Nantes : Big Brother en métropole socialiste


À Nantes, les patrouilles de police, le vrombissement des hélicoptères et les gaz lacrymogènes font désormais couleur locale. Pas suffisant pour les élus. Cette semaine, la mairie socialiste de Nantes sort l’artillerie lourde pour surveiller ses administrés. Trois nouvelles décisions à suivre de près :


1 – Vidéosurveillance

Vendredi 10 mars, les élus de la métropole se sont réunis pour définir un plan de vidéosurveillance dans la ville. Les transports en communs et les grandes artères de Nantes sont déjà truffés de caméras, mais les élus veulent en rajouter 200 supplémentaires d’ici 2018 ! “La décision politique interviendra en octobre”, écrit Presse Océan. Souriez, vous êtes filmés.

2 – Contrôle des réseaux sociaux

La métropole part à la conquête d’internet. Un appel d’offre a été lancé par les élus nantais pour «élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques». Pourtant, le PS peut déjà s’appuyer sur la presse locale, ses associations subventionnées et sa myriade de projets culturels pour appuyer sa communication. Il semble que cela ne suffise pas pour assurer la promotion d’une ville qui cherche à attirer toujours plus de touristes et d’investisseurs.

Pire, dans cet appel d’offre, la Métropole explique ouvertement chercher à ficher les opposants sur les réseaux sociaux. Le cahier des charges évoque clairement deux volets de surveillance :
D’une part : «Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne». De l’autre : «Identification d’influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube».
On devine bien évidemment que la page que vous êtes en train de lire figurera en pole position dans la liste des vilains réseaux sociaux «influenceurs» à neutraliser. Montant du marché lancé par Johanna Rolland ? Près de 2 millions d’euros payés par le contribuable nantais. Les mauvaise langues se rappelleront que la mairie prétend qu’il n’y a pas d’argent pour héberger les sans-abris et les réfugiés.

Notons que la stratégie de la mairie ressemble en tous points aux nouvelles pratiques de la police. Le 11 août 2016, dans les colonnes d’un quotidien local, les flics nantais se vantaient d’utiliser Facebook et l’application de vidéo en direct Périscope dans «90% de ses enquêtes», et en particulier lorsqu’il s’agissait de surveiller les manifestations du printemps. Denis Favier, Directeur général de la Gendarmerie nationale aillait encore plus loin en 2015 lorsqu’il réclamait, pour les forces de l’ordre, le droit de brouiller les réseaux sociaux et d’intercepter les SMS lors de manifestations qui dégénèrent. «L’idée peut choquer mais il faudra examiner les conditions permettant, en situation dégradée, d’être plus contraignants sur les réseaux sociaux […] afin d’examiner les situations avec la plus grande exactitude possible pour mieux dimensionner le nombre de forces engagées.» Le contrôle du net : grand fantasme de tous les pouvoirs.

3 – Surveillance des données téléphoniques

Troisième et dernier exemple des délires cybernétiques des élus locaux : «La métropole va acheter des données de téléphonie mobile». Ouest-France revient ce mercredi 15 mars sur l’intérêt récent de la ville de Nantes pour les données téléphoniques des nantais. La ville a lancé une procédure pour «acquérir un jeu de données de téléphonie mobile». Appels, messages, données reçues ou envoyées, changement d’antenne-relais… Il s’agit de «connaître les flux entrants et/ou traversant (le) territoire». Pour mieux comprendre quand et où on s’y déplace, mais aussi «de découvrir des anomalies grâce à des signaux faibles, pas forcément repérés». La mairie cherche, en surveillant les appels et les déplacements à Nantes, à «valoriser» la métropole, notamment pour le commerce et l’aménagement de la ville, à l’image des «smart cities» contemporaines, où règnent le commerce, l’ordre, des murs gris et la gestion comptable des habitants. Bref : la mort. On peut d’ors et déjà s’inquiéter du croisement de ces données téléphoniques avec la surveillance en temps réel des réseaux sociaux, tous deux sous contrôle municipal.

En définitive, le capitalisme et la police, main dans la main, en métropole socialiste.


Sources :

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