La police bénéficie du permis de tuer, mais c’est aussi l’une des seules professions qui conserve encore le permis de manifester dans ce pays.

Le 15 septembre, des syndicats policiers d’extrême droite réunissaient des milliers d’agents sur les Champs-Élysées, et se dirigeaient jusque devant l’Assemblée Nationale à Paris. Une mobilisation «pour des hausses de salaires et plus de moyens».
Pour rappel, un gardien de la paix débutant commence immédiatement à 2100 € net par mois, sans diplôme ni expérience. C’est 300€ de plus qu’un enseignant qui a validé 5 années d’études, un concours et une année de stage, ou qu’une infirmière qui sauve des vies.
En 2022, Darmanin débloquait déjà 800 millions d’euros uniquement pour augmenter les salaires des policiers. Et avant cela, en 2018, le salaire d’un CRS gradé montait jusqu’à 4000. Et cela sans compter les primes : rien qu’en déplacement, les policiers touchent 190 euros pour un week-end, par exemple pour aller à Nantes réprimer une manif un samedi. Ainsi, un CRS débutant peut empocher jusqu’à 3000 euros par mois pendant un mouvement social. On peut y ajouter une «prime de risque» qui augmente le salaire de 10 à 30% selon les grades, une prime annuelle de 1740 euros «compensatoire pour Sujétions Spécifiques» et 988 euros pour «fidélisation en secteur difficile», des primes de nuit, etc. Et des augmentations annuelles et autres largesses en cas de décorations, distribuées massivement chaque année par le gouvernement. Il y a aussi des «indemnités» qui complètent les salaires des commissaires : jusqu’à 3000 euros par mois en plus.
Lors des Jeux Olympiques de Paris, en 2024, les dizaines de milliers de policiers et gendarmes déployés en Île-de-France ont reçu 1900 euros de bonus. L’équivalent d’un salaire en plus de leur salaire, pour seulement deux semaines de taff. Le moindre policier envoyé sur le terrain pour cogner la population bénéficie d’un salaire de cadre. Le mythe des «policiers mal payés» est l’une des plus grandes escroqueries médiatiques du siècle, et pourtant, Laurent Nunez vient d’annoncer qu’il proposera un «plan» suite à la manifestation du 15 septembre. On n’a jamais vu le gouvernement aussi réactif face à des revendications salariales. Idem pour le «manque de moyens» : la répression est le seul secteur à bénéficier de rallonges budgétaires constantes, d’armes de pointe, de moyens de surveillance dernier cri… Pendant que les soignants et les pompiers n’avaient même pas de quoi lutter contre la canicule et les incendies cet été.
Étonnamment, aucun grand média ne produit de reportage sur les «privilèges» de la police, alors qu’à chaque grève à la SNCF, on entend la même propagande contre les cheminots.
Mais revenons à cette manifestation. Il n’existe qu’une seule catégorie de personnes qui peut manifester sur les Champs-Élysées et marcher sur l’Assemblée sans être mutilée, raflée, gazée, diabolisée. Et ce groupe, quand il est au travail, rafle, mutile, gaze et diabolise.
Le syndicat policier Unité menace de perturber le déplacement du pape en France, et menace même d’organiser des blocages selon son chef. Le culot est stratosphérique.
Il y a exactement un an, le 10 septembre, un grand mouvement appelait à «tout bloquer» contre la hausse des prix. Une réalité pour des millions de travailleurs précaires, qui touchent souvent moins que le SMIC, et beaucoup moins que les forces de l’ordre. Que s’était-il passé ? Le Ministère de l’Intérieur avait déployé 80.000 gendarmes et policiers, une trentaine d’hélicoptères, des drones, des engins lanceurs d’eau, des blindés, et avait attaqué chaque rassemblement ou point de blocage avec une violence inouïe. Manifester devant l’Assemblée ou sur les grandes avenues parisiennes ? Évidemment impensable.
Et c’est ainsi depuis les Gilets jaunes. Aucune manifestation n’est autorisée aux abords des lieux de pouvoir ou dans les beaux quartiers. Même les célébrations de supporters sur les Champs-Élysées se soldent par du gaz lacrymogène et des charges. En décembre 2018, l’avenue était d’ailleurs transformée en stand de tir pour la police, avec des dizaines de Gilets jaunes blessés ou mutilés. La police, elle, peut encercler le Parlement avec le soutien de toute la classe politique.
Par exemple le 19 mai 2021, en plein démarrage de la campagne présidentielle de 2022, le syndicat policier Alliance organisait une manifestation devant l’Assemblée Nationale contre le «mal-être» de la profession. Pour la première fois sous la Cinquième République, un ministre de l’Intérieur annonçait sa participation à une mobilisation des forces de l’ordre. Le chef du syndicat Alliance avait hurlé ce jour-là sur son estrade que «le problème de la police, c’est la justice !» Bientôt, les seules protestations autorisées seront celles du corps chargé de les interdire.
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