Des «marches citoyennes» pour soutenir les forces de l’ordre ?

Des policiers terrorisent des manifestants : la violence est ce que les flics savent faire de mieux, mais ils en veulent toujours plus.

«Pour la première fois, les policiers appellent les Français à défiler à leurs côtés» titre, ce 27 janvier, le quotidien très à droite Le Figaro, illustrant cet article avec une photo anxiogène d’un CRS devant un incendie. Dans 23 villes de France, les syndicats Alliance et Synergie officiers appellent à défiler pour des « marches citoyennes » ce samedi 31 janvier, pour réclamer toujours plus de répression.

À l’approche de l’élection présidentielle, alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir et que son programme est largement appliqué par le gouvernement en place, la police tente de pousser encore son avantage : elle veut les pleins pouvoirs.

Que contient cet appel ? Un concentré de mensonges. D’abord, les forces de l’ordre dénoncent le «manque de moyens» et la «vétusté des commissariats et des logiciels». C’est faux : le Ministère de l’Intérieur est le seul qui bénéficie de toujours plus de moyens. En décembre 2022, Macron faisait passer la loi dite LOPMI – Loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur – qui distribuait 15 milliards d’euros aux forces de l’ordre durant son quinquennat, en plus du budget déjà énorme du ministère. Cette loi prévoyait la création de 8500 postes supplémentaires de policiers et gendarmes, 200 nouvelles brigades de gendarmerie, 11 nouvelles unités de forces mobiles «spécialisées dans l’intervention rapide» et le doublement du nombre de policiers sur l’espace public. Mais ce n’est pas tout : chaque année, Macron impose de nouvelles coupes budgétaires dans la santé, l’éducation et autre services publics, mais épargne la police, dont le budget continue d’augmenter !

Parmi les cadeaux notables aux forces de l’ordre ces derniers années : après le Covid, le gouvernement a renouvelé l’intégralité du parc automobile de la police avec des SUV Peugeot tout neufs et plus puissants. Au même moment, les hôpitaux agonisaient faute de moyens. Il y a aussi eu des commandes pour plusieurs dizaines de millions d’euros de grenades, de munitions, l’achat de nouveaux blindés… Mais également des primes toujours plus généreuses pour les agents. Bref, réclamer «plus de moyens» alors que les services vitaux sont détruits et que la population est de plus en plus précaire est tout simplement indécent. En France, les policiers n’ont probablement jamais été aussi nombreux, ni autant financés, armés et protégés.

Deuxième axe de cet appel : «la France s’enfonce dans l’insécurité», il faudrait donc une «protection juridique réelle» des forces de l’ordre. D’abord, la France compte autour de 1000 homicides par an, soit 1,5 pour 100.000 habitants. C’est quatre fois moins élevé qu’aux USA par exemple, le pays modèle de l’extrême droite, où la police est surarmée. Militariser la police et distribuer des armes à la population ne fait pas baisser l’insécurité, elle l’augmente. Mieux, le nombre d’homicides en France a presque été divisé par 3 depuis les années 1980. Oui, vous avez bien lu. Contrairement à ce que répètent les médias, le pays est plus sûr qu’il y a 40 ans, la fameuse époque dont on nous dit constamment que «c’était mieux avant». Les faits divers sont simplement surreprésentés dans les médias : on ne parle plus que de cela, ce qui engendre un effet de loupe.

Surtout, le néolibéralisme crée du danger : plus de précarité, moins d’éducation, moins de structures sociales et de solidarité, moins de prise en charge des troubles psychiatriques provoque nécessairement une hausse de la violence générale dans la société. Une politique sociale est plus efficace qu’une police toute puissante contre l’insécurité.

Mais les syndicats policiers se moquent de la vérité, ce qu’ils réclament, c’est donc une meilleure «protection juridique». Ici encore, c’est indécent : la police est la seule fonction – avec les politiciens – qui bénéficie d’une telle impunité de la part de la justice. Quand un policier tue quelqu’un, non seulement il est quasiment certain de ne pas être condamné, mais il bénéficie des meilleurs avocats payés par vos impôts ! Que réclament donc ces agents ? L’impunité totale, pure et simple, inscrite dans la loi, avec la présomption de légitime défense. Un projet déjà étudié au Parlement. Et ils comptent, pour cela, sur des «marches citoyennes».

Dernière indécence, ces marches sont appelées alors qu’il y a quelques jours seulement, un homme a été tué par des policiers à Paris : El Hacen, passé à tabac pour avoir fumé un simple joint, étranglé au sol, victime de tirs de Taser, est décédé dans le commissariat du 20ème arrondissement.

À Nantes, les syndicats policiers appellent à se retrouver le 31 janvier 2026 devant le commissariat Waldeck-Rousseau à 11h, pour une marche en direction de la préfecture. Dans une ville marquée par le décès d’Aboubakar, tué d’une balle dans le cou en 2018, par celui de Steve, mort le soir de la fête de la musique 2019, par des centaines de cas de mutilés et de blessés, par des milliers d’arrestations lors des mobilisations sociales ces 10 dernières années, il semble improbable que cette provocation passe inaperçu dans la population. Affaire à suivre.

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