Il avait osé le dire : «On ne répond pas à la souffrance en envoyant les CRS»


Rappel : la question n’est jamais la violence des actions, mais qui exerce cette violence


En haut des tracteurs de la FNSEA défoncent une préfecture, en bas un CRS pointe des enfants avec son LBD : la violence est une question très relative pour les puissants.

C’était au début de l’année 2024, et les dégâts matériels étaient gigantesques. Un engin explosif artisanal très puissant avait soufflé un bâtiment de la direction régionale de l’environnement à Carcassonne. Le portail de la préfecture d’Agen avait été incendié pendant de longues heures, et toute l’avenue aux alentours saccagée. De nombreuses façades de bâtiments officiels avaient été brûlées ou entièrement recouvertes d’excréments par des engins agricoles. Des axes routiers avaient été dévastés. Des tas de pneus avaient été déversés sur les lignes TGV, pouvant provoquer des déraillements. Près de 10 millions d’euros de préjudices en trois semaines, au minimum.

À l’époque, personne n’avait parlé de «violences inacceptables», de «terrorisme» ou de «barbares». Pas de déploiement policier agressif. Pas d’arrestations de masse. Pas de tirs de LBD. Pas de manifestant·es étranglé·es. Pas de bandeaux anxiogènes sur toutes les chaînes de télévision. Pas d’éditorialistes pour vomir sur ces actions. Pas de parti politique accusé de complicité avec les dégradations. C’était la mobilisation des agriculteurs productivistes de la FNSEA : ils ne se battaient pas pour le bien commun, comme le font les lycéens et lycéennes qui demandent le droit à de bonnes conditions d’enseignement. Ils réclamaient le droit de polluer la terre et d’empoisonner la population pour faire plus de profits.

Pourtant c’est à leur sujet que Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur, avait déclaré le 25 janvier 2024 : «Il y a des coups de sang légitimes. On ne répond pas à la souffrance en envoyant les CRS». C’est le même Gérald Darmanin, désormais Ministre de la Justice, qui organise une répression inédite de mineur·es, et qui a convoqué tous les procureurs pour leur demander la plus grande fermeté contre les enfants arrêtés. En 2024 également, Gérard Larcher, président du Sénat, était allé soutenir en personne les agriculteurs. Ces gens sont forts avec les faibles, faibles avec les forts.

Depuis ces saccages commis par les agriculteurs pollueurs, le gouvernement a fait passer des mesures pour autoriser un maximum de pesticides et de destructions de l’environnement, afin de satisfaire leurs demandes. La violence des agro-industriels a été validée. Elle a payé. D’ailleurs, les dégâts commis par la FNSEA dans les rues ne sont qu’un détail en comparaison des dégradations irréversibles que cette organisation fait subir à la nature.

Mais revenons à la phrase de Darmanin sur la «souffrance» qu’il ne faudrait pas réprimer. Le gouvernement le sait parfaitement : des dizaines de millions de personnes souffrent en France. Les jeunes qui ne peuvent plus se loger et se nourrir normalement. Les habitant·es de banlieue qui subissent les discriminations sociales et raciales. Le personnel soignant, les travailleur·ses précaires, les chômeur·ses, les sans-papiers, les millions de personnes qui ont manifesté pour les retraites… Tous ces gens souffrent. Si Darmanin n’était pas un hypocrite, il ne devrait donc plus y avoir de CRS, et toutes les populations «en souffrance» pourraient prendre l’Élysée.

La prochaine fois que vous entendrez parler de la «violence» et de la «radicalité» des manifestations, pensez-y. Ce qui est actuellement reproché à la jeunesse et aux luttes sociales, ce n’est en réalité ni la violence, ni la radicalité : c’est l’espoir que leurs actions font vivre chez des millions de personnes qui veulent retrouver leur capacité à prendre leurs vies en main.

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