Nantes : la victoire de Macron au son des grenades

Comme le soir du 1er tour, quelques centaines de personnes se retrouvent dimanche 7 mai, Place du Bouffay, pour passer la soirée électorale en compagnie. Petit à petit, une assemblée se met en place, où l’on échange sur des sujets aussi divers que les façons de construire son autonomie matérielle, l’histoire des acquis sociaux de la Résistance ou les violences policières. La proposition d’une manifestation dès le lendemain du second tour, ce lundi 8 mai, est applaudie mais pas reprise par la suite.Puis tombent les résultats. Le candidat de la finance, l’incarnation de la politique Spectacle, du marketing post-politique dirigera la France pour les 5 prochaines années. Huée, slogans. La foule s’étoffe. On apprend que l’abstention bat des records, et que les votes blancs et nuls atteignent un niveau historique. Le nouveau chef d’État part d’entrée de jeu avec un grand discrédit. Il n’y aura pas “d’état de grâce”. À Nantes, le FN réalise un score minuscule. Ce qui veut aussi dire que Macron obtient une victoire soviétique, avec près de 90% des suffrages exprimés. On se console en se disant que l’extrême droite n’a toujours pas sa place dans l’Ouest. Puis un cortège se met en route.

Le long des grands axes, les manifestants s’agrègent. Premier objectif : la Place Royale, où doit se tenir une fête célébrant la victoire du banquier. Les manifestants sont repoussés par un gros dispositif policier. La place restera vide toute la nuit, les caméras de télévision y attendront en vain. Pour une fois, le nouveau président ne sera pas salué par ses fans sur l’espace public. En 2012, des milliers de personnes avaient fêté la victoire de Hollande sur cette même place.

Retour sur le Cours des 50 Otages. Bonne ambiance derrière la banderole, où l’on compte à présent près de 800 personnes. Rue de Strasbourg, après quelques projectiles sur les façades de la mairie, les CRS tentent de nasser le cortège, puis finissent par rouvrir la rue sous la pression de la manifestation. Les slogans repartent de plus belle.

Ce défilé n’a de sauvage que la police qui l’attaque, au niveau de la Place du Bouffay. Sans raison apparente, un escadron de BAC ouvre le feu sur les manifestants. Tout y passe : gaz, grenades, balles en caoutchouc. Une manifestante reçoit même simultanément un tir de LBD et un éclat de grenade dans les jambes. Des balles fusent à hauteur de tête. Une photographe est sérieusement atteinte par un projectile. La préfecture expliquera pudiquement à la presse qu’elle voulait éviter un « deuxième tour de manifestation à risque ». Le cortège se reconstitue mais se heurte à nouveau à un mur de policiers. Gazage massif. Des feux d’artifice crépitent. Course poursuite entre quelques dizaines de manifestants et la BAC. La banderole est dérobée. Certains finissent nassés et menacés dans un passage sous terrain vers le square Mercoeur. Quelques uns peuvent sortir, d’autres sont embarqués. 8 personnes passeront la première nuit du quinquennat en garde à vue, essentiellement pour refus d’identité.

Plus tard dans la nuit, des militants d’extrême droite insolents, qui s’étaient autorisé quelques provocations derrière les lignes de CRS, seront aperçus et mis en fuite dans les ruelles de Bouffay.

Cette première manifestation post-électorale, agrégeant au-delà des milieux militants classique et faisant preuve d’une vraie énergie aura été une réussite malgré ce nouvel épisode de répression. Il reste maintenant à faire converger les différentes sensibilités qui ont fait la puissance du mouvement social de l’an dernier pour construire un vrai rapport de force face aux attaques du président des riches.

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