«Je n’ai jamais ressenti une douleur pareille»

Le 6 octobre à Nantes, une manifestation massive a réuni la jeunesse de la métropole dans le cœur du centre-ville. Des dizaines de milliers de lycéens et étudiants ont tenu la rue et débordé le dispositif policier pendant de longues heures, sous d’épais nuages lacrymogènes. Une vidéo publiée sur le compte Instagram Sortir à Nantes montre un adolescent de 15 ans, du lycée Jean Perrin, avec une pancarte antifasciste à la main. Il se fait interpeller au niveau du square Daviais et va recevoir une décharge électrique en plein visage par un agent de la Brigade anti-criminalté.
On y voit l’agent, haineux et bave aux lèvres, donner un coup de shocker électrique au niveau de la mâchoire du lycéen. Sur un screen que nous a transmis un témoin, on peut voir le visage de l’enfant se déformer instantanément sous l’onde de choc. Le cri de douleur de la victime est glaçant. L’élève que nous avons réussi à contacter confie : «Je n’ai jamais ressenti une douleur pareille». Le même policier a continué à lui mettre des coups durant l’arrestation.
Les forces de l’ordre françaises sont équipées depuis près de 20 ans de pistolets à impulsion électrique de la marque Taser, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy. Tirées par une arme de poing, des épines s’enfoncent dans la chair et infligent 50.000 volts dans le corps, paralysant les muscles et le système nerveux. Il est responsable de morts chaque année, puisqu’il provoque des crises cardiaques. Il est aussi dénoncé par les associations de défense des droits humains qui l’assimilent à un objet de torture. Mais dans le cas qui nous intéresse, le policier utilise une arme qui n’est même pas en dotation dans la police.
Ici, il s’agit d’un shocker électrique, modèle que l’on peut trouver en armurerie. Il n’existe aucun cadre légal pour l’emploi de cet engin de torture chez les forces de l’ordre. Par exemple la boîte Umarex présente son modèle classique capable d’atteindre 5.000.000 de volts. L’arme, présentée comme une outil d’autodéfense, doit être utilisée au contact d’un individu et peut produire selon les fabricants un arc électrique allant de 2 et 15 millions de volts. Tout comme le Taser, il peut paralyser, voire tuer…
Victime d’un choc électrique, l’adolescent brutalisé a ensuite été placé en garde à vue : «C’est immoral de faire dormir un enfant de 15 ans sur un tapis par terre, de l’enfermer. De voir le médecin censé te rassurer et constater tes blessures se foutre de ta gueule». Malgré la violence, il dit ne vouloir rien lâcher, et exprime sa volonté de poursuivre le mouvement.
Autre acte se sauvagerie ce jeudi 8 octobre, commis par le même équipage de la BAC, à la fin de la manifestation qui a encore réuni plus de 10.000 personnes. Les policiers de la brigade anti-criminalité chargent un jeune au milieu des nuages de lacrymogènes, derrière les nefs sur l’île de Nantes. Plusieurs agents le projettent violemment au sol alors que celui-ci leur tournait le dos.
Lui aussi va subir les méthodes de la police nantaise, en étant asphyxié jusqu’à l’évanouissement. Le collectif Révolution Permanente relaie le témoignage d’un manifestant présent : «C’était un peu caché par de la lacrymo, mais ils se sont jetés à 4 ou 5 sur lui. L’instant après il était totalement évanoui. Ils l’ont menotté, trimbalé comme un sac, puis laissé au sol pendant une dizaine de minutes. Puis l’ont embarqué».
D’autres lycéens et lycéennes expliquent à l’un de nos reporters qu’un fonctionnaire de la BAC a étranglé le manifestant jusqu’à ce qu’il perde connaissance. En effet, les images tournées sur place, semble corroborer ce récit. La victime, tête dans le vide et corps sans vie, semble inconsciente quand elle est transportée par quatre policiers à proximité de leur camion. Une jeune élève nous dira qu’il a été placé en garde à vue. Un dernier témoignage explique : «Ils lui ont sauté dessus, l’ont choppé au niveau du cou, il s’est évanoui et lui appuyait que la tête avec leur genou pour ‘l’empêcher de bouger’».
À Nantes, un flic donne une décharge électrique pour son plaisir sur le visage d’un enfant, un autre étrangle un adolescent, provoquant une perte de conscience. Des scènes choquantes, dangereuses, sur le corps de mineurs, et qui révèlent la perversité fasciste de cette unité de police connue pour ses nombreuses violences dans la ville. Ces cas particuliers s’inscrivent dans la politique de terreur généralisée que tente de déployer l’État face à la jeunesse qui se révolte. Mais elle tient bon. Face à de telles scènes, il va désormais falloir repenser les moyens de notre autodéfense.
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