yeux trempés : un policier «nous a directement gazé le visage» après les avoir «poussés». Le 28 mai 2022, des supporters de Liverpool avaient été nassés, gazés et tabassés près du stade de France par la police française, lors de la finale de la Ligue des Champions. Un calvaire pour des milliers de personnes, y compris des familles avec enfants, qui n’avaient même pas pu assister à la rencontre et avaient subi des violences absurdes, provoquant des mouvements de foule et de panique très dangereux. À l’époque, les gros titres de la presse anglaise dénonçaient avec virulence le niveau de brutalité de la police française, bien supérieur à tous les standards connus en Angleterre. Darmanin, ministre de l’Intérieur, avait menti pour couvrir la police, accusant les supporters au lieu d’assumer ses erreurs, ce qui avait profondément choqué l’opinion anglaise et provoqué un début d’incident diplomatique.
En 2024, lors des Jeux Olympiques de Paris, Le Parisien interrogeait au hasard des touristes venus assister à la compétition pour avoir leur avis sur l’organisation. Deux anglaises avaient déclaré avec ironie : «Je n’ai pas encore été battue ou gazée par des policiers, donc pour l’instant c’est super, 9/10…» Pour elles, la police française était plutôt source d’anxiété et de danger que de sécurité.
Nos gouvernants n’ont aucun scrupule à déchaîner la violence contre leur propre population, mais finiront-ils par serrer un peu la muselière pour protéger le business du tourisme ? Rien n’est moins sûr.
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