Les 17 et 24 octobre à Nantes, Toulouse ou Paris : la police attaque des bars et des commerces

À Nantes et Toulouse, des images de commerces attaqués par la police ces derniers jours

17 octobre

À Nantes, le samedi 17 octobre au soir après la manifestation, vers 23h20 au bar le Chat Noir, des CRS ont attaqué des clients en terrasse. Sur une vidéo montrant la fin de la scène, on peut voir une vingtaine de ces agents suréquipés regroupés devant le bar, l’un d’entre eux assénant plusieurs coups de matraque en direction de la porte d’entrée avant que la meute s’éloigne vers la ligne de tramway.

D’après plusieurs témoignages concordants de victimes du lynchage, des CRS ont chargé le bar avant qu’au moins cinq d’entre eux ne se défoulent sur des clients acculés contre la vitre de l’établissement. Une cliente ayant reçu plusieurs coups, à qui les flics ont notamment cassé un doigt, témoigne : « Nous n’avions rien fait qui justifie une telle violence. Nous nous sommes retrouvés face à une charge policière, coincés contre la vitre du bar, sans possibilité de nous mettre à l’abri ou de fuir. Les coups de matraque se sont abattus violemment sur nous. »

D’après une seconde cliente ayant elle aussi subi le déluge de coups, celui-ci a pris fin lorsqu’une personne se trouvant dans le bar a ouvert la porte pour que les victimes se réfugient à l’intérieur. Comble de l’inhumanité, les policiers l’ont alors prise pour cible à son tour : ouverte au crâne, elle a dû recevoir 17 points de suture. De plus, les témoins affirment avoir vu au moins deux autres personnes ensanglantées, touchées au niveau du crâne, au front et à la tempe. Les CRS ont finalement passé leur chemin, après ce tabassage d’une violence inouïe, sans entrer dans le bar ni interpeler aucun client.

Les clients du CafK, un autre bar du centre ville, ont aussi fait les frais d’un acharnement policier pendant la soirée du 17. Alors même qu’un concert a lieu au sein de l’établissement, l’arrivée de la police en début de soirée fait monter la tension. Après plusieurs allers-retours à toute vitesse en voiture, les flics descendent de leurs véhicules et gazent la terrasse sans sommation. Cette première attaque déclenche immédiatement un mouvement de foule, une témoin évoque «une scène de chaos» avec des verres brisés et de nombreux clients contraints de se réfugier à l’intérieur de l’établissement.

Si les flics partent rapidement, la police va littéralement harceler le CafK, n’hésitant pas à repasser à plusieurs reprises pour gazer la terrasse sans raison. Des policiers «en mode roue libre pour taper […] les gauchos» selon une personne présente sur les lieux.

Le 17 octobre à Toulouse, des scènes similaires d’attaques policières contre des bars ont pu être recensées. Au moins deux dans la 4ème métropole du pays selon nos sources.

D’abord sur le bar LGBTQI+ la Gougnotte, haut lieu de la communauté Queer de la ville. Plusieurs témoignages rapportent des gazages massifs vers 18h aux alentours du bar. La Gougnotte se voulait être une base arrière pour les manifestant·es en détresse ou ayant besoin de premiers soins.

Les personnes présentes sur place confirment avoir été visées, images à l’appui, par des agents de la brigade anti-criminalité de Toulouse avec de nombreux tirs de lacrymogènes, pendant plusieurs dizaines de minutes, dont une munition qui a fini sa course à l’intérieur de l’établissement : « Les keufs ont jeté une lacrymo à l’intérieur du bar. On s’est fait piéger, c’était une attaque. Je ne pense pas qu’il y ait un monde ou c’était une maladresse ou un accident. Ils savaient exactement ce qu’ils étaient en train de cibler ».

Ici, il s’agit ici d’un geste criminel qui aurait pu tuer. Le gaz CS, principe actif de ces armes de guerre, est hautement toxique et peut asphyxier à haute concentration. Tirer dans un lieu clos est un acte délibéré pouvant coûter la vie.

Il y a encore plus scandaleux dans cette histoire. Les récits de plusieurs victimes révèlent que des enfants étaient présents à l’intérieur du lieu, comme le prouvent les vidéos que nous nous sommes procurés. Heureusement, les occupant·es ont pu rapidement évacuer du bar empli d’un épais nuage de fumée…

Dans la même ville, le même jour, les client·es du bar le Breughel ont de la même manière été victimes d’une exaction policière : « Nous, on s’est fait gazer de manière gratuite. Ils sont passés en camion et ont jeté une lacrymo devant le bar. Les flics ont balancé la grenade sans descendre du véhicule et ont tracé comme des lâches ».

Comme pour le CafK ou le Chat Noir à Nantes, des établissements toulousains ont été la cible d’une politique policière vengeresse après la défaite des flics sur le terrain.

24 octobre

Il semblerait que ces ciblages de bars et attaques soient une pratique systématique et généralisée des forces de l’ordre, puisque nous avons réussi à identifier au moins 3 nouvelles attaques samedi dernier. Une manière de punir les commerçants qui soutiendraient de près ou de loin le mouvement insurrectionnel en cours ?

D’abord à Paris : une vidéo qui a été diffusée sur les réseaux sociaux montre la terrasse d’un bar expulsée manu militari par les forces de l’ordre. On y voit des clients se prendre de lourdes baffes et être bousculés par la compagnie d’intervention, boulevard Soult.

Une nouvelle fois à Nantes, où de nouveaux commerces ont été attaqués : «Sur les coups de 17h30, notre groupe d’amis s’est posé dans un kebab proche du miroir d’eau qui s’appelle Le Naantais. D’un coup, il y a un mouvement de foule ainsi que des palets de lacrymo qui ont volé vers nous donc le patron nous a recueilli à l’intérieur de l’établissement, complètement gazé, mais nous étions en ‘sécurité’».

Une quinzaine de minutes plus tard, une colonne de CRS a pénétré dans le fast-food à la poursuite soi-disant de manifestants. Notre témoin qui prenait des images de l’intervention s’est vue arracher son téléphone. On entend sur les images un policier vociférer. Elle finira par être projetée violemment au sol par l’agent. Extrêmement choquée, elle nous a expliqué ne pas savoir si elle avait perdu connaissance ou non : «J’étais complètement sonnée et ma hanche et mon poignet droit me faisaient atrocement souffrir, des gens nous sont venus en aide et m’ont amenée dans un bar à côté pour m’ausculter et me calmer au mieux».

Celle qui a été brutalisée a décidé de ne pas rester silencieuse : «J’essaie depuis de partager mon histoire qui m’a profondément choquée étant donné que c’est ma première manifestation ainsi que ma première altercation avec les forces de l’ordre, constater une telle violence, qui plus est injuste, me rend vraiment furieuse».

Plus tôt dans la journée, aux alentours de 16h30, une charge de CRS a eu lieu au niveau de la place Foch. Un manifestant raconte : «Avec le mouvement de foule, nous nous sommes réfugiés, ma copine et moi dans un bar Le Barberousse. Alors qu’une seconde charge a lieu dans la rue Joffre, nous nous enfermons donc dans le bar, le temps que le gaz se dissipe. Suite à ça, un homme dans un bar à côté sort, et crie en direction de la police : ‘Est ce que vous pensez à vos enfants ?’ Il se retrouve au milieu des policiers et l’un d’entre eux commence à le pousser. Le patron du Barberousse commence à prendre la défense du crieur en disant qu’il n’a rien fait, il crie juste et qu’il est seul. Suite à ça, l’un des flics se dirige vers le patron du Barberousse, Guillermo, l’insulte de ‘tête de bite’, l’attrape par le t-shirt et le tire hors du bar, lui disant ‘alors, t’es dans la rue maintenant’».

Le témoin explique qu’un policier a donné un coup au visage du tenancier du Barberousse, tandis qu’un employé du bar dehors se faisait courser, matraquer et embarquer par les forces de l’ordre. Celui-ci finira au passage avec des côtes fêlées.


Ce régime de terreur généralisée est un régime à bout de souffle. Ne nous laissons pas intimider.


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