Nantes, 6 octobre : retour sur une déferlante de la jeunesse


Du soleil, de la vie et des lacrymos


Un cortège compact, jeune, tumultueux, charriant des centaines de pancartes et de banderoles, se déversant sur toute la largeur de boulevards, scandant des slogans avec puissance. Comme un fleuve que rien n’arrête. C’était le sentiment que donnait la manifestation au matin du mardi 6 octobre dans les rues de Nantes.

20.000 personnes, une affluence hors norme pour un appel lancé spontanément, dans le sillage des blocages lycéens, et sans appel à la grève interprofessionnelle. Jamais la jeunesse ne s’était mobilisée aussi vite et aussi massivement depuis, sans doute, la mobilisation contre le CPE en 2006.

Universités bloquées, lycées fermés par l’administration, le système éducatif à l’arrêt. Tout ce que Nantes compte de lycéens et étudiants semble alors réuni sous un grand soleil, en dépit de la répression et du récit médiatique focalisé sur les dégradations matérielles pendant une semaine. À l’avant, des cordons de syndicalistes encerclent le défilé, tenant à distance les CRS pendant la première partie du parcours. Une présence salutaire car elle empêche les intimidations habituelles de la préfecture de Nantes, qui consistent à coller des forces de l’ordre agressives au contact des manifestations. Mais parfois aussi contraignante, canalisant la colère, encadrant la foule.

Après le parcours rituel, ponctué de quelques tags, une masse immense vient échouer au miroir d’eau, bloquée par plusieurs lignes de forces de l’ordre. Il ne s’est passé qu’une heure depuis le départ. La foule réclame un deuxième tour, et un long face à face commence. Lentement, par étapes, les jeunes se rapprochent des CRS, dans une ambiance électrique. Entre les deux, des élus tentent de temporiser. Le temps est suspendu, la police joue la montre, espérant que les jeunes finissent pas se lasser et se disperser.

C’est finalement un demi-tour vers le centre-ville qui s’opère, et un changement d’ambiance radical. Il reste des milliers de jeunes qui veulent continuer à tenir la rue. Les tirs de gaz sont quasiment immédiats. Premières charges gratuites à la croisée des trams. Retour au calme : une bataille d’aura a lieu face aux policiers, dans la bonne ambiance, avant d’autres charges. Une fois encore, il n’y a qu’une seule violence : celle de l’État.

Manquant de solutions dans cette ville quadrillée, plusieurs cortèges vont défiler un peu partout, sans banderoles ni ordre défini, un peu dans l’esprit des Gilets jaunes. Des gaz sont alors tirés à profusion : square Daviais, y compris sur des engins de chantier en marche, intoxiquant les ouvriers à bord. Le long de Feydau. Au CHU. Plusieurs grenades explosives sont lancées, faisant trembler le sol. Quelques barricades éphémères apparaissent ça et là. Un cortège parvient à se frayer un chemin jusque dans les beaux quartiers, atteignant la place Graslin. Les derniers irréductibles se séparent vers 17 heures devant la Préfecture. Entre-temps, la police a encore commis de nombreuses agressions, arrêtant un jeune homme déguisé en dinosaure, électrocutant un autre au visage, distribuant des coups de matraque.

La manifestation du 6 octobre a été une démonstration de force tranquille : massive, joyeuse et ensoleillée, tout en restant sage. Cette journée est un apprentissage : toute une génération se forme à l’action de rue.


Photos : Oli Mouazan, CA, presse locale

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