Les autorités lancent une campagne de délation : et si la plateforme se retrouvait saturée d’images de violences policières ?


Après le couvre-feu, les enfants arrêtés par milliers, voici la délation organisée par l’État. Il y a décidément un parfum d’années 1940 qui flotte sur la France, où le climat devient ouvertement pétainiste.


Le tweet de la préfecture de police de Paris qui présente la plateforme organisant la délation des manifestants du 17 octobre.

Ce mardi 20 septembre, le compte officiel de la préfecture de Paris publie : «Témoin de violences, de dégradations ou de pillages ces derniers jours ? Le Préfet de police a décidé de la création d’une plateforme dédiée. N’attendez pas : transmettez toutes vos images aux services de police».

Sébastien Lecornu présente le dispositif lors d’une conférence de presse et ricane : «Beaucoup de pilleurs sont des génies et ont la bonne idée de ne pas mettre de cagoules ou de masques». Il a raison, sous un régime autoritaire, il est essentiel pour tout·e opposant·e de masquer son visage lors de manifestations afin de protéger son identité. Au passage, les policiers de Lecornu sont tous cagoulés, pour éviter d’être identifiés lorsqu’ils commettent des crimes, c’est le minimum de faire pareil. Le premier ministre explique que «200 enquêteurs de la préfecture de police de Paris sont mobilisés pour analyser les vidéos» et que «des concitoyens pourront alimenter ces enquêtes».

C’est donc un outil spécialement créé pour dénoncer des contestataires auprès d’un pouvoir qui met en œuvre la plus grave répression depuis des décennies. Au passage, saluons la réactivité de la police et de la justice, et les moyens record mis en œuvre. Il y a encore quelques semaines, le même gouvernement nous expliquait qu’il n’y avait pas de moyens pour enquêter sur des milliers d’affaires pédocriminelles. On nous parlait d’une police en sous-effectif et de dossiers qui s’entassaient. Apparemment, Lecornu et ses copains ont trouvé plus de fonctionnaires pour traquer les manifestant·es que des violeurs d’enfants.

La délation est une vieille tradition française : sous la collaboration, les occupants nazis et les autorités de Vichy croulaient sous les lettres de dénonciation, la police fasciste étant utilisée par les ordures pour régler des jalousies et des rancœurs, ou même s’approprier les biens d’un voisin juif ou antifasciste en le faisant arrêter et déporter.

On a vu ressurgir ces pratiques en 2015, sur fond d’antiterrorisme : des musulmans avaient été dénoncés par leur entourage. Par exemple Karim, chef d’entreprise habitant en région parisienne et père de trois enfants, qui avait été assigné à résidence dès le 15 novembre 2015 suite à la délation de voisins l’accusant d’être un islamiste. Accusation démentie depuis.

En Espagne, Angleterre et Allemagne, lors de contre-sommets ou de mouvement sociaux particulièrement puissants, il est également arrivé que les autorités lancent des appels à la délation, ou publient des photos d’émeutiers dans la presse, pour retrouver leur identité grâce à de « bons citoyens ».

Mais revenons à cette plateforme de la préfecture parisienne. Il s’agit d’un site destiné à recueillir des photos et vidéos, accompagnées d’un texte. Seul problème : pour publier, il faut se connecter à France Connect, et donc faire valider son identité.

Mais imaginons que cette plateforme soit saturée de centaines de vidéos et photos de violences policières : coups de matraque à la tête, tirs tendus de grenades, LBD, étranglements, injures, voitures de police qui foncent dans des cortèges… Ces derniers jours ont fourni des images de barbarie à profusion, des actes souvent passibles de la Cour d’Assise. Il serait vraiment dommage d’engorger ce site avec de telles preuves, pendant que toute la police parisienne espère traquer des révolté·es.


Et si les internautes leur balançaient des briseurs de vie plutôt que des briseurs de vitres ?


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