Un graffiti vient d’apparaître en périphérie de Nantes : «Steve, mort pour la musique». C’est la dernière création d’une longue série pour que la mémoire du jeune homme tué lors d’une charge policière 7 ans plus tôt ne soit pas oubliée.
Le 21 juin 2019, des centaines de personnes font la fête sur un quai de l’île de Nantes, qui se situe à plusieurs mètres au-dessus de la Loire. Une zone de friches et de boites de nuit où, depuis des années, les free party sont autorisées. Elles ne dérangent personne et apportent de la joie à toute une génération de nantais et nantaises.
Sans motif, les forces de l’ordre lourdement armées se massent autour de la fête et, au milieu de la nuit, elles lancent l’assaut. Ivres de violence, les agents tirent des dizaines de grenades lacrymogènes dans la pénombre, lâchent des chiens, tabassent des personnes au sol, fracturent des os, envoient des grenades explosives et tirent des balles en caoutchouc. L’agression provoque des dizaines de blessé·es, des centaines de traumatisé·es et, surtout, au moins 12 personnes tombent dans l’eau sombre et dangereuse de la Loire. Steve, 24 ans, fan de musique techno, disparaît.
Le lendemain, la presse locale parle d’une soirée «houleuse». Notre média dévoile les premiers témoignages et les vidéos de la charge, montrant une sauvagerie inouïe et un mépris total pour la vie des teufeurs et teufeuses. Sur les images, des jeunes hurlent aux policiers que des gens sont «tombés dans la Loire», et ils continuent à frapper et envoyer du gaz. Aucun secours n’est envoyé.
On apprend alors que les forces de l’ordre ont chargé après qu’un DJ ait diffusé le morceau «Porcherie», une chanson des Bérus contre le Front National. Certains policiers criaient « sales gauchistes ». À leur tête, un commissaire d’extrême droite, Grégoire Chassaing, qui avait déjà fait preuve d’une brutalité extrême contre les manifestations nantaises, notamment lors des Gilets jaunes. L’attaque de la fête de la musique est à la fois la continuité des méthodes répressives appliquées pendant des années, et un moment de pur fascisme. Un défoulement policier contre des jeunes qui dansent. Il y aurait pu y avoir des dizaines de morts dans le fleuve cette nuit là.
En 2019, l’affaire avait suscité une immense émotion à Nantes et une mobilisation puissante durant des mois. Face aux éléments accablants et à la pression populaire, la justice avait fini par mettre en examen la maire, le préfet et son adjoint, ainsi que le commissaire. Mais faute d’un rapport de force durable, l’affaire judiciaire s’était dégonflée : la mairie et le préfet ont été mis hors de cause. Le seul à comparaître a été le commissaire Grégoire Chassaing qui a depuis été relaxé et a obtenu des promotions. En parallèle, le mouvement Free Party est toujours plus durement réprimé et diffamé.
Sept ans après cette nuit terrible, le souvenir de Steve et des dizaines de personnes blessées le 21 juin 2019 reste dans tous les esprits.
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