La manifestation de Nantes, ou le cauchemar de Charlie


“Je n’étais pas à la manifestation spontanée du 7 janvier. Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabus, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d’attitude.”
Luz, dessinateur à Charlie Hebdo


Celui qui ouvre le bal : le chef de la police nantaise, qui assume “sans réserve les blessés au flashball” du 22 février dernier.

JC Decaux solidaire de Charlie. Cabu, Wolinski et les autres, heureusement que vous ne voyez pas ça.

14h, une véritable marée humaine prend d’assaut les rues de Nantes ce samedi 10 janvier. Peut-être jusqu’à 80.000 manifestant-e-s se massent Cours des 50 otages sous un ciel gris. Les rues de Nantes n’avaient peut être jamais connu cela, sauf au plus fort du mouvement massif contre la réforme des retraites.

L’une des plus grandes manifestations de l’histoire de Nantes est une déambulation presque totalement silencieuse, aseptisée, inquiétante.

La police ouvre le bal de l’immense cortège qui brandit comme un seul homme, dans un unanimisme total les innombrables panneaux «je suis Charlie», jusqu’à l’écœurement. Sur les panneaux de publicité, les écrans municipaux, les commerces… toujours le même logo.

Le premier homme de cette manifestation, celui qui ouvre la marche pour la «liberté d’expression», prenant la tête de la manifestation n’est autre qu’un policier, talkie walkie et brassard rouge en évidence. Il “sécurise” la marche. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel policier : c’est Jean-Christophe Bertrand. Oui, le nouveau chef des flics nantais qui justifiait sans réserve il y a quelques mois les tirs de flashball qui avaient éborgné trois manifestants à Nantes, le 22 février. Quelle idée de la «liberté d’expression» peut bien avoir un tel individu ?

http://www.mediapart.fr/…/nantes-le-chef-de-la-police…

Jean-Christophe Bertrand peut être qualifié de bien des façons mais une chose est sûre, il n’est pas «Charlie».

Derrière lui, d’autres uniformes aux côté de membres de la Ligue des Droits de l’Homme, eux aussi talkie walkies en mains. Ils sont entourés par un essaim de membres du Service d’Ordre en chasubles jaunes. Ce Service d’Ordre canalise et balise tout le défilé, hurlant les consignes aux premiers rangs de manifestant-e-s qui répondent par un silence assourdissant. La banderole elle-même est laide et terne, comme le ciel encombré. Plus loin, quelques drapeaux tricolores, quelques militants d’extrême droite, et surtout l’interminable masse silencieuse du peuple nantais, portant inlassablement le même visuel uniforme, à peine nuancé par quelques panneaux inscrits à la main…

Parfois, dans un silence de mort, se détachent des salves d’applaudissement.

Quelques personnes brandissant des dessins de Cabu, critiquant la Marseillaise, subissent des regards noirs voire des critiques. D’autres, qui tentent de chanter des slogans autres que les frénétiques «Charlie» sont contraints de se taire.

Jamais dans une manifestation nantaise la sacro-sainte liberté d’expression n’aura été autant absente. L’unanimité, c’est la censure.

L’unité nationale c’est ça : des policiers criminels qui guident, de concert avec la gauche associative, un peuple discipliné, obéissant, et silencieux. C’est aussi ça «être Charlie» aujourd’hui, et le futur s’annonce sombre.

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