
Depuis toujours, Donald aime montrer qu’il a la plus grosse. Le plus gros building, les plus grosses remarques misogynes et racistes, le plus gros compte en banque, les plus grosses bombes que ses gros avions de guerre larguent partout dans le monde. Il ne connaît que le langage de la force.
Mercredi 3 juin, le président des USA a convoqué la presse pour offrir une mise en scène grotesque. Brandissant une représentation de grands immeubles à côté d’un plan du bassin du mémorial à Abraham Lincoln, il s’écriait : «Notre bassin est plus grand que des gratte-ciel». En effet, cette étendue d’eau mesure 618 mètres de long. Sauf qu’il est complètement stupide de comparer la taille, en hauteur, d’un monument avec celle, horizontale, d’une infrastructure au sol.
Ce miroir d’eau situé à proximité de la Maison Blanche est l’un des endroits les plus visités de Washington. Construit en 1922, il est célèbre notamment parce que c’est ici que Martin Luther King a prononcé son fameux discours «I have a dream», en 1963.
Dans sa frénésie mégalomane, Trump s’est dit qu’il serait malin de modifier ce bassin, en posant des plaques bleues au fond de l’eau, pour lui donner la couleur du «bleu du drapeau américain», à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance des USA. Le président a prétexté que le bassin «était sale, dégoûtant, et qu’il fuyait de partout depuis des années». Cout du chantier ? 14 millions de dollars, signé sans appel d’offre, et confié à un de ses copains qui avait déjà travaillé sur son club de golf.
Résultat ? Un désastre complet. L’agence Reuters a diffusé une série de photos prises au même endroit le 2 mai, le 28 mai, le 7 juin, le 12 juin, le 16 juin et le 18 juin 2026, pour montrer l’évolution du chantier et son effet.
En guise de «bleu éclatant», l’eau a rapidement viré au vert. Les plaques posées au fond de l’eau ont accéléré le réchauffement du bassin et engendré une prolifération d’algues à une vitesse fulgurante. Le bassin «sale et dégoutant» paraît beaucoup plus délabré après les travaux. Face à cette invasion d’algues, l’administration a utilisé un processus pour tuer la végétation aquatique. Une «technologie de pointe» selon les autorités, à savoir verser du peroxyde d’hydrogène. Autrement dit, de l’eau oxygénée, très corrosive et pouvant blanchir ou ronger des tissus. Cette méthode aurait dégradé les plaques qui sont remontées à la surface. Il faut désormais les retirer.
Ce fiasco aussi pathétique qu’hilarant est une métaphore de notre monde. Des mégalomanes séniles prétendent façonner l’espace à leur image, dilapident l’argent public dans les poches de leurs proches, polluent, engendrent des catastrophes en série, pour des résultats pires qu’au départ. Et ce sont eux qui disposent d’un arsenal de destruction illimité et qui décident de nos vies. Si seulement Trump avait écouté son propre conseil et avait avalé de l’eau de Javel pour le protéger du covid…
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