Le 23 juillet, alors que la France traverse un été apocalyptique, des feux incontrôlable, des canicules mortelles en série et une sécheresse inédite, le gouvernement lance une nouvelle campagne officielle sur les réseaux sociaux : «Comment gérer l’éco-anxiété».

Au prétexte de «parler santé mentale», les communicants du pouvoir publient une série de messages et de visuels sur les craintes suscitées par l’effondrement du vivant. D’abord, rappelons qu’être inquiet est normal. Ce serait de ne pas l’être, face à la situation en cours et à celle, bien pire, qui nous attend, qui serait inquiétant. Les boomers de plateaux télé qui répètent que tout va bien sont bien plus délirants que ceux et celles qui ont conscience de la gravité de la situation.
Ensuite, cette campagne s’inscrit dans la logique libérale : il faudrait être «résilient», «s’adapter» individuellement à la catastrophe, prendre «soin de soi». Mais comment aller bien dans un monde qui meurt ? De telles campagnes nous disent que, plutôt que chercher à renverser la table et sauver ce qui peut l’être en changeant le système, il faudrait juste préserver sa santé mentale personnelle.
Le plus grave, c’est le cynisme et la perversité d’une telle communication après quasiment 10 ans de pouvoir macroniste. Ce gouvernement n’a pas uniquement appliqué à la lettre toutes les politiques écocidaires : il a aidé financièrement les grandes entreprises, et en particulier les multinationales du pétrole, soutenu l’agro-industrie, réintroduit des pesticides toxiques, facilité les nouveaux chantiers destructeurs… Mais il a aussi et surtout mis tous les moyens pour détruire les mouvements écologistes.
Dès son arrivée au pouvoir en 2018, Macron lançait une opération militarisée sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Puis il n’a pas arrêté de criminaliser les luttes pour l’environnement. Répression systématique des défenseurs des arbres dans le Sud-Ouest, qui dénoncent le projet d’autoroute A69. Dispositifs et discours anti-terroristes pour écraser le mouvement contre les méga-bassines. Tentatives de dissolution des Soulèvements de la terre. Blessures et mutilations de manifestant·es par centaines. Surveillance de masse… Si le gouvernement avait mis la même énergie à défendre la nature qu’à faire taire les luttes, on respirerait sans doute mieux. Et maintenant, alors que le scénario annoncé par les scientifiques et les mouvements écologistes se produit, c’est ce même régime qui vient nous susurrer qu’il faut soigner notre éco-anxiété.
Les affiches mises en ligne expliquent mielleusement qu’il «faut consulter un professionnel de santé». Là encore, c’est une insulte: le gouvernement vient littéralement de doubler les franchises médicales sur les consultations et les médicaments, et il a organisé une pénurie du soin psychiatrique en France, alors même que les problèmes de santé mentale sont un fléau dans la jeunesse. La campagne appelle aussi à «réguler les informations anxiogènes». Faut-il regarder Cnews qui nous explique que le réchauffement climatique n’existe pas? C’est sûr qu’en mettant la tête dans le sable, on évite l’éco-anxiété. On peut d’ailleurs appliquer la recette sur tous les sujets : si l’on ne s’informe pas sur la Palestine, les guerres ou les violences racistes, bref, si on regarde ailleurs, indifférent au monde et à la souffrance d’autrui, on se sent moins stressé. Mais est-on encore humain ?

Ultime foutage de gueule, une affiche appelle à «adopter des écogestes et s’engager au niveau local et associatif». Les mêmes engagements qui sont qualifiés «d’éco-terroristes». Sur Instagram, sous ces visuels, un message particulièrement liké répond : «Démissionnez déjà, ça diminuera un peu notre éco-anxiété».
En effet, alors que 6,3 millions de Français se disent «moyennement éco-anxieux», que 2,1 millions le sont «très fortement», et que 74% se disent mécontents de l’action de Macron en terme d’écologie, il nous faut absolument dépasser collectivement la peur et la sidération. Si nous la transformons en action, en désarmements et en révoltes, l’avenir est à nous. Les gouvernants nous préfèrent apeurés que révoltés, soyons des millions d’éco-furieux.
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