Turquie, Chine : fuite en avant technopolicière

À gauche, un drone patrouille près des murailles d'Istanbul, en Turquie, pour y empêcher la consommation d'alcool.
À droite, un robot policier patrouille dans la ville de Shenzhen, en Chine, alors qu'un commissariat automatisé vient d'ouvrir.

Chaque jour apporte son lot de nouvelles dystopiques. Les classiques de la littérature SF semblent poussiéreux et dépassés par les nouveaux engins technopoliciers boostés par intelligence artificielle, qui sont déployés dans l’espace public sans le moindre contrôle.

Lors de la crise du COVID, les États ont profité de l’épidémie pour déployer toute une batterie de mesures pour contrôler les populations. L’angoisse sanitaire a permis aux autorités de tester en conditions réelles des gadgets de surveillance qui auraient parus inacceptables peu de temps avant : un effet d’aubaine pour le complexe militaro-industriel qui a pu renforcer et développer de nouveaux marchés. Cela a été le cas des drones policiers équipés de caméras thermiques, qui vérifiaient en France que le confinement était respecté. À l’heure actuelle, des engins encore plus invasifs équipent les forces de l’ordre du monde entier. Prenons l’exemple d’Istanbul.

Sur le détroit du Bosphore, la police turque déploie des drones pour harceler des personnes qui consomment de l’alcool à proximité des murailles de la ville. Le 5 septembre, une vidéo publiée sur X montrait un événement survenu à Fatih, quartier de la métropole stambouliote. On y aperçoit l’appareil équipé d’une caméra, de gyrophares, de puissants projecteurs lumineux et d’un haut parleur qui menace depuis le ciel : «Ceci est un drone de police. La consommation d’alcool est interdite dans cette zone. Quittez immédiatement les lieux». Un déploiement pour chasser quelques individus qui partagent un simple moment de convivialité. Et bientôt des drones qui entreront dans nos domiciles pour vérifier qu’il ne s’y passe rien de suspect ?

Un compte X baptisé 3ème Œil, spécialisé dans les contenus scientifiques et technologiques, explique que d’autres scènes du même type ont été filmées sur le littoral d’Üsküdar : «La police d’Istanbul utilise désormais des drones dans ses 39 districts pour surveiller les foules, suivre des suspects, participer aux opérations antidrogue ou contrôler certaines zones».

Si on veut avoir une certaine idée du futur que nous réservent les puissants, il faut aussi regarder vers la Chine.

L’empire du milieu est la pointe avancée du totalitarisme techno-sécuritaire. Reconnaissance faciale, crédit social, répression généralisée de la communauté Ouïghour, système pénal concentrationnaire, il ne reste quasiment plus aucun espace échappant à la surveillance du Parti. La Chine représente le mix parfait entre la régime panoptique d’Orwell et la société du loisir d’Huxley. Le rêve de tout État capitaliste, le règne du contrôle absolu et de la consommation.

Le média Nexta révèle ce jeudi 10 septembre qu’un «commissariat robotisé» a été officiellement inauguré dans la mégalopole de Shenzhen. Sur les images, des robots policiers humanoïdes déambulent aux côtés de leurs collègues humains, aux milieux des passants du sous-district de Bantian, une zone peuplée de plus de 660.000 habitants.

Au-delà des robots humanoïdes, le commissariat comprend aussi «des robots sur roues, des chiens-robots, des drones ainsi que des véhicules de patrouille autonomes». Un arsenal pléthorique pouvant «patrouiller les rues, détecter les comportements suspects, aider à la recherche de personnes disparues et recevoir des alertes d’urgence et intervenir en cas d’urgence» sans aucune intervention humaine selon les autorités. En 2024 déjà, les autorités chinoises dévoilaient un robot policier sphérique et amphibie appelé Rotunbot. Mesurant près d’un mètre de circonférence, cette boule technologique roule jusqu’à 35 km/h et peut se déplacer sur tous les terrains, équipée d’un système de reconnaissance faciale, de lanceurs de gaz lacrymogène, de filets pour immobiliser des individus, et pouvant patrouiller de manière autonome.

Avec des moyens aussi puissants et sophistiqués, les totalitarismes du siècle dernier seraient certainement encore en place. Il faut tirer le frein d’urgence, et vite.

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