
Le communiqué du collectif Palestine Action diffusé ce jeudi 15 janvier est triomphant : «Notre grève de la faim restera gravée dans les mémoires comme un moment historique de pure résistance, un camouflet pour l’État britannique. Elle a révélé au monde entier que la Grande-Bretagne détient des prisonniers politiques au service d’un régime génocidaire étranger, et a incité des centaines de personnes à s’engager dans des actions directes à la suite des prisonniers».
Sous pression, le Royaume-Uni vient d’annuler un contrat de 2 milliards de livres sterling avec la firme Elbit Systems, une entreprise d’armement israélienne. Ce contrat aurait permis à l’entreprise de former 60.000 soldats britanniques par an. Cette firme avait remporté plus de dix marchés publics depuis 2012 dans le pays, la décision du ministère de la Défense est donc un changement important, imposé par les luttes.
Elbit Systems est le plus grand fabricant d’armes privé d’Israël, qui fournit 85% des drones et la plupart des équipements militaires terrestres utilisés par l’armée israélienne. Elbit vend aussi des drones à Frontex pour traquer les exilé-es aux portes de l’Europe. En 2024, la firme se félicitait d’une hausse des ventes de drones et des commandes qui atteignaient 22,1 milliards de dollars, dont 66% provenant de clients étrangers. La perte de ce très gros contrat avec la Grande-Bretagne représente donc une sérieuse perte économique, une défaite en terme d’image, et marque la fin d’années de juteux partenariats. Elbit systems a également été suspendu par l’agence d’approvisionnement de l’OTAN dans le cadre d’une enquête sur «des soupçons de fraude, de corruption et de manipulation de contrats stratégiques» l’été dernier. Cette entreprise mafieuse a le sang de dizaines de milliers de palestinien.nes et de migrant·es sur les mains.
L’abandon des contrats d’armement avec Elbit était une des principales revendications de Palestine Action. Cette victoire entraîne l’arrêt de la grève de la faim pour les détenu·es du collectif. Depuis des années, ce groupe d’activistes a ciblé sans relâche cette entreprise, très implantée Outre-Manche, en envahissant ses usines, en repeignant des locaux, en montant sur les toits, en bloquant les entrées ou en pratiquant des actions de sabotage.
Palestine Action a payé très cher son engagement sans faille contre le génocide à Gaza. Le groupe a été classé dans la liste des organisations «terroristes» en Angleterre, des dizaines de ses militant·es sont emprisonné·es, mais il a montré l’exemple et vient d’arracher une importante victoire d’étape.
Les prisonniers et prisonnières de Palestine Action avaient entamé une grève de la faim derrière les barreaux en novembre. Les plus acharnés·es tenaient depuis 73 jours sans s’alimenter. C’est la plus grande grève de la faim de prisonnier·es politiques depuis celle des indépendantistes irlandais sous Margaret Thatcher, en 1981, qui avait conduit à la mort de Bobby Sands et de ses camarades. Le prix à payer est terrible : les prisonnier·es souffrent désormais de lésions neurologiques permanentes, de problèmes cardiaques et d’une maladie chronique à vie. Le tout sans avoir jamais été inculpé·es ni condamné·es puisqu’il s’agit d’incarcérations préventives.
L’abandon du contrat avec Elbit est une victoire collective. Comme le souligne le groupe, «ces dernières semaines, 500 personnes se sont engagées dans des actions directes contre le complexe militaro-industriel génocidaire, soit plus que le nombre de personnes ayant participé aux actions de Palestine Action durant ses cinq années de campagne». Des manifestations, blocages et actions directes se sont multipliées en Angleterre et dans toute l’Europe en soutien aux grévistes de la faim.
Mais bien qu’il s’agisse d’une vraie avancée, elle n’est qu’une étape : les grévistes et les autres détenu·es doivent être libéré·es . Et la firme Elbit doit continuer à être dénoncée. Par exemple, elle était présente au Salon d’armement du Bourget à Paris l’été dernier. Et grâce à la mobilisation de la coalition Guerre à la guerre, les organisateurs du salon avaient été contraints au dernier moment de poser des panneaux noirs autour des stands israéliens, notamment celui d’Elbit.
Le boycott et les campagnes contre les complices du génocide fonctionnent. En 2024, le géant de l’assurance AXA s’est désinvesti «de toutes les banques israéliennes finançant les crimes de guerre contre les Palestiniens». Lors de l’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise, le PDG d’AXA avait annoncé qu’AXA n’avait «aucun investissement dans les banques israéliennes, directes ou indirectes». La multinationale de la mal-bouffe, McDonald’s ou le géant étasunien du café industriel Starbucks avaient aussi enregistré des pertes de bénéfices records l’an dernier, après avoir affiché publiquement leur soutien inconditionnel aux criminels de l’armée israélienne.
Le complexe militaro-industriel n’est pas intouchable, pas plus en France qu’en Angleterre, et Palestine Action a montré la voie.
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