Macron vers le pouvoir absolu


En juillet 2015, Emmanuel Macron, encore ministre, estimait que la France avait besoin d’un roi. Son rêve d’un pouvoir monarchique est en passe d’être réalisé. Quelques réflexions sur les résultats du vote du 11 juin :


1 – Le véritable raz de marée est abstentionniste. Plus d’un inscrit sur deux n’est pas allé voter ! Si l’on ajoute les votes blancs et les millions de personnes non inscrites sur les listes électorales, l’ensemble des candidats du spectre politique ne représente plus qu’une petite minorité d’habitants. Le mois dernier, malgré le chantage au vote utile et la mise en scène médiatique pour faire élire Macron, la présidentielle avait déjà battu des records d’abstention et de vote blanc. Ces législatives démontrent à nouveau que le désintérêt, voire le dégoût envers ceux qui gouvernent sont désormais très largement majoritaires. C’est le principal enseignement de ce scrutin.

2 – Vers un parti unique à l’assemblée. C’est le paradoxe de la période : sur fond de discrédit général de la classe politique, ce sont les moins détestés – ou les plus «neufs» – qui obtiennent les pleins pouvoirs. Les projections évoquent plus de 400 élus pour Macron à l’Assemblée, sur un total de 577 députés. Nous allons donc vers un parlement uniforme : deux députés sur trois seront derrière le président. L’opposition est anéantie. Jamais dans la Vème République aucun parti n’a obtenu une telle majorité au Parlement. Avec un tel résultat, le gouvernement n’aura besoin ni d’ordonnance, ni de 49,3 pour faire passer absolument tout ce qu’il voudra.

3 – Autre paradoxe, le parti du président fait finalement un score très faible pour des législatives. En 1981, au premier tour des législatives 54,4% des Français avaient voté pour un parti soutenant François Mitterrand. En 2002, l’UMP de Jacques Chirac obtenait 33,3% des voix, et la majorité présidentielle dépassait les 43%. Le parti de Sarkozy obtenait 45% en 2007, le PS 40% en 2012. Le mode de scrutin garantit à Macron un très grand nombre d’élus, ce qui ne veut pas dire que le pourcentage des voix obtenues est élevé. Bref, quoiqu’en disent les médias, il ne s’agit pas d’un succès de Macron, mais plutôt d’un effondrement sans précédent de l’opposition.

4 – La gauche est morte. Le PS continue de s’effondrer. Tous ses chefs, même dans les fiefs socialistes – comme Nantes – sont défaits dès le premier tour. Cette disparition n’est pas compensée par l’émergence d’une autre force de gauche. Localement, sur les ruines fumantes du socialisme, on voit triompher les candidats de Macron qui affronteront des Mélenchonistes en fâcheuse posture. La «gauche radicale» a préféré disparaître du paysage après les présidentielles, et attendre ces élections législatives pathétiques plutôt que de s’investir dans les luttes. Une stratégie perdante sur tous les fronts.

5 – Macron vogue vers le pouvoir total. Le quinquennat Hollande lègue un arsenal juridique et sécuritaire hors norme, une police militarisée et radicalisée, une violence sociale quotidienne et une banalisation des procédures d’exception voire du passage en force. Le nouveau gouvernement dispose à présent d’un pouvoir presque total sans véritable opposition. Pouvoir qu’il compte utiliser immédiatement, dès les prochains jours, pour attaquer les droits sociaux et renforcer encore d’avantage l’état d’exception. La résistance est donc à construire d’urgence, en agrégeant les forces qui ont pris la rue ces dernières années, en occupant de nouveaux espaces qui serviront de foyers d’organisation, en investissant les villes.

Prochain rendez-vous : lundi 19 juin !

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