L’extrême droite profane la date du 8 mai


Le 8 mai 1945, le fondateur du FN se battait à Berlin en uniforme SS


Les fondateurs du Front National : Roger Holeindre, François Brigneau, Jean-Marie Le Pen, Alain Robert et Pierre Bousquet, qui se battait en uniforme SS dans les rues de Berlin jusqu'au 8 mai 1945.

Il existe des profanations qui n’ont pas besoin de destructions matérielles. Celle du 8 mai, date de la chute du nazisme et de la fin de la seconde guerre mondiale, en est l’exemple. L’été dernier, l’éphémère Premier Ministre de Macron François Bayrou tentait de supprimer le jour férié du 8 mai. Il ne s’agissait pas que d’une mesure néolibérale mais d’un choix symbolique fort, pour faire plaisir à l’extrême droite. Il avait du reculer face à la pression de la rue. Ce 8 mai 2026, le Rassemblement National parade aux commémorations du 8 mai.

Marine Le Pen se fait photographier à Hénin-Beaumont et tweete : «Nous avons célébré la victoire du 8 mai». Gauthier Bouchet, responsable du RN en Loire-Atlantique, écrit : «Pour que subsiste la mémoire de ceux qui se sont battus pour notre liberté !» et pose devant les monuments aux morts de Donges et de Nantes. Il est pourtant issue d’une dynastie de l’aile radicale et néo-nazie du parti, son père étant une figure du «nationalisme révolutionnaire».

Cette opération marque une étape de plus dans la tentative de normalisation du RN et de la destruction des repères historiques, pendant que les partis de gauche sont diabolisés quotidiennement dans les médias. Alors rappelons quelques faits.

Le Front National est créé le 5 octobre 1972, lors d’une réunion privée réunissant 70 personnes. Leur symbole ? Une flamme tricolore copiée sur le logo du MSI, un mouvement de nostalgiques de Mussolini en Italie. À l’époque, le FN n’est qu’un obscur groupuscule composé de quelques dizaines de membres. Un parti confidentiel réunissant des néo-nazis, d’anciens collaborationnistes, des SS, des colonialistes et des criminels de guerre.

Parmi les fondateurs, Pierre Bousquet, ancien de la division SS Charlemagne, fidèle parmi les fidèles à Hitler, qui a défendu Berlin jusqu’au bout. Autrement dit, l’un des membres les plus importants de l’histoire du RN s’est engagé volontairement parmi les unités les plus féroces du Troisième Reich et combattait encore fanatiquement pour la croix gammée le 8 mai 1945 !

On trouve aussi, parmi les membres fondateurs du FN, Roger Holeindre, de l’OAS, Organisation Armée Secrète, groupe terroriste qui voulait maintenir l’Algérie française, qui a tué près de 3000 personnes et tenté d’assassiner De Gaulle. Figurent aussi Alain Robert, du groupe fasciste Occident ou François Brigneau, ancien collaborateur zélé.

On trouve encore François Duprat, «Nationaliste révolutionnaire» ancien du groupe fasciste Ordre nouveau et négationniste forcené. Et bien sûr Jean-Marie Le Pen, ayant pratiqué la torture en Algérie et révisionniste notoire, mais est-il utile de le présenter ?

Ce micro-parti va s’imposer progressivement dans les années 1980, à mesure que les espoirs de changement portés par la gauche disparaissent, avant d’imposer toutes ses idées dans la classe politique. «L’insécurité» va devenir une obsession nationale et la police une nouvelle religion d’État.

Dans les années 1980, c’est François Mitterrand lui-même, président socialiste et ancien militant d’extrême droite, qui demande à la chaîne Antenne 2 de donner la parole à Jean-Marie Le Pen, que personne ne connaît. Son objectif est de «diviser» la droite, espérant ainsi gagner les élections.

En 1981, le Front National compte moins de 300 adhérents et recueille 0,18% des suffrages. En 1988, Jean-Marie Le Pen fait 14,38% des voix. En 2022, le parti arrive pour la troisième fois au second tour d’une élection présidentielle et dispose de dizaines de députés, et l’extrême droite monopolise les antennes de télévisions. Un milliardaire réactionnaire a même racheté un empire médiatique pour diffuser toujours plus largement les propos racistes, répressifs et réactionnaires dans l’opinion.

Depuis 2002, le FN puis le RN sont l’assurance-vie du système : ils ont permis aux néolibéraux, minoritaires dans l’opinion, de voler trois élections et d’imposer leurs programmes impopulaires de destruction sociale. Ces dernières années, la bourgeoisie française gouverne de facto avec l’extrême droite : elle applique de larges pans de son programme et ne cache plus son intention de la mettre au pouvoir directement. Mais pour cela, il faut détruire la mémoire et l’histoire.

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