Près de Rennes : contre les empoisonneurs, un site de Bayer bloqué

Devant le site de recherche et développement de Bayer-Monsanto, des tracteurs paysans bloquent l'expérimentation de pesticides pour une journée.

Action surprise jeudi 11 juin au matin, en périphérie de Rennes. Des tracteurs et une centaine paysan·nes, ouvrièr·es agricoles, malades et proches de victimes des pesticides ont bloqué un centre de recherche et développement de Bayer-Monsanto, situé dans la commune de La Mézière, en Bretagne.

Monsanto, fondé en 1901 dans le Missouri, se lance dans l’agrochimie durant la seconde guerre mondiale, et a produit un défoliant appelé «Agent Orange», qui a été pulvérisé massivement durant la guerre du Vietnam et a empoisonné durablement les plantes et les êtres humains. Monsanto a créé le fameux RoundUp, puis les premières plantes génétiquement modifiées qui colonisent désormais l’agriculture mondiale et détruisent les sols. Bayer est une entreprise chimique allemande, connue pour avoir produit de l’héroïne au siècle dernier, puis fabriqué le Zyklon B utilisé par les nazis dans les chambres à gaz. Aujourd’hui, ces deux monstres ont fusionné pour intoxiquer toujours plus les sols et les êtres vivants.

Devant le siège de cette entreprise, la Confédération Paysanne et les Soulèvements de la Terre ont déployé de grandes banderoles «Tueurs de paysan·nes, d’enfants et du vivant». Il s’agit de mettre en lumière l’emplacement d’un tel site, «habituellement discret». Cette action a permis de fermer le siège pendant la journée, alors qu’un barbecue et des prises de paroles ont eu lieu. Le rassemblement a exigé, une nouvelle fois, que les productions de pesticides et semences enrobées de Monsanto cessent. Il a aussi exigé la protection des cours d’eau d’Ille-et-Vilaine, pollués par l’agro-industrie.

Cette mobilisation s’inscrit dans une campagne d’action visant à désarmer les sites de production de pesticides, appelée par la Confédération Paysanne, Cancer Colère, les Soulèvements de la Terre et par le Collectif de Soutien aux Victimes des Pesticides de l’Ouest.

Un site du géant de l’agro-chimie BASF en Normandie avait déjà été visé en novembre dernier. Le 27 juin 2025, c’est un site de production de pesticides Phyteurop du Maine-et-Loire qui était bloqué par des tracteurs et des remorques, avec une grande banderole «Tueurs de paysan·nes» déroulée à côté du logo de l’établissement.

Tout au long de l’année, contre les engrais chimiques et les lobbys productivistes, des organisations et syndicats de paysan·nes, des parents d’élèves, des habitant·es des grandes villes et petits villages du pays, des médecins se battent sur le terrain contre les dégâts des pesticides. En France, 99,8% de personnes sont intoxiquées par le glyphosate selon une étude publiée le 12 janvier 2022 dans la revue scientifique spécialisée Environmental Science and Pollution.

En avril 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, alertait sur la présence de multiples pesticides dans au moins un tiers de l’eau potable.

Notre pays est le troisième utilisateur mondial de pesticides, et le champion d’Europe en terme de volume de produits chimiques utilisés pour l’agriculture : environ 100.000 tonnes par an, dont une bonne moitié de fongicides et un bon tiers d’herbicides.

Même les enfants en bas âges sont touchés. En Charente-Maritime, où le taux de cancers infantiles est anormalement élevé, des parents vivant près d’un champ de céréales ont décidé d’envoyer une mèche de cheveux de leur fille (en parfaite santé) ainsi qu’un échantillon d’eau prélevée au robinet à un laboratoire d’analyse. Résultat : «Plusieurs pesticides dans les cheveux de leur fille âgée de 3 ans et dans l’eau du robinet consommée au quotidien».

Les collectifs en lutte contre les pesticides appellent à converger le 26 septembre prochain dans l’Eure vers le site majeur de Syngenta, leader du secteur.


Photos : Soulèvements de la Terre

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