
Des feux partout : dans la forêt de Fontainebleau près de Paris, dans le Sud de la France, mais aussi en Bretagne, région tempérée et humide qui était épargnée il y a encore quelques années. 2026 s’annonce déjà comme une année catastrophique sur le front des incendies. 41.000 hectares ont déjà brûlé en France, alors que nous ne sommes qu’à la mi-juillet. La moyenne annuelle des 20 dernières années n’était «que» de 9.000 hectares réduits en cendres. Il faut donc s’attendre à un record de destructions par les flammes, alors que les canicules se suivent et que la sécheresse reste implacable. Pourtant, alors que tout le monde connaissait ces risques, les moyens mis en œuvre pour lutter contre le feu ne sont pas débloqués.
Austérité pour les pompiers
«Il manque plus de 300 camions-citernes» alerte un syndicat de pompiers cette semaine dans les médias. Après les incendies, déjà terribles, de l’année 2022, Macron avait fait des belles promesses : un «pacte» pour remplacer les véhicules vieillissants. Un pompier syndicaliste interrogé par 20 Minutes explique que leurs camions étaient carrément devenus dangereux, puisqu’ils «ne correspondaient plus aux normes minimales de sécurité pour protéger les sapeurs-pompiers à bord». Mais les moyens, déjà légers, qui avaient été débloqués à l’époque, ont surtout été «une aubaine pour les équipementiers, qui n’ont pas manqué d’en profiter pour réévaluer leurs tarifs à la hausse, au détriment des finances publiques et de l’efficacité attendue» dit-il. C’est la magie du néolibéralisme : l’argent public engraisse toujours les mêmes, et les dépenses ne résolvent pas les problèmes.
Il manque donc des centaines de camions pour éteindre les feux, mais aussi des avions. La France ne compte que 20 bombardiers d’eau, dont 12 Canadair vieillissants et 8 avions Dash. Là non plus, les moyens ne suivent pas. Pire, en février 2024, le Premier ministre avait pris un décret pour réduire de 52,8 millions d’euros les crédits alloués à la sécurité civile. De même Valérie Pécresse, à la tête de la région Île-de-France, avait fait voter la même année le retrait d’une subvention de 1,5 million d’euros aux sapeurs-pompiers pour basculer le budget vers l’achat de caméras de surveillance.
En parallèle, les manifestations de pompiers qui réclament plus de moyens ont été systématiquement et férocement réprimées, y compris avec des armes mutilantes qui ont gravement blessé certains soldats du feu.
De l’argent pour la police et l’armée
À l’inverse, les moyens sont illimités pour la guerre et la police. En 2024, le gouvernement français commandait 42 avions de guerre Rafale supplémentaires, pour la somme de 5 milliards d’euros. Des centaines de millions d’euros ont également été débloqués pour aménager une base militaire à Luxeuil-les-Bains, en Haute-Saône, et plus de 10 milliards pour la construction d’un porte-avions nucléaire à Saint-Nazaire. Les exemples de chantiers militaires se multiplient partout en France.
Dans le domaine répressif, le gouvernement a commandé pour plusieurs dizaines de millions d’euros de grenades lacrymogènes et explosives ces dernières années, afin d’écraser les contestations, et il a acheté 90 blindés baptisés Centaure pour la gendarmerie «made in France». Coût total de l’opération : 70 millions d’euros, pour des engins pesant 14,5 tonnes et équipés d’une caméra avec une portée de 9 kilomètres, efficace de jour comme de nuit, de lanceurs de grenades, d’une mitrailleuse et de gadgets en tout genre contre le peuple. Ce blindé est décrit comme un «concentré de technologies et de robustesse». Il est en tout cas plus moderne et sophistiqué que le matériel pour éteindre les flammes.
Les «réductions» de dépenses n’existent pas, il n’y a que des arbitrages : nos dirigeants se préparent à la guerre totale et à la guerre sociale, et orientent donc les moyens vers les armes et leurs amis fortunés, plutôt que pour éteindre les incendies de toutes sortes. Il faut croire qu’ils préfèrent brûler avec nous plutôt que de partager les richesses.
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