Lettre ouverte de prisonniers du 17 octobre 2026


« Nous vous appelons à refuser toute séparation entre nous et à affirmer haut et fort ce pour quoi nous combattons : la révolution »


Le mur d'enceinte d'une prison avec son grillage de barbelés qui contient la colère des prisonniers du 17 octobre 2026.

Nous vous écrivons depuis une prison d’Île-de-France dont nous ne vous communiquerons pas le nom, ceci afin de nous protéger des risques de représailles et surtout des administrations judiciaires et pénitentiaires.

Nous sommes étudiants, lycéens, professeurs, chômeurs, restaurateurs, petits entrepreneurs, livreurs, gangsters, de tous les quartiers et de toutes les villes de la région, de Créteil, de Bobigny, de Belleville, de Montreuil, de Bagnolet, de Noisy-le-Sec, de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis et de Paris. Nous sommes de tous les âges, de toutes les couleurs de peau et de toutes les nationalités, nous sommes des Arabes, des Blancs, des Noirs, des Tziganes, des Turcs, des Allemands, des Français.

Nous avons été accusés à tort ou à raison d’avoir pillé, d’avoir commis des violences contre les forces de l’ordre, de nous être attroupés illégalement, d’avoir dissimulé nos visages. Peu importe finalement nos situations ou ce qu’on pouvait nous reprocher, car les tribunaux se sont pliés aux ordres de la macronie pour nous envoyer tous en taule. Même si les prisons sont toutes plus insalubres et surpeuplées les unes que les autres, tant que ça rentre !

Cela nous rappelle à quel point ce que l’on nomme la Justice n’est en rien une institution indépendante, d’autant moins lorsque l’État et la bourgeoise se sentent menacés.

En prison, nous avons le privilège de pouvoir nous abrutir toute la journée devant BFMTV, CNEWS et les chaînes des autres chiens de garde du régime. L’offensive idéologique sur ces plateaux télé vient soutenir la politique répressive de ceux qui pensent nous gouverner. Cette offensive est à la hauteur de la peur qui les traverse depuis samedi dernier. Il s’agissait d’un véritable avertissement révolutionnaire. Partout, ils essayent désormais de nous faire regretter, fléchir, de nous dissuader de revenir les samedis suivants. Ils taisent le soutien, la fierté et tous ces petits mots que nous avons pu lire et entendre depuis ces derniers jours du type «j’aurais aimé être là» ou bien encore «vous leur avez fait payer». Ils veulent nous faire croire que notre violence est comparable aux milliers de vies broyées par le capitalisme au quotidien.

Si les serviteurs médiatiques du pouvoir ne parviennent pas à déterminer le «profil type» des insurgés, c’est que nous autres sommes le peuple qui s’est soulevé. Le peuple qui souffre et qui désormais se bat pour ne plus souffrir. Ils tentent de nous diviser, de nous catégoriser en manifestants, casseurs, pilleurs, racailles ou d’ultra-gauche. Mais ils n’ont pas compris que nous sommes tout cela à la fois ! Nous sommes unis par notre colère et notre désir de révolution. Une révolution qui nous redonne la possibilité de respirer et d’espérer, de partager et de mettre en commun. De nous permettre enfin de décider de la manière dont nous voulons vivre. Une révolution qui mette fin à cette humiliation qui dégueule de luxe.

Cette rage sociale nous a poussés dans la rue samedi dernier, c’est la même que l’on retrouve dans les couloirs et les cellules de la prison où nous sommes enfermés. Cette rage explique aussi le soutien et le respect des autres détenus pour les insurgés du 17 octobre. Nous n’accepterons pas non plus que nous soyons séparés entre, d’un côté, les prisonniers politiques et, de l’autre, les prisonniers de droit commun, car nous avons tous été poussés dans les prisons de ce régime par ce monde injuste.

Pour toutes ces raisons, nous vous le disons avec force, nous ne regrettons rien ! Rien si ce n’est de ne pas nous être suffisamment protégés contre la violence répressive qui allait s’abattre sur nous.


Nous appelons donc toutes celles et ceux qui sont dehors à continuer à tenir face à l’État et à retourner dans la rue chaque samedi, jusqu’à la chute de Macron et de tout son monde pourrissant.


  • Nous vous appelons à vous organiser entre chaque samedi, à vous rencontrer, à vous préparer et à prendre vos vies en main dès maintenant.
  • Nous vous appelons à soutenir tous les prisonniers comme nous et tous les insurgés d’ici et d’ailleurs.
  • Nous vous appelons à éviter autant que possible toutes les petites boutiques, pour rappeler que notre justice populaire ne vise que les plus gros, les plus riches, les multinationales, uniquement ceux qui nous volent, nous écrasent et nous méprisent depuis trop longtemps.
  • Nous vous appelons à refuser toute séparation entre nous et à affirmer haut et fort ce pour quoi nous combattons : la révolution.

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