Des scientifiques utilisent l’IA pour créer de nouveaux virus inconnus


« On pourrait très bien demander à un modèle de concevoir un génome de grippe modifié pour être plus transmissible ou plus létal »


Un modèle de virus créé par IA

Encore une nouvelle qui fait froid dans le dos, révélée ce 6 août par le grand quotidien The New York Times. Des scientifiques de l’Arc Institute, un laboratoire basée en Californie, dans la ville de Palo Alto, qui est le cœur de la cybernétique depuis la guerre froide, ont utilisé un logiciel d’intelligence artificielle pour créer de nouveaux types de virus.

Cette IA nommée Evo a créé «des virus inexistants dans la nature». Les chercheurs ont «entraîné une intelligence artificielle sur des banques de données d’ADN» puis lui ont demandé d’imaginer des «recettes» pour générer de nouveaux génomes viraux. «Seize d’entre elles se sont révélées viables, donnant naissance à de nouveaux virus» détaille le New York Times. Ces virus «jamais observés dans la nature» se sont révélés «aussi robustes que les virus naturels». Évidemment, ces expérimentations d’apprentis sorciers se font au nom du progrès, de la médecine, des possibilités d’améliorer les soins.

Le journal précise tout de même que cette expérimentation a «suscité des inquiétudes quant à une éventuelle utilisation de l’IA pour créer des agents pathogènes mortels». Un scientifique, le Docteur Hanke, déclare au journal : «O
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n pourrait très bien demander à un modèle de langage génomique de concevoir un génome de grippe modifié pour être plus transmissible ou plus létal». En réalité, il ne s’agit pas d’une hypothèse mais d’une quasi-certitude. Chaque progrès scientifique est initié ou utilisé par les armées, à des fins de destruction. Et les guerres bactériologiques existent depuis que des soldats mongols ont catapulté au 14ème siècle des cadavres infectés par la peste au-dessus des murailles d’une ville qu’ils assiégeaient en Crimée. Cette idée de génie a propagé la maladie qui a décimé un tiers de la population européenne.

Le New York Times a beau expliquer que les chercheurs fabriquent des génomes viraux «pour étudier les médicaments antiviraux et les vaccins, ainsi que pour comprendre le fonctionnement des virus», aucune recherche scientifique ne répond entièrement à des intérêts purement altruistes et désintéressés. Le laboratoire Arc, qui vient de réaliser cette expérience, annonçait en 2025 un partenariat avec la firme numérique Nvidia pour intégrer la biologie et l’apprentissage automatique. C’est d’ailleurs avec Nvidia que l’institut Arc a créé l’IA Evo, qui a fabriqué les virus.

Or, Nvidia est impliquée dans le secteur militaire et l’industrie de l’armement, en fournissant les puces électroniques et des moyens de traitement de données, ou encore pour produire des drones et armes autonomes. Désormais, les chercheurs d’Arc se demandent «si Evo pourrait maîtriser non seulement des gènes isolés, mais aussi un génome entier». La fuite en avant est sans limite.

Avant même l’IA, des laboratoires liés au complexe militaire stockaient ou créaient des agents pathogènes. Dans une logique d’anticipation permanente du pire, les ingénieurs du chaos imaginent les scénarios les plus mortifères, au nom de la dissuasion, pour inventer de nouvelles méthodes de mise à mort.

Ainsi, les concepts de «all-hazards planning» et de «preparedness», forgés aux États-Unis, impliquent de se préparer contre tous les dangers, y compris ceux que personne n’a encore inventé. Des laboratoires militaires conservent des souches de virus disparus, ou hybrident des pathogènes pour élaborer des contre-poisons, avec des risques d’accidents et de fuites. Durant la guerre froide, les États-Unis produisaient et stockaient de grandes quantités de VX, le gaz le plus toxique jamais synthétisé, occasionnant des dispersions accidentelles.

Après le 11 septembre 2001, les USA votaient le Project Bioshield pour élaborer des vaccins en cas d’attaque bioterroriste. Le programme Prophecy est chargé «d’explorer» l’évolution des virus dans «l’espoir de prédire les mutations et, à terme, de développer des médicaments et des vaccins avant même d’en avoir besoin» explique le site de la DARPA, le programme de recherche de l’armée des USA. En URSS, le programme Biopreparat, situé sur une île au milieu de la mer d’Aral travaillait sur des agents biologiques comme l’Ebola, la variole, le typhus ou la peste noire, pour créer des armes bactériologiques. Des germes extrêmement toxiques y ont été abandonnés après la chute du bloc soviétique, et l’assèchement de la mer d’Aral a relié l’île à la terre ferme.

L’IA donne une dimension encore plus affolante à ces «progrès» inconscients : la possibilité d’armes autonomes, le piratage de sites nucléaires, le contrôle de tous les flux numériques et désormais, la maîtrise des briques du vivant et la production de virus. Et aucune loi n’encadre cette fuite en avant. Il est plus que temps de tirer le frein d’urgence.

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