Chauffards en uniformes, nouvel épisode

«Mercredi 17 juin vers 21h au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis. Une femme âgée d’une soixantaine d’années a été percutée par un véhicule de la Police nationale. Cette femme, ça aurait pu être ma mère. Ça aurait pu être la vôtre. Elle était simplement sur un trottoir. Pensée à la victime ainsi que sa famille». C’est le message publié il y a trois jours par Amal Bentounsi, militante contre les violences policières, dont le frère a été abattu par un agent en 2012.
Sur la vidéo mise en ligne, on voit une voiture de la Police nationale à l’arrêt, encastrée dans des barrières en métal qui ont cédé sous la puissance du choc. Le véhicule, gyrophares allumés, a le pare-chocs brisé, et au niveau de la roue arrière gauche, au sol, se trouve une femme. Entourée par des policiers patauds, elle crie de douleur. Ses jambes paraissent encastrées sous l’automobile.
Cette dame traversait sur un passage piéton, elle a été gravement blessée aux deux jambes et a été opérée ce jeudi 18 juin. Elle s’est vue notifier trois mois d’incapacité totale de travail, ce qui est énorme.
Dans les colonnes du Parisien, un témoin explique : «La roue de la voiture a roulé sur la jambe de la dame. La police allait très vite. L’ambiance était tendue. Les policiers voulaient que les personnes présentes reculent. Ça a failli partir en émeute mais le maire est arrivé pour apaiser les choses».
Selon la version officielle, les fonctionnaires «tentaient d’intercepter deux personnes sur un deux-roues» qui auraient refusé un contrôle. Pourtant, ce sont bien eux qui ont failli tuer cette passante et mis les habitants en danger.
Cette affaire en rappelle une autre, survenue le 22 avril dernier, à Sartrouville. Vers 22h50, Mohamed El Bachiri, un habitant âgé de 81 ans, avait été renversé par une voiture lancée à pleine vitesse dans une rue passante, alors qu’il sortait de la mosquée. Les chauffards étaient des membres de la BAC d’Argenteuil, qui roulaient à vive allure. «On ne comprend pas comment cela a pu arriver sur une route limitée à 50 km/h. Mon père traversait un passage piéton donc il était totalement légitime de traverser en toute sécurité. À quelle allure allait exactement le véhicule ? C’est inadmissible d’avoir un papa qui rentre et qui d’un coup se fait faucher par une voiture de police» déclarait Youcef, le fils de la victime, en colère.
La version policière était la même : les agents menaient une course poursuite après un «refus d’obtempérer». Pour rappel, les policiers ne peuvent engager de poursuite à vive allure que pour les délits les plus graves. Et pas pour un simple refus de contrôle, une infraction qui est en principe exclue des consignes officielles. Les autorités prétendent souvent que les refus de contrôles mettraient en danger les passants et qu’il faudrait donner aux agents le pouvoir de partir en chasse à toute vitesse ou de tirer à balle réelle sur les conducteurs. Mais en l’occurrence, c’est le véhicule de police qui a provoqué un accident mortel. Et ce n’est pas la première fois.
Rappelons qu’à la fin de l’année 2023, en dix jours seulement en France, des voitures de la police et de la gendarmerie française ont tué trois piétons. Le 12 décembre 2023, en plein Paris et en plein jour, un homme de 84 ans a été percuté, alors qu’il traversait sur un passage piéton au vert, par une colonne de policiers à moto de la BRAV. Il décédait peu après. Le 18 décembre, à Senlis dans l’Oise, un homme âgé de 82 ans mourait après avoir été percuté par un véhicule conduit par des gendarmes au niveau d’une station service. C’était à 16h30, alors qu’il faisait jour et que l’octogénaire traversait la rue. Samedi 23 décembre à Saint-Pierre-des-Corps près de Tours, un jeune homme était percuté par une voiture de police dans des circonstances troubles, au petit matin. La victime est également morte.
D’autres homicides routiers ont été causés par les forces de l’ordre ces dernières années, suite à des «parechocages», une méthode violente qui consiste à percuter en voiture une personne pour l’arrêter. Sa légalisation est réclamée par les syndicats policiers, mais la pratique existe déjà en dehors de tout cadre légal.
Dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 mars 2024, un jeune homme qui circulait à scooter à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, est mort après avoir été heurté par une voiture de police. Il n’avait que 18 ans et était originaire de La Courneuve. Selon un témoin de la scène, «il y avait 2 personnes sur le scoot’ et la voiture de police a coupé la route, ils ont tamponné le mec et après il est rentré dans la camionnette». Jeudi 13 avril 2023 à Paris, trois adolescents sur un scooter étaient percutés par une voiture de police. Une jeune fille de 17 ans avait été placée dans le coma et un jeune de 14 ans était hospitalisé dans un état grave. Les policiers avaient ouvert leur portière pour déstabiliser le scooter. Grâce aux images, trois policiers avaient été mis à pied. En 2007 déjà, deux jeunes avaient été tués à Villiers-le-Bel de la même manière, provoquant d’importantes émeutes.
Auparavant, dans la nuit du 8 au 9 janvier 2020 à Rennes, c’est une animatrice périscolaire de 21 ans, Maëva, qui avait été percutée de plein fouet sur un passage clouté par une voiture de police banalisée, sans gyrophare ni sirène. Elle était décédée. Le policier mis en cause, un ancien agent de la BAC, avait déjà commis 8 infractions pour excès de vitesse. Le meurtrier récidiviste avait écopé de sursis lors d’un procès plusieurs années après.
Cette affaire n’a jamais eu d’écho national. Qui sont les chauffards ?
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