Technopolice et surveillance de masse : Meta veut profiter des tensions politiques pour nous espionner


Les lunettes «intelligentes» de Meta, équipées de caméras, sont en instance d’être utilisées pour scanner le visage de chaque personne qui passe à proximité


Mark Zuckerberg portant les nouvelles lunettes de Meta, un appareil de surveillance de masse aux mains de l'autoritarisme.

L’annonce passera sans doute inaperçue, entre deux «innovations vertes», la vidéo d’un chien robot et autres animations artificielles qui inondent les écrans. Le New York Times a révélé cette semaine qu’un document interne de la multinationale Meta comporte un volet entier dédié à un projet de surveillance biométrique de masse. Grâce à leur nouvelle trouvaille, des lunettes dopées à l’IA et aux nouvelles technologies franchement inquiétantes, Mark Zuckerberg et ses ingénieurs veulent que ces dernières puissent scanner automatiquement le visage de toute personne passant dans leur champ de vision.

On parle donc de reconnaissance faciale distribuée dans des proportions gigantesques. Cette fonction est en préparation depuis des années au sein de la firme, et a été nommée «Name Tag» : chaque porteur de ces lunettes pourra identifier en temps réel des gens croisés dans leur vie quotidienne et obtenir des informations sur eux, via une assistance artificielle. Même dans ses pires cauchemars, Orwell n’aurait pas imaginé une telle dystopie : des millions de caméras invisibles portées par des inconnus dans l’espace public, qui éplucheront en quelques secondes votre nom, votre parcours familial et professionnel, vos photos, vos goûts et vos opinions politiques. Zuckerberg et ses amis viennent d’ailleurs de provoquer un scandale aux USA en assistant à un procès en portant ces lunettes dans la salle d’audience. Les répercussions d’une telle invention sont incalculables.

Mais ce n’est pas tout. L’entreprise précise le cadre dans lequel cette surveillance sera expérimentée. Le document explique que les lunettes vont d’abord servir dans «un contexte politique dynamique où de nombreux groupes de la société civile susceptibles de nous attaquer concentreraient leurs ressources sur d’autres préoccupations». De la bonne vieille novlangue, qui décrit un espionnage de masse contre toute personne s’opposant au projet de société des «tech bros», ces géants de la tech affiliés à l’extrême droite. On peut facilement imaginer ses usages multiples, allant de l’identification des manifestant·es à la récolte d’informations privées partout dans l’espace public.

Cette stratégie politique, assumée par les libertariens et les «Nerds de l’Apocalypse», selon l’expression des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, s’inscrit dans l’érosion globale voulue par ces derniers de la frontière entre vie privée et espace public. La milice de l’ICE est par exemple dotée d’un puissant arsenal de surveillance. Rien que dans le Minnesota, son budget colossal lui a permis de scanner des visages et empreintes digitales plus de 100.000 fois depuis son déploiement. En outre, loin d’être cantonnée aux seuls États-Unis, la vidéosurveillance algorithmique et la reconnaissance faciale sont déjà largement répandues à travers le monde. En France, fichage ADN, drones et vidéosurveillance sont désormais au cœur des pratiques de maintien de l’ordre. Et que restera-t-il de nos libertés les plus fondamentales quand chaque policier et chaque fasciste sera équipé des lunettes de Marc Zuckerberg ?

Les Jeux Olympiques de Paris 2024 avaient ainsi été le théâtre de pratiques techno-sécuritaires intrusives, comportant de nombreux biais racistes et discriminatoires. La «Loi Olympique» votée à l’Assemblée Nationale fin mars 2023 avait autorisé la vidéosurveillance automatisée (VSA). Le dispositif, supposé détecter plus efficacement des comportements dits «anormaux» grâce à des algorithmes, avait été largement dénoncé par les défenseurs des droits humains. Amnesty International, dans un communiqué, alertait d’une «offensive généralisée contre le droit à la vie privée, le droit de manifester et les droits aux libertés de réunion et d’expression».

Le dispositif, censé durer uniquement durant la période des JO, a depuis été prolongé jusqu’en 2027. Les lunettes de Meta ne seraient ainsi qu’une étape de plus, permettant à chaque individu de se transformer en Big Brother.

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