
«Nous avons rapporté les événements de manière biaisée pendant des années» : c’est la scène surprenante vue le 26 octobre par les téléspectateurs serbes. En direct, à l’antenne et en plateau, le présentateur présente ses excuses à la population. Un exercice d’autocritique de la Radio-Télévision de Voïvodine, qui explique qu’elle «entame son parcours pour regagner la confiance du public».
Cette séquence télévisuelle est le fruit d’un rapport de force. Dimanche, lors des élections serbes, une «Liste étudiante» sans tête d’affiche, portée par un immense mouvement populaire et sans soutien d’aucun média, a largement remporté le scrutin, mettant fin au règne d’Aleksandar Vučić, politicien d’extrême droite au pouvoir depuis 14 ans. Ce rapport de force, c’est aussi et surtout l’aboutissement de deux années de manifestations gigantesques, de blocages, d’affrontements avec la police, de mobilisation massive de la jeunesse. La veille des élections, une marche réunissait des centaines de milliers de personnes jusqu’à la capitale serbe.
Ce lundi, la chaîne RTV a également diffusé à l’antenne les images des fêtes de rue célébrant la victoire électorale, qui avaient été censurées la veille, quand l’ancien pouvoir avait encore la main sur les médias. Dans la capitale du pays, ces fêtes se sont aussi accompagnées d’un repli des forces de l’ordre, qui ont été frappées et huées sur le chemin de leurs casernes.
Sur la RTV, le présentateur explique aussi : «Nous sommes restés silencieux, avons fermé les yeux, rapporté les événements de manière biaisée, et n’avons pas posé les questions nécessaires». Le rédacteur en chef de la chaîne a démissionné.
Ce moment de télé réjouissant en évoque un autre, survenu cet été en Hongrie. Là-bas aussi, un régime autoritaire d’extrême droite, celui de Viktor Orban, a perdu les élections. Le 7 juillet 2026, la télévision et la radio publiques hongroises, qui propageaient une ligne pro-Orban, ont d’abord cessé d’émettre pendant plusieurs heures, le temps de réorganiser leurs grilles d’émissions et les informations, pour «repartir sur de nouvelles bases».
Sur la chaîne M1, on pouvait donc voir un écran noir accompagné de ce message : «Les médias publics ne doivent pas et ne peuvent pas mentir. Nous nous excusons d’avoir menti pendant de nombreuses années». L’écran noir «symbolise la fin d’une époque. Au cours des dernières années, les médias de service public sont passés sous l’influence du pouvoir politique et ont perdu leur fonction essentielle : informer le public de manière crédible et objective», ajoutait un communiqué diffusé par la chaîne. À la radio publique, pas d’excuses mais de la musique classique le temps de modifier les programmes.
On rêverait de telles scènes en France : les propagandistes des télés et des radios blêmes, obligés de démissionner ou de s’excuser après des années de désinformation. Pour rappel, dans notre pays, plus personne ne croit les médias dominants. Une étude révélait en 2022 qu’à peine 30% de la population «fait confiance aux médias». Un taux comparable à celui de la Slovaquie et la Hongrie. Dans notre pays, la quasi-totalité des journaux et chaînes de télévision sont possédés par une poignée de milliardaires réactionnaires, et les médias publics ont subi une purge sans précédent pour aligner leur cadrage idéologique et leurs éditorialistes sur l’extrême droite.
Ces dernières semaines, plusieurs paliers dans le mensonge de masse, coordonné et systématique, ont été franchis dans l’espace médiatique pour détruire le mouvement social et justifier sa répression sanglante. À quand les excuses des grands médias français ?
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