Barbara Butch : en finir avec la Comedia dell’Arte


Un démontage complet du dernier feuilleton diffamatoire contre les soutiens de la Palestine


Barbara Butch derrière ses platines, sur fond de bombardement en Palestine.

C’est un spectacle tragi-comique, une Comedia dell’Arte qui agite la France depuis 10 jours : l’affaire «Barbara Butch» monopolise l’attention médiatique de tout un pays. L’équipe de Contre Attaque aurait préféré utiliser son temps et son énergie pour traiter d’actualités réellement importantes, mais puisque le sujet squatte les plateaux télé, voici un démontage complet de cette opération de manipulation.

Un système manipulatoire

Car il ne s’agit pas d’un mensonge isolé, mais d’un système. En quelques mois, les médias ont diffusé un récit mensonger sur la députée Rima Hassan consommatrice de «drogue dure», fabriqué par la police et des communicants macronistes. Il y a eu le «gentil étudiant catholique lynché» par une horde d’antifas à Lyon, alors qu’il s’agissait d’un néo-nazi membre d’un commando ayant organisé une attaque. Avant cela, il y a eu les mains rouges d’étudiants pro-palestiniens décrites comme «antisémites». Et maintenant, «l’artiste juive et queer» agressée. À chaque fois, les mêmes mensonges, les mêmes méthodes, et le même objectif : diffamer les mouvements antiracistes et anticolonialistes, détruire la France Insoumise, et finalement légitimer l’extrême droite.

Depuis le 18 juillet, nous avons tout lu et tout entendu. Eric Naulleau, ancien chroniqueur de France 2, parle de «lapidation d’une lesbienne juive». Médiapart consacre une série d’articles à «l’affaire». Le Parti Socialiste, les écologistes et le RN hurlent en meute contre la France Insoumise. Libération fait sa Une sur Barbara Butch. Des centaines de célébrités signent une tribune de soutien. Et la DJ elle-même dénonce une «lapidation sans procès» un «lynchage», et affirme avoir reçu «des bouteilles en verre dans la tronche» sur BFM. Absolument tout est faux, voici pourquoi.

Une DJ sans audience mais chouchoutée par les autorités

Commençons par le début : qui est Barbara Butch ? Leslie Attar de son vrai nom est âgée de 45 ans et DJ de profession. Sa notoriété médiatique est inversement proportionnelle à ses qualités artistiques. Certains internautes ont remarqué que son compte Spotify, où elle met en ligne ses créations, avoisine les 4000 écoutes mensuelles : une audience très modeste, et peu de reconnaissance au sein du milieu musical. Elle a pourtant été propulsée comme superstar de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris, où elle est apparue devant 5 milliards de téléspectateurs. Un coup de projecteur stupéfiant.

Barbara Butch bénéficie également de juteux contrats publics. Le montant du cachet des Jeux Olympiques n’est pas connu, mais elle s’est vue confier en 2026 la direction artistique des Nuits Blanches, le grand festival culturel de la capitale, pour 42.000 €. Butch a aussi été invitée au jury de l’émission Drag Race France sur France TV, financée par l’argent public, et intervient régulièrement sur France Inter. Elle a également été décorée Chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres en 2025. Une récompense qui ouvre d’autres portes pour des subventions.

Depuis 10 jours, on nous répète que Barbara Butch serait une artiste «censurée» et isolée. Elle bénéficie au contraire d’un accès à tous les plateaux télé pour le dire. Un accès dont n’ont jamais bénéficié les artistes réellement réprimés ou censurés, par exemple les rappeurs qui ont vu leurs concerts interdits. Barbara Butch est un pur produit du système, chouchoutée par toutes les autorités.

Une DJ qui dit parler d’amour mais joue en Israël en plein génocide

Barbara Butch a construit son personnage autour d’un discours mielleux, «bienveillant» et «déconstruit». Son but serait de «diffuser de l’amour». Un amour qui s’arrête aux frontières de la Palestine. Butch a joué à l’ambassade de France en Israël le 12 juin 2025, après 2 ans de génocide, et à peine quelques jours après l’arrestation de la flottille pour Gaza. Quand elle se produisait là bas, des humanitaires étaient menottés et mis à genoux, Israël et les USA attaquaient l’Iran, et Gaza était un champ de ruines.

La DJ, née dans une famille «juive traditionaliste», se rend régulièrement dans l’État colonial, puisque sa mère vit à Netanya, une ville côtière au nord de Tel Aviv, bastion de la communauté franco-israélienne. Elle est amie avec l’ambassadeur de France en Israël, Frédéric Journès. Dans une interview, ce dernier explique avec tendresse : «Je suis allé rendre visite en pleine guerre à mon amie Leslie Attar qui était à Netanya. Elle me dit ‘Fred, ici je me sens safe’. Je lui réponds ‘qu’est ce que tu me racontes, safe, ici on se prend trois alertes par jour’. Elle me dit ‘oui mais tout est organisé pour me protéger’». Safe et «protégée» par un État militaire qui extermine la population dont il a volé la terre.

Des réseaux sionistes

Barbara Butch a utilisé une start-up israélienne de cyber-renseignement pour identifier les personnes ayant publié des messages ou commentaires hostiles après la cérémonie des JO, révèle le collectif TSEDEK. Il s’agit de la firme CyberLights AI, devenue depuis SenAI, basée à Tel-Aviv et fondée par des «anciens pros du renseignement». Il ne s’agit pas de contester la légitimité d’une plainte suite à des propos haineux, mais le partenariat avec une firme de surveillance israélienne, exposant au salon Milipol, le rendez-vous des autoritaristes du monde entier.

L’avocate de Barbara Butch se nomme Audrey Msellati. Elle est membres du média Tenou’a, qui dit «éclairer l’actualité par le prisme de la pensée juive», dirigé par Delphine Horvilleur. Cette femme rabbin, très médiatisée, défend Israël et cogne sur le mouvement pro-palestinien. En 2024 elle appelait à voter Macron contre les «deux extrêmes», qui représenteraient selon elle un danger pour la communauté juive. Elle est mariée au politicien socialiste Ariel Weil, qui a tenté de faire interdire le concert antiraciste de LFI lors de la dernière fête de la musique.

Audrey Msellati publie des textes où elle méprise les juifs antisionistes, qu’elle qualifie de «tokens», c’est-à-dire de «cautions» de l’antisémitisme, et les accuse de «trahison». Une assignation identitaire. Butch et son avocate ont publié une tribune dans Le Monde affirmant qu’à Grenoble l’antisionisme «n’a été que le vêtement de l’antisémitisme». C’est exactement la même rhétorique que la tribune pour la loi Yadan, que Barbara Butch avait soutenue avant de se rétracter.

Réécriture du réel : un lynchage imaginaire

Venons-en maintenant au cœur du sujet. L’affaire du concert est un cas emblématique de réécriture du réel, en dépit des faits et des images. Il a été question d’une «pluie de projectiles» contre la DJ dans les médias pendant une semaine, sans qu’aucune preuve, aucune image, aucun témoignage ne vienne le confirmer. Le 26 juillet, le Parisien dévoilait finalement «en exclusivité» une vidéo. Le Parisien explique que les images viennent du « staff » de Butch qui a « tout filmé » de la soirée. Notez le « TOUT ». Cela veut dire que les images ont été analysées pendant 8 jours. Butch dit qu’il s’agit des éléments « que tout le monde attendait ».

Une bouteille de San Pellegrino au sol après le concert de Barbara Butch

Mais dans cette vidéo, on ne voit qu’une bouteille lancée. Une seule. Qui atterrit au pied de la scène. On ne sait pas si le projectile est en verre ou en plastique, toujours est-il qu’il arrive à plusieurs mètres de la DJ. Il part du fond de la foule, derrière les manifestants pro-palestiniens, et risque d’ailleurs plus de toucher ces manifestants que Barbara Butch.

Tout ça pour ça. Faute d’éléments, Le Parisien montre la bouteille jetée toutes les 5 secondes, en boucle. Il s’agit de donner artificiellement une impressions de jets multiples, de tension. On voit aussi UNE femme faisant UN doigt d’honneur, qui est aussi montrée et remontrée. Une vidéo prise par ailleurs montre une bouteille de San Pellegrino en plastique au sol, probablement la même. Une semaine de polémique pour ça.

Alors que toutes les vidées montrent une protestation à la fois calme et nombreuse, Le Parisien filme Barbara Butch en pleurs, qui explique qu’elle est traumatisée, qu’elle a du voir un «cardiologue» et qu’il s’agit d’une violence psychologique et physique.

Qui a jeté la bouteille ?

À aucun moment Le Parisien ne se demande si le projectile ne peut pas venir d’un spectateur pro-Israël visant les personnes portant des drapeaux palestiniens. Ce n’est même pas envisagé. Pourtant, une autre vidéo prise par des journalistes de Grenoble montre une personne tenter de brûler un drapeau palestinien tenu par un manifestant. Ce dernier ne réagit pas à la provocation. Un tel geste, en public, envers le drapeau d’un peuple victime de génocide est plus violent qu’une bouteille en plastique. Mais les médias ont regardé ailleurs.

Une personne tente de brûler un drapeau palestinien pendant l'action au concert de Barbara Butch

En outre, le média Problématik expliquait, le 23 juillet, que la drag queen Piche, qui était «programmée juste avant Barbara Butch, aurait été prise à partie sur scène par un groupe d’hommes alcoolisés tenant des propos homophobes, sans pour autant bénéficier d’un dispositif de protection comparable». Il y avait donc ce soir là des supporters de Barbara Butch anti-Palestine au point de tenter de brûler un drapeau. Un rassemblement pro-Palestinien calme. Une bande alcoolisée et agressive qui n’avait rien à voir avec eux. Mais les médias ont cadré sur LFI.

Barbara Butch entend des voix

Les propos de Barbara Butch, en pleurs : "Dans ma tête, j'entendais juste 'sale juive'"

Il ne s’agit donc pas de faits mais de « ressenti ». Barbara Butch expliquait dans une interview : «Dans ma tête j’entendais juste ‘sale juive’». C’est bien son esprit qui entend des cris antisémites lors d’une action pour la Palestine. Entendre des voix ne transforme pas le réel en violence. La dictature du ressenti est la porte ouverte à toutes les inventions.

Ce phénomène montre que la narration compte plus que les faits matériels. On l’a vu à propos des violences policières. On peut montrer des dizaines de vidéos d’asphyxies lors d’arrestations, de tirs à balles réelles, de grenades explosives, de manifestants défigurés, de gendarmes qui crient de joie en tirant à Sainte-Soline. Rien de tout cela ne sera considéré comme vraiment violent par les médias et les autorités.

Le cas Butch, c’est l’inverse. Il fallait produire un scénario pour diffamer la cause palestinienne, salir LFI et victimiser une DJ pro-Israël. Alors on a réuni tout ce qu’on pouvait pour faire coller quelques faits ridicules au narratif souhaité.

L’antisémitisme pas retenu

Lors d’une conférence de presse de la maire de Grenoble, l’avocat de la ville, Arié Alimi, le dit clairement : «On n’a pas d’éléments pour caractériser une plainte pour antisémitisme. On n’a pas déposé une plainte sur ce point». En juriste, il explique : «Il faut qu’il y ait des éléments qui peuvent caractériser une provocation à la haine raciale». Mais les médias ont déjà leur verdict.

Une manifestante présente ce soir là, Salomé, explique : «À partir du moment où elle a commencé à mixer, l’extrême majorité des gens scandaient ‘Free Palestine’. On protestait, on portait un message politique. Aucun slogan qui s’adressait à la personne de Barbara Butch. Le seul truc que j’ai vu, c’est une pancarte ‘Barbara Butch de là’, que je trouve bon enfant. J’ai vu une seule bouteille en plastique, je ne suis même pas sur qu’elle l’ai vue tellement elle était loin d’elle. À aucun moment on ne l’a vu esquiver des projectiles». Loin, très loin des «bouteilles dans la tronche».

Dans cette affaire comme dans d’autres, les médias voient de l’antisémitisme partout sauf là où il est. Elon Musk et son salut nazi ou le RN héritier des nazis n’ont pas subi un tel traitement.

Une offensive contre LFI

La France Insoumise a été citée toute la semaine. Le représentant insoumis local, Allan Brunon, subit une campagne de diffamation et de menaces. Pourtant, ce sont 12 associations et collectifs qui avaient appelé à cette action, qui a réuni des centaines de personnes : Solidaires, l’UCL, l’UJFP, Urgence Palestine, des collectifs étudiants… Dans un communiqué commun, ces groupes soulignent que «l’appel à boycott n’est pas le seul fait de LFI» et que «nombre de personnes présentes étaient des militant·es des droits LGBT et manifestant régulièrement contre le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination».

L’avocat Arié Alimi explique de son côté que «la plainte est déposée contre X. Nous n’avons pas d’imputation à qui que ce soit pour l’instant. Allan Brunon n’est visé par aucun chef d’accusation». Pourquoi toute l’attention s’est-elle focalisée sur les Insoumis, acteurs secondaires de toute cette histoire ?

Épilogue

Barbara Butch est tellement traumatisée qu’elle a joué le samedi suivant dans l’Yonne. Une prestation médiocre, devant un très petit public. Heureusement, elle a pu compter sur le collectif sioniste Nous Vivrons pour la soutenir avec des pancartes.

Dans la foule, un homme se trémoussait en faisant des pouces vers le bas. S’agissait-il de son style de danse ou d’une timide désapprobation ? Toujours est-il que Barbara Butch a interrompu son set, l’a pris à partie, et l’a fait arrêter par la police, présente en grand nombre pour «sécuriser» sa soirée.

Barbara Butch est tellement traumatisée qu'elle a joué le samedi suivant dans l'Yonne. Une prestation médiocre, devant un très petit public. Heureusement, elle a pu compter sur le collectif sioniste Nous Vivrons pour la soutenir avec des pancartes.

Dans la foule, un homme se trémoussait en faisant des pouces vers le bas. S'agissait-il de son style de danse ou d'une timide désapprobation ? Toujours est-il que Barbara Butch a interrompu son set, l'a pris à partie, et l'a fait arrêter par la police, présente en grand nombre pour «sécuriser» sa soirée.

Bénéficiera-t-elle des colonnes du Parisien et de Libération pour dénoncer des pouces antisémites ? Ou peut-on enfin revenir à la raison, traiter des sujets importants et non de l’ego boursouflé d’une DJ de seconde zone ?

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.