Non, il n’y a pas «d’autres façons de se faire entendre»


Démontage du discours dominant : il est impossible d’être raisonnable avec des dirigeants qui ne le sont pas


Les autres raisons de se faire entendre ne fonctionnent pas lorsque le gouvernement est sourd.

Dans les médias ces derniers jours, il y a deux discours : celui, ouvertement autoritaire, qui cautionne la répression massive et sanglante d’adolescents. Des gens qui ne sont pas outrés par les images de jeunes étranglés ou éborgnés par des adultes armés sont des tueurs d’enfants en puissance, et nous ne pouvons pas faire société avec eux.

Et puis il y a un autre discours, plus nuancé, qui prétend «comprendre» la mobilisation, mais refuser ses modes d’action. Une phrase fréquemment répétée chez les boomers et les éditorialistes, c’est : «Il y a d’autres façons de se faire entendre». Pour la génération qui a plus de 50 ans, c’est vrai : dans sa jeunesse, elle a connu des grèves victorieuses et des gouvernements qui faisaient des concessions dans un dialogue respectueux. Pour toutes les personnes ayant moins de 25 ans, c’est absolument faux. Elle n’a connu que la brutalité du pouvoir, et n’a aucun autre moyen de se faire entendre que par la révolte. La preuve :

Manifester calmement ?

Sous Macron, il y a eu plusieurs mouvements sociaux absolument massifs. Par exemple, dès son élection, des centaines de milliers de personnes dénonçaient sa «Loi travail XXL». Mais le plus gros mouvement a été celui des retraites en 2023. Plusieurs millions de personnes dans les rues pendant des semaines, des millions de grévistes, la plus grosse mobilisation depuis des décennies en terme de nombre. Et très calme. Des journées syndicales bien cadrées. Très peu de débordements en comparaison de la quantité de personnes en lutte.

Résultat ? Passage en force de Macron, alors que l’écrasante majorité de la population était contre sa réforme. Et les actions plus directes ont été réprimées très durement.

Faire des pétitions ?

Ça c’est un moyen gentil et démocratique de protester. Si vous réunissez suffisamment de signatures, le gouvernement doit vous écouter… dans un monde idéal. Trois exemples ces derniers mois : en juillet dernier, la pétition contre le «permis de tuer» recueillait plus de 700.000 signatures, une véritable lame de fond pour réclamer un débat sur cette mesure gravissime, empruntée au programme du Front Nationale. Résultat ? Jetée à la poubelle sans discussion. En avril, c’était la pétition contre la Loi Yadan, criminalisant la cause palestinienne, qui était déchirée malgré plus de 700.000 signatures. En juillet 2025, la pétition contre la Loi Duplomb avait recueilli 1.900.000 noms. C’était la plus signée de l’histoire de France, pour dénoncer cette loi nocive pour la santé et la nature. Même résultat : poubelle, les macronistes s’en foutent.

Aller voter ?

Les manifestations et les pétitions ne marchent pas, alors attendez les élections ! Déjà, dans un système où 9 milliardaires d’extrême droite contrôlent 90% des médias, il est bien naïf d’imaginer qu’un scrutin puisse se dérouler normalement et sans être manipulé. Mais admettons, regardons les précédents : en 2024, Macron dissout l’Assemblée Nationale et organise des élections législatives anticipées. À l’époque, le RN est au sommet dans les sondages, et le président espère la victoire de l’extrême droite pour gouverner avec elle. Par miracle, une mobilisation populaire massive fait arriver la gauche en tête dans les urnes. Un gouvernement du Front Populaire aurait dû être nommé depuis deux ans. Résultat ? Rien de tout cela. Macron a tout simplement ignoré le résultat des élections qu’il a lui-même convoqué. Depuis deux ans, il gouverne avec l’extrême droite, sans légitimité, imposant des mesures impopulaires par décret et 49.3.

La désobéissance civile alors ?

Même chose : les militant·es non-violent·es qui grimpent dans des arbres pour les protéger finissent en garde à vue. L’expression artistique ? Les rappeur·ses, dessinateur·ices ou graffeur·ses sont censuré·es voire poursuivi·es dès qu’ils dérangent. Les recours juridiques ? Impuissants à stopper l’impunité. Bloquer un chantier ? Vous finissez mutilé·e.

En réalité, le régime a méthodiquement mis en place un système où il n’y a absolument aucune autre manière de se faire entendre que de tout brûler. Le seul moment, dans les 10 dernières années, où le gouvernement a vraiment tremblé, c’était pendant les Gilets jaunes. Quand le feu était sur les Champs-Élysées et sur des milliers de ronds-points en même temps.

La prochaine fois qu’une bonne âme vous dira depuis sa position de spectatrice qu’il faut trouver des moyens «pacifiques» et «raisonnables» de s’exprimer, c’est une hypocrite. En réalité, cette personne veut juste le maintien du système tel qu’il est. Il y a déjà mille bonnes raisons de se révolter, et vous êtes du bon côté de la barricade.

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