En cette fin du mois de septembre, le temps est excessivement chaud pour des millions d’habitants des États-Unis. À Jonesboro, dans l’Arkansas, la température a atteint plus de 38°C. À Nashville, dans le Tennessee, et à Austin au Texas, le mercure avoisinait les 37°C. Et pendant que la canicule frappe l’Empire, les seigneurs de la Tech’ accélèrent la marche vers la catastrophe.

Des centrales à gaz pour les data centers
On le sait, l’Intelligence Artificielle est un désastre écologique : générer une vidéo débile ou faire rédiger ses mails par un robot consomme des quantités d’énergie et d’eau monstrueuses, et les centres de données, toujours plus puissants, réclament toujours plus d’électricité. Dans cette fuite en avant, les projets se multiplient : un centre nommé Stratos Project est programmé dans l’Utah et mesurera 162 kilomètres carrés, soit environ 1,5 fois la surface de Paris. À lui seul, il consommera 9 gigawatts, soit l’équivalent de la production d’une dizaine de centrales nucléaires.
Pour répondre à ces demandes ahurissantes, les firmes de la tech, font construire directement leurs propres centrales thermiques à côté des data centers. Les défenseurs de l’environnement alertent sur les risques de pollution titanesques, qui joueront le rôle de catalyseurs du changement climatique.
La pratique a été popularisée en 2024 quand Elon Musk a installé ses propres turbines à gaz afin de fournir de l’énergie pour son centre de données à Memphis. Au Texas le richissime patron d’Amazon, Jeff Bezos, prévoit de construire une centrale à gaz composée de 35 turbines, qui auraient une capacité totale quatre fois supérieure à celle du réacteur nucléaire EPR de Flamanville. L’usine deviendrait l’infrastructure la plus émettrice de gaz à effet de serre aux USA. Vertigineux.
Dans le pays, une soixantaine de projets de ce type doivent voir le jour, portés par Amazon, Meta, Microsoft, xAI ou encore OpenAI. À eux seuls ils menacent de rejeter plus de 200 millions de tonnes de CO2 par an. Un chiffre, équivalent aux émissions d’un pays comme le Pakistan ou de 45 millions d’automobiles. Et uniquement pour nourrir des hangars qui alimentent une IA devenue hors de contrôle, et qui menace même le futur de l’humanité.
Ces centrales génèrent également des particules fines responsables de maladies cardiaques et pulmonaires, «ainsi que des polluants atmosphériques, comme le mercure, le formaldéhyde et le benzène», mettant en danger la vie des riverains.
Une course avec la Chine orchestrée par des technofascistes
Le principal conseiller scientifique de Donald Trump en matière de politique technologique est Michael Kratsios, qui pilote les stratégies de la Maison Blanche dans le domaine des IA et de l’informatique. Pour rivaliser sur la scène internationale avec la concurrence chinoise, il est partisan d’une course sans limite à l’innovation, qui nous mène tout droit à la catastrophe. En mars 2026 Trump, sur les conseils de Kratsios, encourageait les seigneurs de la tech’ à financer et produire leur propre électricité pour alimenter leur datas centers, ce qui explique que ces projets poussent comme des champignons.
Avant de conseiller le président, il a travaillé comme chef de cabinet pour Thiel Capital, la société d’investissement de Peter Thiel, co-fondateur avec Alex Karp de la société Palantir. Cette entreprise de production d’armement, de renseignement et de surveillance de masse a été créée en 2003 sur fond de lutte anti-terroriste. La multinationale Palantir diffusait au printemps dernier un manifeste terrifiant, oscillant entre technosolutionisme, appel explicite à la guerre et références ouvertes au fascisme. Thiel est aussi un adepte des «Lumières obscures», un courant politique totalitaire, anti-égalitaire et ultra-réactionnaire. Voilà le type de personne qui entoure le chef d’État : Michael Kratios est un être dangereux, un technofasciste qui permet aux firmes numériques de construire des bombes à retardement pour les écosystèmes et le vivant.
Un décret réduit le périmètre de zones protégées pour permettre l’extraction minière
Dans le même temps, les sites naturels protégés de Grand Staircase-Escalante et de Bears Ears, tous deux situés dans l’Utah, voient leur superficie réduite de 90 et 91% selon un texte signé par Trump. Le décret ampute ces deux zones pour étendre l’exploitation minière et pétrolière sur le territoire des réserves naturelles. En 2017, Trump s’était déjà attaqué à ces parcs nationaux lors de sa première investiture, en réduisant les périmètres protégés, ce qui était inédit à l’époque et qui avait été vivement critiqué par les tribus autochtones et les écologistes. Cette fois-ci, il porte le coup de grâce à tout un territoire : «Les sites concernés abritent plus de 100.000 sites archéologiques, y compris de l’art rupestre datant d’au moins 5.000 ans». Table rase.
L’Utah est dirigé par les républicains. Les sous-sols de Grand Staircase-Escalante et de Bears Ears sont riches en minéraux rares et en ressources énergétiques. Pour extraire ces richesses, Donald Trump et ses amis n’ont aucun scrupule à saccager pour toujours un patrimoine immémoriel et inestimable.
Là encore, ce décret écocidaire s’inscrit dans une logique de l’écrasement des règles environnementales au profit des industries fossiles et de la Silicon valley, dans la course mondiale pour contrôler l’Intelligence Artificielle.
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