Provocation : le commissaire Chassaing responsable de la noyade de Steve à Nantes décoré pour «service rendu à la nation»

Le commissaire Chassaing au-dessus de la fresque en hommage à Steve et aux victimes de la police à Nantes.

7 ans après la mort de Steve le soir de la fête de la musique 2019 à Nantes, les provocations d’État continuent. Un décret du 15 mai 2026 donne la liste des nouvelles personnalités décorées de «l’ordre national du Mérite». Il s’agit d’un ordre honorifique créé par le général de Gaulle pour récompenser «les mérites distingués, militaires ou civils, rendus à la nation française.» Une petite médaille bleue, que les serviteurs zélés de l’État et les amis du pouvoir peuvent porter sur leur costume.

Et dans la liste, parmi les nouveaux «chevaliers» nommés par le gouvernement, le nom de Grégoire Chassaing. «commissaire, 29 ans de service» précise le décret. Ce nom résonne comme un coup de poing pour tous les nantais. Car Grégoire Chassaing est bien connu pour avoir endeuillé la ville. C’est lui qui a lancé l’attaque mortelle du 21 juin 2019 contre des jeunes qui dansaient au bord de la Loire.

Ce soir là, des centaines de personnes font la fête sur un quai de l’île de Nantes, qui se situe à plusieurs mètres au-dessus de la Loire. Sans motif, les forces de l’ordre étaient intervenues au milieu de la nuit. Et avaient chargé après qu’un DJ ait diffusé le morceau «porcherie», une chanson contre le Front National. Ivre de violence, la police avait tiré des dizaines de grenades lacrymogènes, tabassé des personnes au sol, fracturé des os, envoyé des grenades explosives et tiré des balles en caoutchouc. Et avait provoqué des dizaines de blessés, des centaines de traumatisés et, surtout, au moins 12 personnes tombées dans l’eau sombre et dangereuse de la Loire. Et un mort noyé, Steve, 24 ans.

L’affaire avait suscité une immense émotion à Nantes et une mobilisation puissante durant des mois. Face aux éléments accablants et à la pression populaire, la justice avait fini par mettre en examen la mairie, le préfet et son adjoint, ainsi que le commissaire qui avait lancé la charge. Après avoir fait traîner la procédure, l’affaire judiciaire s’était dégonflée : la mairie et le préfet ont été mis hors de cause, et le seul à comparaître sera donc le commissaire Grégoire Chassaing.

Qui est ce commissaire qui a marqué Nantes au fer rouge ? Le journal Street Press avait dévoilé son pédigrée après la charge mortelle : déguisement raciste, engagement traditionaliste, prises de positions violentes et autoritaires. Sur les réseaux sociaux, ce policier s’affichait, en photo, aux côtés de son épouse, le visage maquillé en noir, une perruque afro sur la tête. Un «blackface», pratique raciste régulièrement dénoncée.

Toujours sur internet, la femme du commissaire dénonçait en vrac la «PMA sans père, le mariage gay et l’avortement». Le soir de la fête de la musique, les témoins parlent d’une charge sans sommation et d’insultes comme «sales gauchistes».

Ce chef de la police était connu depuis de longues années à Nantes pour ses méthodes violentes, notamment contre les cortèges revendicatifs. À la tête de ses hommes, il faisait le coup de poing et déchaînait la répression, blessant de nombreuses personnes. La même méthode a été utilisée contre les fêtards.

Rappelons également que Grégoire Chassaing a assuré, au début de sa carrière et pendant des années, une «coopération en Égypte et au Cambodge», où il avait enseigné à des Régimes autoritaires les techniques de répression françaises.

Le vendredi 20 septembre 2024, après plus de 5 ans d’une interminable procédure, le commissaire Grégoire Chassaing, qui était le seul poursuivi pour ces faits, est relaxé. Le tribunal correctionnel avait estimé que le commissaire de 54 ans, qui était mis en cause pour «homicide involontaire», n’avait pas commis de «faute caractérisée» ayant pu aboutir à la chute de Steve dans la Loire. Lors du procès qui était déjà d’une complaisance honteuse étant donné la gravité des faits, le procureur de Rennes avait demandé une «peine de principe» contre le fonctionnaire de police. Il n’a pas été suivi. La police tue, et la justice acquitte.

Pourtant, même «l’Inspection Générale de l’Administration», l’équivalent de l’IGPN pour les hauts fonctionnaires, a mis en cause la responsabilité du commissaire Chassaing : «Les enquêteurs ont établi qu’il aurait décidé d’intervenir, alors même que la consigne inverse lui avait été donnée par sa hiérarchie».

Grégoire Chassaing est régulièrement récompensé. Avant la tragique fête de la musique, le commissaire était décoré par le Ministre de l’Intérieur : une médaille offerte aux agents qui ont assuré la répression du mouvement des Gilets Jaunes. Il avait aussi reçu une médaille d’honneur de la police nationale en 2015, une médaille de la sécurité intérieure et une médaille de la défense.

En avril 2021, moins de deux ans après la mort de Steve et alors qu’il était mis en cause, Grégoire Chassaing obtenait une première promotion : il était nommé à la direction de la police de Clermont-Ferrand. Une nouvelle provocation du Ministère de l’Intérieur avait eu lieu quelques jours seulement avant le procès : le 1er juin 2024, Chassaing était nommé nouveau chef de la police nationale de Lyon, à la tête de centaines d’hommes, dans la troisième plus grande ville française. Il y sème, là-bas aussi, une violente répression contre les minorités et les contestations. Avec cette médaille du «Mérite», c’est un coup de poignard supplémentaire.

La famille de Steve subit ainsi une violence inouïe, une de plus. Et toute la population nantaise, durablement choquée par la noyade de la fête de la musique et qui s’était mobilisée en 2019 avec des fresques, des collages et de nombreuses actions, peut avoir un goût amer. La police sait qu’elle peut tuer un jeune qui danse sans même être inquiétée, et les responsables sont récompensés.

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