Pogroms fascistes en Cisjordanie après le geste d’autodéfense d’un palestinien


Vendredi 24 juillet, un homme sans arme a réalisé un geste qui peut être vu à la fois comme inconscient, héroïque ou digne : il a arraché des mains d’un assaillant un fusil d’assaut qui était braqué sur lui et l’a retourné contre celui qui venait pour le tuer.


Des colons israéliens mènent des pogroms après qu'un palestinien se soit défendu face à son assaillant.

Les faits ont eu lieu dans le village de Tel, situé près de Naplouse, en Palestine. Cette commune vit dans la terreur permanente. Chaque vendredi, quelques dizaines de colons sionistes organisent des descentes armées aux alentours de Naplouse, détruisent des maisons et des oliviers, tirent sur des palestiniens ou les humilient. Ce vendredi matin à 7 heures, une centaine d’entre eux sont descendus à Tel, lourdement armés. Ils ont d’abord blessé un palestinien, se sont repliés, puis sont revenus. Ils étaient accompagnés de soldats israéliens.

C’est alors que survient ce geste inattendu filmé par plusieurs caméras : un jeune palestinien, Farouk Ramadan, s’approche d’un colon qui braquait une arme de guerre en sa direction. Une empoignade éclate, mais il parvient à arracher le fusil. Et tire vers celui qui menaçait sa vie ainsi que sur un soldat qui l’accompagnait. Le colon abattu se nomme Benayahu Mellet, il dirigeait le groupe de colons et venait de la colonie Havat Gilad, un foyer de la frange la plus radicale de l’extrême droite sioniste, inscrite dans le courant Kahaniste – des fanatiques estimant que la conquête totale de la Palestine est une mission divine – et harcelant régulièrement les palestiniens des environs, notamment les agriculteurs.

Si nous transposions l’histoire de Farouk Ramadan dans le droit, ce serait de la légitime défense. Si ce geste avait eu lieu dans la France occupée par l’armée allemande, un homme sans arme répondant à ses oppresseurs en sacrifiant sa vie, il serait considéré comme un héros de la Résistance. Mais Israël décrit son acte de courage comme un «attentat terroriste».

Immédiatement après ce retour à l’envoyeur, Farouk Ramadan était exécuté sommairement, sur le champ. Puis quatre palestiniens, deux frères et deux cousins de la famille Ramadan, étaient abattus, et trois autres gravement blessés par balle. C’est la doctrine fasciste : des représailles immédiates et sanguinaires.

Toute la journée du 24 juillet, les colons israéliens ont appelé à la vengeance et au sang, des appels largement relayés à la télévision israélienne. Des files de véhicules conduits par des israéliens ont déferlé sur plusieurs villages de Cisjordanie, mettant le feu à des maisons et des biens palestiniens dans le village de Sarra, près de Naplouse. Même chose dans la commune d’Urif, où la maison d’une famille a été incendiée avec ses occupants. Des pogroms ont eu lieu dans d’autres villages palestiniens. L’armée israélienne a laissé faire, comme d’habitude, et a imposé un confinement aux palestiniens, ainsi livrés à la sauvagerie coloniale.

Cette furie raciste a été accompagnée et soutenue par les autorités officielles. Le gouvernement a lancé une «opération anti-terroriste» dans toute la Cisjordanie. Des soldats israéliens ont pris d’assaut un hôpital de Naplouse, forçant les patients et le personnel à s’allonger au sol sous la menace d’armes de guerre. Comble de l’horreur, ils ont enlevé le corps de Farouk Ramadan et ont emmené les blessés par balles. «Le personnel médical a été interrogé et violenté pendant plus de deux heures», explique un docteur de l’établissement dans Le Monde.

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir réclame que les destructions infligées à Gaza soient reproduites dans toute la Cisjordanie. Dans un message sur les réseaux sociaux, il demande que les communautés liées aux palestiniens qui «mènent des attaques» contre des Israéliens soient traitées exactement comme la ville de Beit Hanoun à Gaza, qui a été entièrement rasée. Il veut que l’armée démolisse systématiquement les maisons et saisissent des terres en guise de punition collective : «Je vais demander à l’armée de raser ces villages depuis les airs».

De son côté, Netanyahou jure d’agir «avec fermeté» après ce qu’il a qualifié «d’attentat meurtrier» et annonce «l’accélération de la légalisation d’avant-postes» de colonies. Il encourage donc les pogroms et l’implantation de colonies illégales.

Depuis octobre 2023, les chiffres officiels indiquent que les forces israéliennes et les colons en Cisjordanie ont assassiné 1.182 Palestiniens et en ont arrêté plus 24.000, détenus dans des conditions abominables.

Si vous vous demandiez pourquoi les palestiniens ne ripostent pas aux humiliations et violences quotidiennes qu’ils subissent en Cisjordanie, vous avez une explication. Quand ils courbent l’échine, leurs terres sont quand même volées et ils sont quand même tués. Mais si, dans un geste de désespoir et d’héroïsme ils répondent aux agresseurs, ce sont des exécutions sommaires, la destruction de leurs maisons, des pogroms fascistes généralisés et leurs terres volées.

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