Le pouvoir est plus isolé que jamais derrière sa police

Une horde de gendarmes protégeant le Conseil Constitutionnel en 2023 : le signe d'un pouvoir totalement isolé et réfugié derrière sa police.

Macron termine sa décennie cauchemardesque en étant le président le plus détesté de la Cinquième République. Il vient de franchir la barre des 83% de Français qui le considèrent comme un «mauvais président», et suscite un «rejet» sans précédent, selon l’institut Odoxa.

En parallèle, tout le monde, ou presque, soutient les mobilisations en cours. C’est le résultat obtenu par l’institut Elabe, une entreprise de sondage pourtant détestable par ailleurs.

Dans une enquête sur les «violences» des manifestations du 17 octobre, destinée à alimenter le narratif répressif des médias et du gouvernement, l’institut pose une série de questions très orientées, du genre : «Ressentez vous de la colère ou de la tristesse face aux violences en manifestations». Elabe ne sait même pas utiliser les bons mots : la «violence», en droit, c’est l’atteinte aux personnes uniquement. Par exemple, la police qui tire des armes explosives sur les manifestant·es. En revanche, une poubelle brûlée, une vitrine cassée et même un pillage n’est en aucun cas une «violence», puisqu’elle touche seulement des biens : dans le code pénal, il s’agit de «dégradations», voire de «vol». Elabe n’a pas pensé à interroger les sondés sur leur ressenti face aux images de mutilations d’enfants causées par la police. Quel dommage.

Dans ce sondage à charge, un petit peu de vérité surgit au milieu d’une série de questions lamentables : «93% des Français considèrent que les revendications portées par les manifestants pour le pouvoir d’achat et contre la vie chère sont légitimes, et 82% partagent cet avis à propos des revendications portées par les lycéens et les étudiants». Avec de tels chiffres, même en ayant un regard critique sur les sondeurs, on peut affirmer sans peur de se tromper que tout le monde soutient les mouvements sociaux en cours, et que les gens n’en peuvent plus du mépris et de la casse sociale.

Autre chiffre intéressant : quand Elabe demande ce que pensent les français des «violences» : 24% disent les «comprendre». Un niveau minoritaire, mais qui représente tout de même un quart de la population, soit plus de 15 millions de personnes.

Ce qui conduit Elabe a titrer : «Malgré les violences, l’opinion considère que les revendications des manifestants pour le pouvoir d’achat et les jeunes sont légitimes». L’institut est une boite de conseil et d’enquêtes d’opinion basée dans la ville cossue de Levallois, et dirigée par un certain Bernard Sananès. Un de ces courtisans qui peuplent les couloirs du pouvoir, toujours au service des puissants, patrons milliardaires ou élus de droite.

Dans un portrait de ce monsieur dans Les Échos, on peut lire : «De Vincent Bolloré à Stéphane Fouks en passant par Xavier Bertrand ou Manuel Valls, il connaît le Tout-Paris depuis de longues, très longues années». Et son ami d’enfance, Olivier Pardo, n’est autre que l’avocat d’Eric Zemmour. Sananès a été responsable de la communication du groupe parlementaire centriste dès les années 1980, puis directeur chez Euro RSCG, entreprise devenue Havas : l’une des plus grandes boites de marketing et de communication du monde, possédée par Bolloré. Il a aussi reçu l’ordre national du Mérite créé par la République.

Pour autant, quand l’opinion est à ce point unanime, même les plus mauvaises volontés ne peuvent que constater un état de fait. Reste à faire comprendre que les «violences» des révoltés sont la causes de la surdité du pouvoir et une réponse à la répression, et non l’inverse. Et ainsi, à transformer ce soutien en acte. Si seulement 10% de la population arrêtait de travailler, bloquait le pays et prenait les lieux de pouvoir, ce serait la révolution. Le pouvoir est isolé comme il ne l’a jamais été, et seuls quelques dizaines de milliers de miliciens armés l’empêchent encore de tomber.

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