Interdire un grand parti de gauche pour des feux de poubelles ? Le précédent historique remonte à Adolf Hitler qui a interdit le Parti Communiste allemand après l’incendie du Reichstag

Le représentant de la droite française est-il un héritier du nazisme ? Cette question qui aurait été considérée comme caricaturale il y a quelques années mérite d’être posée. Car le candidat des Républicains appelle ni plus ni moins à liquider le premier parti d’opposition de France. C’est digne d’un régime fasciste des années 1930, et c’est un cas unique dans l’occident contemporain, Trump, Orban ou Méloni ne l’ont pas osé.
Ce jeudi 1er octobre, Bruno Retailleau, qui a été ministre de l’Intérieur de Macron, a réclamé sur BFM l’interdiction La France insoumise, qu’il accuse «d’organiser l’insurrection», d’être «fasciné par la violence» ou encore «d’appeler à la sédition». En réalité, les élus LFI se sont juste rendus sur les actions lycéennes pour éviter que des mineurs se fassent éborgner et tabasser par la police. Retailleau reproche donc à ces députés d’avoir fait respecter la loi et d’avoir protégé des enfants.
L’homme politique veut donc interdire un parti de centre-gauche, qui a fait 8 millions de voix aux dernières élections présidentielles, et qui est annoncé au second tour du prochain scrutin. Formulé clairement, Retailleau réclame une dictature fasciste, en prime time sur un plateau télé.
L’ancien Ministre de l’Intérieur précise d’ailleurs sa démarche : «c’est très difficile en droit, mais je la lance dans le débat public», ajoutant que s’il était encore dans le gouvernement Macron, il ferait «étudier par ses services ce cas-là».
Enfin, Retailleau reconnaît que s’il veut anéantir préventivement l’opposition de gauche, c’est pour faciliter une victoire de l’extrême droite : «Ce qui se passe aujourd’hui devant les lycées, c’est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait». C’est à peine sous-entendu : LR table sur un gouvernement RN l’an prochain et veut lui faciliter le travail en amont, en empêchant toute possibilité d’y résister.
Même Marine Le Pen n’avait pas osé aller aussi loin. En fait, pour trouver l’équivalent d’une telle mesure, il faut tout simplement remonter à Adolf Hitler : en février 1933, le Reichstag est incendié, et les nazis accusent les communistes d’être fautifs. Quelques jours plus tard, le chancelier interdit le puissant Parti Communiste allemand – le KPD – et fait arrêter ses membres, avant de précipiter le pays dans le totalitarisme.
L’histoire se répète sous forme de bouffonnerie : en 2026, c’est un gnome vendéen qui veut supprimer la gauche. Mais pas pour l’incendie du Reichstag, juste pour quelques feux de poubelles.
Pour bien comprendre à quel point LR est un parti fascisé, regardons un peu l’histoire de la droite française. Même au plus fort de la guerre froide, alors qu’il y avait des grèves insurrectionnelles, des batailles de rue, une tension géopolitique extrême, jamais la droite française n’a proposé d’interdire le PCF. Alors qu’il était beaucoup plus dur politiquement que LFI, et pesait à peu près le même poids électoral, entre 20 et 25%.
A bien des égards, LR est désormais un parti beaucoup plus à droite que le RN et que la plupart des partis d’extrême droite français de la Cinquième République. Sauf que contrairement à eux, il gouverne le pays en collaboration avec Macron. Retailleau a littéralement organisé des rafles policières, il a affirmé dans le Journal du Dimanche que «l’État de droit, ce n’est pas intangible, ni sacré», et a aussi salué le «combat» du groupe Nemesis devant le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.
Comme il vient de la droite dite « classique », ce discours trouve un écho chez les macronistes. Le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus évoque sur la même chaîne de télévision des députés LFI «condamnés pour apologie du terrorisme» et «participant à des violences», ce qui est totalement faux, et appelle à suspendre leur mandats. Gabriel Attal tient peu ou prou le même discours sur les réseaux sociaux. À l’automne 2023 déjà, l’élu Les Républicain Stéphane Le Rudulier demandait la dissolution du NPA mais aussi de La France Insoumise pour «apologie du terrorisme et antisémitisme». Il grognait : «Il faut dissoudre LFI et l’indignité nationale pour Mélenchon». La droite «républicaine», celle du bon sens et de la morale, est tout simplement une réincarnation du pétainisme.
Que tirer de cette sortie de Retailleau ? Que le temps s’accélère, que le bloc bourgeois continue de se radicaliser, et qu’ils ne se contenteront pas de réprimer les manifestations. Ces gens sont prêts à supprimer des partis et des syndicats de gauche, à dissoudre les associations indépendantes, à tuer des opposants, à emprisonner en masse. Il ne faut pas nier le danger : dans les mois qui viennent, c’est eux ou nous.
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