«Syngenta, casse-toi !» : en Normandie, 15.000 personnes mobilisées contre les pesticides


Démonstration de force contre un géant de l’empoisonnement chimique, la gendarmerie gaze massivement des personnes cancéreuses : récit


C’était le grand rendez-vous écologiste de la rentrée, après un été qui a rappelé à quel point le capitalisme industriel détruit notre monde. À l’initiative des Soulèvements de la Terre, rendez-vous était donné ce samedi 3 octobre à Gallion, dans l’Eure, sur le rond-point bordant la zone commerciale de l’enseigne Auchan.

Dès midi, ce sont plusieurs milliers de personnes qui convergent pour assister à des prises de paroles dénonçant les mécaniques mortifères du complexe agro-chimique. Parmi les voix puissantes qui se sont fait entendre, Cancer Colère, un collectif de victimes et soutiens unis contre la maladie et ses causes politiques, mais aussi des collectifs anti-impérialistes dénonçant le colonialisme chimique, de la Palestine au Liban, en passant par le chlordécone en Guadeloupe et l’agent orange au Viêt-Nam. Se succèdent au micro paysans et paysannes, militant·es écologistes, chercheur·ses, soignant·es et jusqu’aux travailleur·ses de la chimie eux-mêmes, fustigeant d’une même voix l’industrie des pesticides, qui empoisonne sciemment la Terre et détruit la santé des travailleur·ses comme des consommateur·ices du monde entier, à des fins de profit et d’impérialisme.

Vers 15 heures, le cortège s’élance, massif, joyeux et coloré, accompagné des tracteurs de la Confédération Paysanne. Emmenées par la banderole de tête, tenue par des malades des pesticides, une grande foule de 15.000 personnes s’engage sur la départementale qui longe les usines de mort chimique de Nufarm, puis de Syngenta. Sur le chemin, des stations-services Total sont barricadées par les gendarmes.

Comme on pouvait s’y attendre, le dispositif policier est démesuré, la ville est en état de siège. Des moyens hallucinants contre une manifestation familiale et festive, comptant dans ses rangs de nombreux enfants et personnes vulnérables. 1450 gendarmes mobiles et CRS sont déployés, plusieurs blindés de type Centaure, un hélicoptère, plusieurs drones, des motocross, un canon à eau ainsi que, chose encore jamais vue, la garde républicaine à cheval et même, toujours plus terrifiant, des pick-ups bleus et blancs flambants neufs montés d’une batterie de 12 lance-grenades. Alors que les lycéen·nes demandent la rénovation de leurs établissements vétustes, le contraste avec les moyens pour la répression est saisissant.

À la fin du parcours, à hauteur des bâtiments de Syngenta, un manifestant prend la parole pour expliquer que l’usine se trouve à l’arrêt depuis déjà une semaine, que plus aucun salarié n’a accès à ce site qui tournait jusqu’à présent 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Par ailleurs, les escaliers métalliques présents à l’intérieur du site ont été démontés, et plus de 200 gendarmes ont investi l’intérieur de l’usine agro-chimique. Cette mise à l’arrêt est en elle-même une première victoire pour le mouvement, qui par simple effet d’annonce de la manifestation a su interrompre la production des poisons.

Quelques minutes plus tard, dans un champ longeant la route et alors que Syngenta se trouve encore plusieurs centaines de mètres en contrebas, Cancer Colère prévoit d’installer un cimetière symbolique, pour donner une cérémonie d’hommage aux victimes décédées de cancers causés par les pesticides. Malheureusement, c’est au moment où les militant·es commencent à planter les premières pancartes dédiées aux disparu·es qu’une pluie de plusieurs dizaines de grenades lacrymogènes, tirées en batterie, s’abat sur le cortège. Par ce geste barbare, des milliers de personnes, dont beaucoup malades, viennent à suffoquer dans un épais nuage de gaz toxique saturant l’air ambiant, le gaz lacrymogène policier étant lui-même un produit chimique cancérigène.

Comble de la sauvagerie, dans la foulée, avant même que le gaz ne se dissipe, les forces de l’ordre tirent une dizaine de grenades explosives GM2L, dont certaines en cloche, ce qui les conduit à détoner à quelques mètres du sol, à proximité immédiate des têtes des personnes présentes.

Malgré cet assaut, les manifestant·es solidaires tiennent bon, et la cérémonie a finalement lieu dans un moment solennel où se mélangent la peine et la rage à mesure que les organisateur·ices égrènent les noms, les âges et la nature des cancers des victimes de l’agro-chimie.

Pour clôturer la mobilisation sur une note joyeuse, la coalition et ses bénévoles décident de se maintenir sur place et d’y organiser une grande fête. Grâce à l’efficacité des équipes mobilisées, une scène de concert, un mur de son mobile, un bar et un stand de nourriture sont montés en un temps record. C’en est alors trop pour la préfecture, qui décide, après quelques sommations inaudibles, d’envoyer le gros de ses troupes pressurer les fêtard·es. Organisateur·ices et participant·es sont contraint·es de se replier vers le centre-ville de Gallion, dans un défilé tout en son et lumières, éclairant de leurs torches enflammées la milice qui leur sert d’escorte, comme en signalement du durcissement à venir de la lutte.

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