Colonialisme : le jugement du jeune homme devait avoir lieu ce lundi. Il a été reporté en mars.
Il s’appelle Kéziah, il a 21 ans, et il a été gravement blessé par des gendarmes le 16 juillet dernier à Fort-de-France, en Martinique. Blessures au crane, à l’œil, corps tuméfié… le jeune homme a écopé de 21 jours d’ITT après avoir été roué de coups. C’est pourtant lui qui comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France pour des faits «de violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique», car il a cherché à protéger sa mère pendant une charge des gendarmes.
Kéziah manifestait contre le chlordécone, un pesticide dangereux utilisé massivement dans la culture de la banane en Guadeloupe et en Martinique. Ce produit a intoxiqué des générations d’antillais. Depuis novembre 2019, chaque samedi, des militants bloquent les accès aux supermarchés qui appartiennent aux planteurs, les grandes familles de békés, descendants des colons et des esclavagistes, considérés comme responsables de l’empoisonnement. Et souvent, la répression frappe.
Kéziah Nuissier était étudiant à l’université de Fort-de-France au moment des faits, en troisième année de licence d’anglais. Il travaillait à mi-temps dans une école primaire et dans un collège, Le musicien jouit d’une réputation d’«ambianceur» dans les mouvements sociaux contre la chlordécone.
Le jour de la manifestation, un gendarme a frappé la mère de Keziah. Celui-ci s’est faufilé entre les gardes mobiles, les bras levés, pour la protéger. Un gendarme a perdu l’équilibre et a affirmé avoir été frappé. Il a porté plainte, le soir même, pour «trois violents coups de poing portés au visage», ce qui est démenti par les vidéos. Les gendarmes se sont jetés sur Kéziah, un premier coup de matraque lui a été asséné sur la hanche. Le début d’une longue série. «À partir de là, ce n’était plus une simple arrestation pour neutraliser un homme, c’est devenu de la violence gratuite». «T’es un enculé, c’est tout», «T’es un fils de pute», «Regarde-moi bien, regarde mon visage», «Meurs !», hurlaient les forces de l’ordre. Kéziah a aussi entendu «Sale négro» ou encore «Tu n’iras plus jamais en manif».
Le procès devait avoir lieu ce lundi 9 novembre, il a été reporté en mars. La façade du ministère des Outre-Mer à Paris a été couverte de peinture dimanche soir en solidarité.
Article complet de Reporterre : https://reporterre.net/Keziah-militant-anti-chlordecone…
L’action sur le ministère : https://la1ere.francetvinfo.fr/affaire-keziah-en…
Reportage de Loopsider
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