Mégabassines : la répression s’acharne, les désarmements continuent

Une mégabassine désarmée par celles et ceux qui défendent l'eau.

Le mouvement pour défendre les ressources en eau et empêcher les projets absurdes de mégabassines, qui visent à accaparer un bien commun vital dans des lacs plastifiés artificiels pour une poignée d’agro-industriels ne fait plus l’actualité. Il faut dire qu’entre la fascisation, la guerre, les attaques néolibérales tous azimuts, il est difficile d’être sur tous les fronts. Pourtant, la mobilisation n’a jamais cessé. Et la répression non plus.

Le porte-parole de «Bassines non merci» condamné pour l’exemple

Le 6 mai Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, harcelé par la police et la justice depuis des années, était convoqué devant la cour d’appel de Poitiers dans le cadre de poursuites pour une manifestation remontant au mois d’octobre 2022. À l’époque, une belle et joyeuse manifestation s’était divisée en trois cortèges, avait déjoué le dispositif policier et avait envahi le chantier d’une mégabassine. C’était une réussite populaire et un camouflet pour le gouvernement, qui s’est donc vengé contre une figure de la lutte. Après près de 4 ans de procédure, Julien Le Guet est condamné à six mois de prison ferme, qu’il va purger sous bracelet électronique, assigné à résidence.

«C’est la peine la plus lourde jamais prononcée à mon encontre» déclare le condamné, choqué. La peine est en effet très sévère, car il n’était poursuivi que pour «participation à un groupement, menace de destruction, vol d’une pelle et des inscriptions sur un panneau». Des faits dérisoires en comparaison des violences policières ou des actes pédocriminels impunis dans ce pays. Pourtant Julien Le Guet, lui, devra verser plus de 20.000 euros à la Coop de l’eau 79 pour les dégradations et le «préjudice moral». Les agro-industriels sont décidément des êtres très sensibles.

Le militant va continuer à subir l’acharnement de la justice, car il doit comparaître de nouveau devant la cour d’appel de Poitiers dans les semaines qui viennent, pour l’organisation de la grande manifestation à Sainte-Soline, le 25 mars 2023, qui avait été réprimée sous un déluge de grenades explosives, causant le coma de deux manifestants et la mutilation de dizaines d’autres. Aucun gendarme n’est en revanche poursuivi malgré les témoignages accablants.

Les désarmements se poursuivent

Le 7 mai, plusieurs médias dont Contre Attaque ont reçu un communiqué d’une «Amicale pour le Débâchage Permanent du Poitou». Des auteurs ou autrices anonymes revendiquent les débâchages de deux nouvelles bassines : il s’agit de couper au cutter le film plastifié qui imperméabilise ces étangs artificiels pour les rendre inutilisables. Le premier se situe dans la Vienne et appartient à l’entreprise Pampr’Oeuf, qui est l’un des plus gros industriels de la filière des œufs en France, et qui compte «agrandir un élevage déjà immense de centaines de milliers de poules pondeuses». Le second se trouve les Deux-Sèvres, dans la commune de Lusseray. Cette double action vise à «dénoncer le financement public des bassines et leur développement dans le bassin de la Boutonne».

Le collectif dit qu’il veut, à travers ces sabotages, «envoyer un message clair à l’État, aux collectivités, et aux entreprises […] : il n’y aura pas de répits tant que les bassines seront en état de marche». Il conclut : «Aujourd’hui c’est une bassine, demain de nouvelles cibles pour briser toute envie de prévoir des poulaillers industriels partout où il le faudra».

Ces actions directes pallient l’absence totale d’écoute du mouvement écologiste par les autorités. Pourtant, le 18 décembre 2024, la cour administrative d’appel de Bordeaux déclarait que quatre mégabassines, dont celle de Sainte-Soline, étaient illégales. Plusieurs projets ont depuis été abandonnés, d’autres ne trouvent pas de financement, et globalement les projets de mégabassines sont frappés en France d’une image déplorable, qui ne suscite plus d’adhésion.

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