Nunez a osé le dire


«Faire face à la canicule, cela suppose la mise en place de lourds investissements qui ne peuvent se faire que sur la durée».


Laurent Nunez et ses propos : «Faire face à la canicule, cela suppose la mise en place de lourds investissements qui ne peuvent se faire que sur la durée».

Ce sont les propos lunaires de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur de Macron, dans une interview au Parisien le 27 juin. Pas d’excuse, aucune proposition, zéro anticipation, pas de regrets. Alors qu’une crise sanitaire majeure s’ajoute à la crise climatique, le macronisme, qui est au pouvoir depuis 9 ans, estime n’avoir aucune responsabilité dans la situation actuelle.

Faute de moyens, des chambres d’hôpitaux dépassent les 36°C et des dizaines de personnes – probablement des centaines – sont retrouvées mortes chez elles. Et Laurent Nuñez voudrait nous faire croire que la situation actuelle est inattendue, que l’État n’aurait pas eu le temps de faire des investissements. Menteur et criminel.

En juin 2004, le gouvernement Chirac imposait une journée de travail supplémentaire, non payée. Une mesure prise par le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, suite à l’épisode de canicule de l’été 2003. L’initiative était pompeusement appelée «journée de solidarité» : à la fin du mois de mai, tous les salariés français travaillent pendant 7 heures sans rémunération, officiellement pour financer des mesures contre la chaleur et pour protéger les plus vulnérables aux canicules.

Cette loi était déjà scandaleuse à l’époque : plutôt que de taxer les riches ou les entreprises polluantes, on demandait déjà au plus grand nombre de mettre la main à la poche pour pallier aux défaillances de l’État. Une solution très libérale, qui était d’ailleurs soutenue par le MEDEF à l’époque.

22 années ont passé. Largement de quoi «faire des investissements dans la durée». La «journée de solidarité» a permis à l’État français de récolter entre 47 et 57 milliards d’euros. Comment cette somme énorme a-t-elle été utilisée ? Mystère, aucune communication n’est réalisée. Pas pour climatiser les hôpitaux, ni ouvrir des lits ou recruter du personnel en tout cas. Ni pour organiser un service public de l’accueil des personnes âgées. Les hôpitaux sont encore en plus mauvais état qu’il y a 20 ans, rien n’a été mis en place en cas de canicule, les EHPAD sont gérés par une véritable mafia privée qui martyrise à la fois ses salariés et ses résidents. La «journée de solidarité» n’a été qu’un pillage. Nuñez et son gouvernement avaient pourtant les fonds et le temps d’agir. La preuve : quand il s’agit de financer l’armement et la guerre, Macron n’a aucun mal à débloquer en un temps record des centaines de milliards d’euros.

D’autant que la France a connu des canicules quasiment tous les étés ces deux dernières décennies. Le quotidien Le Monde a recensé 32 canicules et «vagues de chaleur» depuis l’an 2000. Et 26 depuis 2010. Il y a plus d’une canicule par an en moyenne, et les gouvernements successifs ne nous feront pas croire qu’ils ne pouvaient pas prévoir.

En 2003, la barre des 35 degrés était dépassée pendant une dizaine de jours, tuant près de 20.000 personnes. En 2006, une vague de chaleur exceptionnellement longue a eu lieu au mois de juillet, sur 19 jours. En 2017, une canicule précoce a déferlé dès le mois de juin, exposant les écoles pour la première fois. 500 morts en excès. En 2018, une canicule survient au cœur de l’été, 1480 décès. L’année d’après, deux canicules fin juin et fin juillet, 1435 morts selon Santé Publique France. En 2020, trois canicules successives, et près de 2000 décès comptabilisés. En 2022, trois épisodes caniculaires à nouveau, et une surmortalité de 2800 personnes. L’année d’après, quatre épisodes de canicule, emportant 5000 personnes. Été 2024, trois périodes de canicule, 3700 morts recensées. En 2025, nouvelle canicule en août, 5700 décès. Et nous en avons déjà eu deux cette année alors que nous ne sommes qu’en juin.

Les chaleurs sont de plus en plus intenses et rapprochées chaque été, elles ont tué des milliers de français, fait souffrir les écosystèmes, mis en tension les hôpitaux. Non seulement l’État n’a rien fait, mais il n’a pas utilisé les milliards volés aux travailleurs, officiellement prévus pour cela. Si «gouverner c’est prévoir», alors le gouvernement n’a rien prévu, met en danger la population, et mérite d’être destitué. Nunez se couvre de honte en mentant dans les médias.

De son côté, Jean-Pierre Raffarin, vieux bourgeois de 77 ans, se porte comme un charme. Le 11 juin dernier, la voiture de fonction avec chauffeur, dont il bénéficie aux frais du contribuable depuis plus de 20 ans, alors qu’il n’a plus aucune responsabilité politique, a percuté un scooter. L’ancien Premier ministre a été aperçu quittant lâchement les lieux de l’accident, sans même s’inquiéter de l’état de la victime, qui sera hospitalisée. La gérontocratie privilégiée indifférente au monde qui lui succède.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.