Attentat raciste à Trappes près d’une mosquée, le tueur visait «les personnes de couleur»


1 mort, 10 blessés dont 4 blessés graves, une fillette touchée par 8 tirs : un passage à l’acte encouragé par les politiques et discours d’extrême droite


Le tueur raciste de Trappes menotté, adossé à sa voiture mais bien en vie après avoir commis son attentat mortel.

Des rafales près d’une mosquée, des corps criblés par des balles tirées à l’arme de guerre, une scène de terreur ce 23 octobre à Trappes. Le tueur visait des personnes «de couleur», selon les autorités. Il est passé à l’acte un vendredi, jour de prière musulmane. Un homme noir de 26 ans est décédé. 10 autres personnes sont blessées, donc 4 gravement. Parmi elles, une fillette de 12 ans, touchée par balle à 8 reprises. Le terroriste d’extrême droite a été interpelé.

L’attentat a eu lieu à 10h30 ce matin, le tireur a ouvert le feu depuis sa voiture, à trois endroits distincts dans le but de «faire un carnage». Dans sa lâcheté et sa soif de tuer des personnes racisées, il a même visé un jardin d’enfants, visant indistinctement des adultes et des tout petits. «L’individu a été interpelé et placé en garde à vue» selon le Premier ministre, il est «connu de la police mais pas des services de renseignements». Le criminel se nomme Kévin, âgé de 39 ans, il a été arrêté avec sang-froid par les forces de l’ordre : une photo le montre menotté et entouré de policiers. Mieux traité que les lycéens qui sont étranglés ou plaqués au sol avec le poids d’agents sur le corps.

L’appartement du tireur raciste était piégé, et des bouteilles de gaz prêtes à exploser ont été retrouvées à son domicile. Le Parquet national antiterroriste ouvre une enquête notamment pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée» et «détention d’arme de catégorie A».

Les discours qui stigmatisent les «arabo-musulmans font des morts» dénonce Ali Rabeh, le maire de Trappes. On ne peut évidemment pas séparer cet attentat du climat général qui règne en France, entre le racisme d’État, les milices d’extrême droite qui agissent impunément et la propagande islamophobe quotidienne à la télévision. Le pouvoir et les médias ont encouragé ce crime, comme d’autres avant eux.

Par exemple, après les manifestations du 17 octobre, les plus grandes chaînes de télévision telles que BFM et LCI ont longuement invité Éric Zemmour, politicien fasciste, pour commenter l’actualité. Pas un spécialiste des violences policières, pas un lycéen en lutte, pas un syndicaliste : non, un raciste multi-condamné qui n’a aucun mandat ni légitimité. Il a évidemment proféré, comme c’était attendu, des discours fascistes et racistes contre les manifestants.

Simultanément, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, affirmait à la télévision que les manifestants sont des «racailles», et ajoutait qu’on «voit bien sur les images quel est le type de population». Un propos d’extrême droite, alors que sa police appliquait la répression la plus sanglante depuis 60 ans, faisant couler le sang de centaines de personnes, prioritairement non-blanches.

En septembre, Aurore Bergé, la «ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations» alors qu’elle vient de la droite radicale et consacre sa carrière à augmenter les discriminations, se rendait sur Cnews pour valider la théorie du «grand remplacement», une théorie raciste. Depuis des années, Macron gouverne de fait avec le RN, qui lui permet de rester au pouvoir, et qui vote avec lui des lois telles que le «permis de tuer» pour la police, et des mesures anti-immigration.

La police et la justice persécutent les organisations antifascistes, qui sont réprimées, poursuivies, et parfois dissoutes. À l’inverse, les groupes d’extrême droite agissent en toute impunité. Pas plus tard que lundi, des néo-nazis paradaient au cœur de Lyon alors que la préfecture avait imposé un couvre-feu et interdit les manifestations. Ce samedi, l’État met tous les moyens pour sécuriser un meeting du RN à Orléans et empêcher les manifestations anti-racistes. En février, l’intégralité de l’Assemblée nationale rendait hommage à un néo-nazi violent qui avait perdu une bagarre qu’il avait lui-même déclenchée. Et une majorité de la gauche reprenait le narratif des fascistes. C’est tout ce système, déjà largement fascisé, qui permet des passages à l’acte tels que la tragédie de Trappes.

Le 19 avril dernier, en Haute-Loire, un retraité raciste lançait une «véritable chasse à l’enfant de couleur» dans son quartier : il était descendu de chez lui avec une carabine et avait tiré sur des enfants âgés de 6 à 11 ans, en hurlant des propos racistes, notamment «Dehors les Noirs et les Arabes !» Il n’y avait eu aucune réaction gouvernementale, aucune polémique médiatique, aucune mise en cause du RN et de ses proxys. Le tireur, qui n’a passé que quelques heures en garde à vue, a été condamné fin août à quinze mois de prison avec sursis. Beaucoup moins que les manifestants arrêtés ces derniers jours sur la base de dossiers vides.

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